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Économie

Premier bilan mitigé des subventions aux exportations maritimes

Liban - Rapport

Un rapport d'Idal sur la première année d'exercice de ce programme souligne notamment que « les résultats obtenus (...) n'ont pas répondu aux attentes ».

14/01/2017

Près de 16 mois après le lancement du programme Pont maritime des exportations libanaises, l'Autorité de développement des investissements au Liban (IDAL) a dressé le bilan de la première année de fonctionnement de ce programme de subventions aux exportations libanaises. « Le programme a atteint ses principaux objectifs, à savoir assurer le flux des produits libanais vers ses marchés traditionnels, en particulier les pays du Golfe, et préserver leur position sur ces marchés alors qu'elle était menacée avec la fermeture de la frontière syro-jordanienne en avril 2015 », se félicite le président d'IDAL, Nabil Itani, en commentant les conclusions de ce rapport que L'Orient-Le Jour a pu consulter.

Entériné le 2 juillet 2015 par le Conseil des ministres, le plan d'aide a débuté le 17 septembre 2015 puis a été renouvelé le 5 mai 2016, jusqu'au 31 mars 2017, ou jusqu'à ce que la totalité des fonds soient dépensés. Sur la première année, 7,7 millions de dollars ont été dépensés sur l'enveloppe globale de 14 millions de dollars qui avaient été alloués.

Le pont maritime s'applique à toutes les exportations de produits agricoles et industriels, et verse des subventions pour compenser le surcoût induit par la réorientation des exportations vers les pays arabes par voie maritime, assurées essentiellement par voie terrestre avant la fermeture du poste-frontière de Nassib en avril 2015. Ces subventions sont versées aux armateurs agréés par IDAL qui acheminent les camions de marchandises libanaises sur des rouliers – des navires équipés de rampes d'accès capables de transporter des véhicules terrestres – vers le port jordanien de Aqaba, ou saoudien de Duba.

 

Coûts trop élevés
Selon le rapport d'IDAL, ce plan d'aide a permis d'acheminer 58 847 tonnes de marchandises entre septembre 2015 et septembre 2016. Sur le total de ces exportations, 87,5 % des marchandises exportées ont concerné des produits agricoles, ce qui représente une part de 19,7 % sur le total des produits agricoles exportés par le Liban vers les pays du Golfe sur la période. Les agrumes ont représenté la plus grande part des produits agricoles exportés à travers le programme d'IDAL, avec 39,9 % des exportations agricoles, suivies par les pommes de terre (13,8 %) et les pommes (12 %). De leur côté, les exportations agroalimentaires ont représenté 9,7 % des produits exportées via le programme d'IDAL. Enfin, seulement 2,8 % du total des exportations a concerné les exportations industrielles. Au total, le plan d'aide a subventionné l'acheminement de 2697 camions sur les 4 rouliers enregistrés par le programme. L'Arabie saoudite a récupéré la plus grande partie de ces exportations (63,8 %), suivie du Koweït (22,8 %) et de la Jordanie (11,2 %).

Cependant, « les résultats obtenus, bien qu'importants, n'ont pas répondu aux attentes », concède Idal dans son rapport. D'abord, sur les 217 exportateurs qui se sont enregistrés au programme, seulement un tiers d'entre eux (61 exportateurs) y ont effectivement eu recours et par conséquent bénéficié des subventions sur la première année. Car, dès le départ, les concepteurs du programme ont décidé de ne subventionner que les exportations de marchandises à travers les rouliers, et non les conteneurs. « Le transport par roulier dure entre 3 à 5 jours, contre environ un mois par conteneur, ce que certains producteurs ne peuvent se permettre pour maintenir la fraîcheur de leurs produits », souligne Nabil Itani. Il ajoute : « Cependant, malgré les subventions, le transport par roulier coûtait plus cher que ceux par conteneur. » Donc, ceux qui ne sont pas soumis à cette contrainte de fraîcheur ont privilégié l'exportation par conteneur. « En réalité, c'est une mesure politique : ce plan peut être assimilé à un programme de subventions déguisé pour préserver les emplois des transporteurs terrestres, notamment dans le nord du pays, et dont les emplois étaient menacés suite à la fermeture de la frontière syro-jordanienne », avance auprès de L'Orient-Le Jour un observateur sous couvert d'anonymat.

 

Hausse des subventions
Une disparité des coûts entre rouliers et conteneurs qui s'explique notamment par la différence de compétition existant sur ces deux marchés respectifs. « Le défi principal du programme est d'attirer un plus grand nombre de compagnies maritimes pour accroître la concurrence et donc conduire à une baisse des prix », détaille le rapport. « Nous n'avons que deux compagnies de transport maritime enregistrées au programme pour acheminer ces camions dans les pays du Golfe. Et, étant donné que le projet est temporaire – et devrait prendre fin en mars 2017 –, les grandes compagnies ne sont pas encouragées à y prendre part », explique Nabil Itani.

Aucun des interlocuteurs interrogés n'a été en mesure de révéler les noms de ces deux compagnies avant la publication de cet article. Selon le rapport, la différence des coûts explique notamment une chute rapide du recours au programme dès son troisième mois de mise en application – avec une chute des exportations de 15,9 % entre novembre 2015 et décembre 2015. « Nous avons dû augmenter nos subventions (au début de l'année 2016) pour permettre aux exportateurs de garder leur compétitivité sur les marchés du Golfe.

Désormais, le coût d'exportation par roulier est plutôt équivalent au coût d'export par conteneur », se félicite Nabil Itani, sans préciser ces coûts respectifs ni l'évolution des subventions accordées par camion. Cela a permis un décollage immédiat des exportations, avec une hausse de 29,6 % entre janvier et février 2016.
Reste que, pour le président de l'Association des agriculteurs Antoine Hoyek, « ce programme est un fiasco total. Il aurait fallu que l'État achète ces quatre rouliers, qui seraient gérés par IDAL. Cela aurait été beaucoup plus avantageux financièrement ».

 

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