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Le discours de Fillon est le "bienvenu", déclare Assad

Syrie

Le président syrien refuse une trêve à Wadi Barada et exclut de négocier son départ.

OLJ/Agences
09/01/2017

Bachar el-Assad se dit séduit, dans une interview à des médias français, par le discours de François Fillon sur le dossier syrien, tout en précisant ne pas avoir de contacts avec le principal candidat de la droite à la présidentielle d'avril-mai. "Sa rhétorique concernant les terroristes, sa priorité consistant à combattre les terroristes et à ne pas s'ingérer dans les affaires d'autres pays, sont les bienvenues", a déclaré le président syrien dans cet entretien accordé à RTL, LCP et France Info et diffusé lundi.

François Fillon juge indispensable de discuter avec Bachar el-Assad, qu'il voit comme un rempart contre le "terrorisme islamique", pour protéger notamment les chrétiens d'Orient et appelle à la réouverture "au moins d'un poste diplomatique" pour avoir un "canal de discussions avec le régime syrien". La France a fermé son ambassade à Damas en 2012, un an après le début de la guerre civile qui a fait à ce jour plus de 300.000 morts.

"Il faut être prudent car nous avons appris dans cette région, au cours des dernières années, que de nombreux responsables disent une chose et font le contraire", a poursuivi Bachar el-Assad, qui s'exprimait en anglais. "Je ne veux pas dire que M. Fillon fera la même chose, j'espère que non, mais il faut attendre de voir car nous n'avons pas de contacts. Mais, jusqu'à présent, ce qu'il dit, s'il le met en application, serait une très bonne chose", a-t-il ajouté.

 

Assad a exclu toute trêve
Le président syrien s'est, par ailleurs dit déterminé à libérer "chaque centimètre carré du territoire" de son pays, se targuant d'avoir "légitimité" et "soutien populaire" pour mener à bien ces objectifs, dans cette interview. "Nous avons la légitimité pour libérer n'importe quelle zone contrôlée par les terroristes, quel que soit le nom qu'ils se donnent. Qu'ils s'appellent État islamique, qu'ils s'appellent al-Nosra, qu'ils se disent modérés ou bien Casques blancs (sauveteurs civils, ndlr), nous n'avons rien à faire des noms", a asséné le président syrien sur la radio privée RTL. Damas qualifie de "terroristes" tous les opposants à son régime.

Dans ce contexte, M. Assad a exclu toute trêve dans la région de Wadi Barada où les combats faisaient rage lundi entre l'armée et les rebelles pour le contrôle des sources d'alimentation en eau de Damas. "Le rôle de l'armée syrienne est de libérer ce secteur afin d'empêcher les terroristes d'user de (l'arme de) l'eau pour faire suffoquer la capitale", a-t-il déclaré. Selon lui, le cessez-le-feu "est violé car les terroristes occupent la principale source d'eau de Damas, privant plus de cinq millions de civils d'eau depuis trois semaines".

"Le cessez-le-feu n'inclut ni le groupe État Islamique (EI) ni le Front al-Nosra, et le secteur (de Wadi Barada) où les combats se déroulent pour le libérer, est occupé par al-Nosra", a répété M. Assad. "Donc il ne fait pas partie du cessez-le-feu", selon lui. Le Front al-Nosra a été rebaptisé Fateh el-Cham après avoir pris ses distances avec le réseau el-Qaëda.
Depuis le 20 décembre, les troupes du régime et son allié le Hezbollah mènent une offensive pour déloger les rebelles de Wadi Barada, à 15 km de Damas, et reprendre les principales sources d'approvisionnement en eau de la capitale.

 

"Sur le chemin de la victoire"
Le président syrien a en outre affirmé que son régime était "sur le chemin de la victoire", après la reconquête d'Alep, la deuxième ville syrienne, reprise entièrement par le régime fin décembre, après des mois de siège et de bombardements. "Nous avons pour mission constitutionnelle de libérer chaque centimètre carré du territoire syrien, ça n'est même pas discutable", a déclaré M. Assad.

Interrogé sur les lourds bombardements qui ont ravagé Alep et fait de très nombreuses victimes, y compris civiles, M. Assad a estimé que c'était "le prix à payer parfois". "Bien entendu, c'est très douloureux pour nous, Syriens, de voir une partie de notre pays détruite et de voir un bain de sang", mais "je n'ai jamais entendu parler, dans l'histoire, d'une bonne guerre (...). Toutes les guerres sont mauvaises", a souligné le chef de l'État syrien. "La question, c'est comment libérer les civils des terroristes", a-t-il poursuivi. "Est-ce que c'est mieux de les laisser sous leur pouvoir, avec les décapitations, les exécutions ? (...) Non, il faut les libérer (...), et c'est le prix à payer parfois", a conclu Bachar el-Assad.

Le président syrien a par ailleurs assuré que son gouvernement est disposé à discuter de "tout" lors des pourparlers de paix envisagés à Astana au Kazakhstan. Mais, a-t-il ajouté, on ignore encore qui représentera l'opposition et aucune date n'a été fixée pour le début de ces pourparlers. Interrogé sur sa position à la tête de l'Etat et sur le point de savoir si cela était ouvert à la négociation, Bachar el-Assad a répondu par l'affirmative mais souligné qu'en dernier recours "c'est le peuple syrien qui doit, selon la Constitution, décider qui sera président ou pas". "Mon statut dépend de la Constitution et cette dernière est très claire sur la manière dont vous pouvez élire ou vous débarrasser d'un président", a-t-il précisé. "Donc s'ils (l'opposition) veulent négocier de ce point, ils doivent discuter de la Constitution et celle-ci n'appartient pas ni au président, ni au gouvernement ni à l'opposition mais au peuple syrien et il faut donc un référendum", a-t-il souligné.

 

Crimes de guerre
Pour la négociatrice de l'opposition Basma Kodmani, "les Russes sont, cette fois-ci, sérieux et déterminés. Ils veulent sortir du conflit, ils sont allés dans l'option militaire aussi loin qu'il était dans leur intérêt d'aller". "Ils ne peuvent pas remporter une victoire totale, cela va durer des années (...) Donc maintenant, ils veulent une solution politique et que cette réunion d'Astana soit crédible", a-t-elle dit à l'AFP.

Interrogé sur les crimes de guerre dont est accusé le régime de Damas (tortures de prisonniers, largages de barils explosifs sur les populations civiles, bombardements d'hôpitaux...), le président syrien a répondu: "si on avait fait des choses pareilles, nous n'aurions pas eu de soutien, je ne serais plus président, le gouvernement ne serait plus là. Nous avons pu résister durant toute la guerre parce que nous avons le soutien populaire. Et vous ne pouvez pas avoir le soutien populaire si vous tuez vos propres citoyens. Donc toute cette histoire ne tient pas debout".

Parti d'une révolte populaire en mars 2011, réprimée dans le sang, le conflit en Syrie s'est rapidement militarisé et internationalisé, et a fait plus de 310.000 morts en près de six ans.

Bachar el-Assad a accordé cette interview en marge de la visite à Damas de trois parlementaires français, les députés Thierry Mariani, Nicolas Dhuicq et Jean Lassalle.

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES SYRIENS N,ONT PLUS QU,A SE DEBARRASSER DE TOUS LES TARES, A REPUDIER TOUS LES ETRANGERS ET A S,ENTENDRE ENTRE EUX...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Au fond qu'en pense Mâhèèèr son "héros" de frèèère ?
Toujours cul-de-jatte ?

Ma Fi Metlo

De toute façon il faudra que la France choisisse qui va composer avec le Héros Bashar .

ça sera soit Fillion soit Marine ...

Chammas frederico

Perplexe
Des réalités s'imposent, mieux vaut un Pouvoir Muscle que la "Chienlit"; on ne peut pas souhaiter favoriser l'accès au pouvoir des "frères Musulmans" générateurs d'extrémistes
Une tutelle "douce" s'impose jusqu'à l'obtention de la pacification de tous les syriens...et l'éloignement de toutes interventions extérieures outre cette tutelle

M.V.

A propos de crimes de guerres ..F.Hollande sera t'il inculpé par le TPI , pour avoir affirmer , qu'il avait ordonné des exécutions ciblées ....(opérations homos).

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