Culture

Quand les artistes dénoncent dans leurs œuvres les abus civils, politiques, identitaires et sociaux...

Livre

Présentation ce soir, à 18h, à Dar el-Nimer* du tout premier livre d'art publié par Human Rights Watch. Signé Marie Tomb, « War Identities » explore, avec finesse, les représentations par les artistes libanais du non-respect des droits de l'homme et du citoyen au pays du Cèdre.

08/12/2016

Qu'est-ce qui pousse une organisation des droits de l'homme à publier un livre sur l'art ? Sans doute l'état de profond abattement des citoyens libanais, tel qu'ils n'ont plus la force de se battre pour leurs droits les plus élémentaires. Alors, quand les mots, les slogans, les harangues ne suffisent plus pour mobiliser, vient l'art. Engagé. Et dénonciateur de tous les abus. Qu'il s'agisse de ceux de la guerre et de ses conséquences toujours prégnantes (la loi des armes ou le terrible dossier des disparus), ou des outrages quotidiens subis par l'ensemble de la population. Pollution, corruption, appauvrissement ou encore discrimination... Celle des mères libanaises mariées à un étranger et qui ne peuvent transmettre leur nationalité à leurs enfants; des homosexuels, des travailleurs, des immigrés, des réfugiés... Alors que le Liban (avec Charles Malek) est l'un des pays qui ont participé à l'élaboration de la Déclaration universelle des droits de l'homme, leur respect ne fait que régresser. D'où, rien de mieux pour frapper les esprits, secouer les consciences et ranimer la flamme du combat ou encore celle de la solidarité qu'un tableau, une photo, une sculpture, une installation...

Défendre l'art aussi...
Et pourquoi ne pas sensibiliser tout à la fois à l'art moderne et contemporain et aux droits humains ? Voilà l'idée qui a germé lors d'une rencontre informelle entre le galeriste et curateur d'expositions Saleh Barakat et les responsables de l'organisation internationale non gouvernementale Human Rights Watch. « Ce qui a commencé comme une discussion sur l'intérêt des artistes pour les questions des droits de l'homme et leur désir d'offrir leurs œuvres pour un événement de levée de fonds pour l'organisation est devenu un livre », indique ce dernier dans sa note d'introduction de War Identities. When Words Aren't Enough (Human Rights Seen Through Art In Lebanon).
Un ouvrage qui compulse à travers 153 œuvres de 41 artistes basés à Beyrouth une multitude de sujets, dont la torture, la corruption, les restrictions de liberté, les droits des femmes, ceux des travailleuses domestiques immigrées, des réfugiés, des homosexuels, bisexuels et transgenres... Des thématiques fortes, explorées à travers le regard d'artistes, libanais ou vivant au Liban (comme le Palestinien Abdul Rahman Katanani). Et dont les peintures, sculptures, photos ou installations, habilement présentées dans leur contexte par l'historienne de l'art Marie Tomb, mettent en évidence le lien intrinsèque de la scène artistique avec les problématiques de son temps.

Et cela depuis l'engagement feutré d'un Mustapha Farroukh en faveur de la condition féminine ou d'un Paul Guiragossian, sensible à la misère des déplacés, jusqu'à l'insolence et la frontale expression de révolte de la nouvelle garde de plasticiens comme Randa Mirza, Lamia Abillama, Tagreed Darghouth, Alfred Tarazi, Zena el-Khalil, Mohammad-Saïd Baalbaki ou Hady Sy... En passant par l'érotisme joyeusement provocant ou au contraire dénonciateur de violences d'Huguette Caland, de Fadi Barrage, d'Annie Kurkdjian; les revendications sociétales déguisées de Rima Amuyni et de Laure Gorayeb, ou encore les questions d'identité et d'appartenance que posent Marwan Rechmaoui et Akram Zaatari...

Fruit donc d'un partenariat entre Saleh Barakat, Marie Tomb et Human Rights Watch, ce livre (en anglais) offre un intéressant tour d'horizon de l'art au Liban sous l'angle de son engagement contre la guerre et les abus identitaires et sociaux. Il a été édité grâce au comité de soutien de Human Rights Watch à Beyrouth (un groupe de citoyens libanais engagés en faveur des droits humains pour tous). Et les recettes générées par sa vente serviront, dans leur intégralité, à financer les activités de cette ONG au Liban. Un beau et bon livre à (s')offrir.


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Tomb, carte de visite
Historienne de l'art, formée à Yale et l'Institut d'art Courtauld de Londres, Marie Tomb a déjà à son actif un premier ouvrage sur l'art moderne et contemporain libanais (Art From Lebanon : Modern and Contemporary). Elle poursuit une thèse intitulée « The Portrait of a Country ».

 

*Dar el-Nimer for Arts & Culture, Clemenceau. De 18h à 21h.

 

Pour mémoire
La culture en temps de crise se porte plutôt bien, merci

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HUM... HUM... HUM... DE L,ART ?

Samira Fakhoury

Félicitations à tous les promoteurs de l'art :Le Liban ne sera sauvé que par la beauté et la culture !

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