Khodr pose avec ses fleurs près d’un buisson.
Khodr a 46 ans et réside ordinairement à Akkar el-Atika. Son magasin ambulant, il l'établit tantôt sur le bord de l'autoroute de Ghazir, tantôt dans les rues de Maameltein. C'est là qu'on peut le croiser, avec son seau rempli de fleurs et ses quelques boîtes de chewing-gum qu'il propose aux passants.
Ce père de famille descend chaque semaine de son village dans le Akkar pour se faire un peu d'argent grâce à ce petit commerce. Incapable d'assumer les coûts du transport au quotidien, Khodr ne rentre chez lui qu'une fois par semaine à peu près. « Je dors dans la rue ou dans les bois, je passe chaque soir dans un endroit différent. Je passe tout mon temps dans la rue. Je peux rester ici une semaine ou plus sans voir ma famille », dit-il à L'Orient-Le Jour.
Khodr achète chaque semaine une centaine de roses à presque 60 000 LL et les revend dans la rue, mais ce commerce s'avère très peu lucratif. « J'arrive à gagner à peu près 150 000 LL avec 100 roses pendant 3 à 4 jours de vente. Mais je suis obligé de dépenser ce que j'ai gagné entre-temps pour subsister en ville », explique Khodr.
Khodr a six enfants, dont le plus jeune a cinq ans, et il ne veut pas les « laisser traîner dans la rue ». Son épouse est femme au foyer. « Je suis contraint de travailler comme ça pour acheter à manger à mes enfants. Avant, je travaillais comme ouvrier sur des chantiers et dans l'agriculture, mais j'ai eu un problème au dos et je ne peux plus le faire. Je n'ai pas trouvé de boulot et tout ce qu'on m'a proposé comme salaire ne suffisait pas pour nourrir ma famille. Je suis en train de mendier littéralement pour pouvoir envoyer mes enfants à l'école », souligne-t-il. Khodr a lui-même été scolarisé à l'école publique jusqu'en huitième avant de se lancer sur le marché du travail. « Avant, la 8e, c'était l'équivalent du brevet ! Je connais la table de multiplication par cœur, même un étudiant en deuxième année d'université ne la connaît pas », dit-il.
Heureusement pour Khodr, il a pu bénéficier dernièrement de l'exemption des frais d'inscription dans les écoles publiques décidée après l'afflux massif des élèves syriens dans ces établissements scolaires, mais sa situation reste malgré tout précaire.
« Je suis fier d'être libanais et fier que nous ayons élu un nouveau président. Michel Aoun devrait s'occuper des pauvres avant toute chose », estime Khodr. Il confie avoir déjà frappé à plusieurs portes à la demande d'une aide quelconque pour lui et sa famille, en vain. « J'ai tout essayé. Je suis même arrivé chez le patriarche maronite à Bkerké et chez le mufti de la République il y a quelques années. Mais ils ne m'ont pas aidé. J'ai énormément besoin que quelqu'un m'aide mais il n'y a personne », lance-t-il.
« Beaucoup de ministres et députés viennent ici, dit Khodr en montrant du doigt un grand restaurant de la région. Ils me donnent 500 ou 1 000 LL. Les gens les plus riches viennent ici mais personne ne compatit avec personne. »
Selon Khodr, « la compassion va vers les réfugiés syriens, alors que les Libanais sont oubliés ». « Les réfugiés ont au moins accès à l'électricité, l'eau et l'habitation. Nous, nous n'avons rien », déclare-t-il.
Les personnes désireuses de venir en aide à Khodr peuvent écrire à l'adresse suivante : zeinaantonios@lorientlejour.com


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