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Liban

Le courant du Futur se rajeunit, non sans grincements de dents

Partis

Le secrétaire général du parti, Ahmad Hariri, a annoncé hier les recommandations du second congrès général du Biel.

OLJ
29/11/2016

Les recommandations du second congrès général que le courant du Futur a tenu samedi et dimanche au Biel et qui a été couronné par l'élection d'un nouveau bureau politique ont été annoncées hier par le secrétaire général du parti, Ahmad Hariri, et le président du comité en charge de superviser le congrès, le député Mohammad Hajjar.

Celles-ci sont réparties sur trois chapitres, politique, socio-économique et organisationnel, et reprennent grosso modo les grandes lignes de la politique suivie par le courant du Futur, depuis sa fondation par l'ancien Premier ministre assassiné, Rafic Hariri. Elles ont été détaillées par MM. Hariri et Hajjar durant la conférence de presse qu'ils ont tenue en début d'après-midi au siège de la formation politique, à Kantari.

Selon leurs explications, le discours d'ouverture de Saad Hariri, reconduit dimanche à la tête de ce courant, a été ainsi adjoint aux documents fondateurs du Futur qui a entériné en même temps le rapport politique qui lui a été présenté et qu'il considère comme une critique analytique de la période qui sépare le 1er congrès fondateur (2010) du second.

 

(Lire aussi : Hariri face aux « critères » de Berry)

 

Au plan politique, le second congrès réaffirme son attachement au « projet national » de Rafic Hariri et rend hommage à l'action menée par son président, Saad Hariri, « pour protéger le Liban contre les séquelles des tempêtes qui soufflent sur la région ». Il salue également les initiatives que ce dernier a prises et qui ont permis de mettre fin à la vacance présidentielle, « en relevant que leur importance réside notamment dans le fait qu'elles ont barré la voie devant les tentatives de modifier l'accord de Taëf et d'établir une Constituante ».

Le congrès souligne la nécessité d'une formation rapide du gouvernement et réaffirme son attachement à la parité ainsi qu'au système parlementaire démocratique. Il rejette toute forme de fondamentalisme et de repli communautaire ou sectaire, la prolifération des armes illégales ainsi que l'implication du Liban dans la guerre en Syrie. Il met l'accent sur l'importance de la déclaration de Baabda et prône une entente autour d'une stratégie nationale de défense et d'une autre pour combattre la corruption.
Le congrès réaffirme son engagement en faveur des principes du 14 Mars et juge primordial que des efforts soient fournis afin « d'inverser la désintégration politique de ce courant né de la révolution du Cèdre ».

Au plan socio-économique, le congrès réitère son attachement au système économique libéral et se prononce en faveur de l'édification d'un État moderne « capable d'assurer les meilleurs soins de santé et niveau d'éducation aux Libanais ». Il appelle à un dialogue socio-économique permanent entre le patronat et les travailleurs, ainsi qu'à la préservation de la macroéconomie « à travers des politiques financières et monétaires saines », avant de juger nécessaire de freiner la dégradation écologique dans le pays et d'assainir la politique de gestion des ressources hydrauliques. « Le développement socio-économique commande une stabilité politique et de sécurité, la présence d'une autorité exécutive unifiée et homogène, ayant une vision économique claire et dotée d'une équipe de travail capable de mettre en application son programme, ainsi qu'une coordination entre les deux autorités exécutive et législative », selon le document exposé par MM. Hariri et Hajjar.

 

(Lire aussi : Une volonté de déjà circonscrire le nouveau régime ?)

 

Rajeunissement, mais...
Au plan organisationnel, le congrès envisage une série de mesures allant toutes dans le sens d'une dynamisation du parti. Sauf que le chantier lancé au niveau du courant et notamment le bouleversement au niveau du bureau politique suscite aussi des réactions mitigées parmi les partisans. Il est salué par un grand nombre d'entre eux, qui y voient la concrétisation d'un vœu exprimé depuis plusieurs mois par son chef, Saad Hariri, soucieux de rajeunir son équipe et de donner ainsi la possibilité aux jeunes Libanais et aux femmes de s'associer activement à l'édification du pays. « Les jeunes au Liban constituent une majorité. Saad Hariri répétait régulièrement qu'il voulait leur permettre d'avoir un plus grand rôle, parce qu'à ses yeux, c'est à travers eux qu'il sera possible de construire une nouvelle société », commente ainsi un ancien membre du bureau politique du parti.

Un avis que d'autres ne partagent pas, désapprouvant le processus interne qui a été suivi dans la mise en place du bureau actuel – même s'ils affirment comprendre les motivations du chef du parti. Certes, Saad Hariri désire rajeunir son parti, mais cela ne justifie pas, selon certains partisans, le « sérieux coup de balai » donné au bureau politique et qui s'est traduit par l'éviction d'un grand nombre de représentants de la vieille garde. Contrairement à ceux qui voient dans ce « coup de balai » un phénomène tout à fait normal pour qui veut rajeunir une institution, le groupe de contestataires pensent qu'il y a eu un mot d'ordre pour se débarrasser de l'ancienne équipe, pour deux raisons principales : la première se rapporterait aux réserves exprimées par l'ancien bureau politique à l'appui de Saad Hariri à la candidature du général Michel Aoun à la tête de l'État et l'autre serait liée aux dernières municipales.

 

(Lire aussi : Gouvernement bloqué : la confiance, clef de voûte constitutionnelle)

 

Selon les partisans de cette thèse, le chef du courant du Futur aurait profité de l'occasion pour se débarrasser de ceux qui se sont opposés à son initiative de déblocage de la présidentielle et œuvré dans le même temps pour s'entourer d'une équipe capable de l'aider à renflouer sa base électorale. « Saad Hariri veut un appareil électoral capable de se rendre sur le terrain et d'interpeller directement les électeurs », souligne ainsi un partisan déçu, dans une analyse à froid du comportement de M. Hariri, en faisant remarquer que les nouveaux élus sont pour la plupart issus de familles beyrouthines ou tripolitaines qui « pèsent » sur le plan électoral.

Toujours selon cette analyse amère, mais dépassionnée, les choix opérés par Saad Hariri seraient fondamentaux à quelques mois des législatives, surtout si l'on tient compte de la déconfiture du courant du Futur à Tripoli durant les municipales du printemps dernier et du revers qu'il a essuyé à la même occasion, à Beyrouth I, bien qu'il ait remporté avec la coalition de partis dont il faisait partie les 24 sièges du conseil municipal de la capitale. Il serait utile de rappeler dans ce contexte que les électeurs de Beyrouth I avaient essentiellement voté pour la liste opposée, celle de Beyrouth Madinati.

 

 

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