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Nos lecteurs ont la parole - Eddy Tohmé

La colère de l’Amérique

Rick Wilking/Reuters

Telle une déferlante, il a tout balayé. Les statistiques des instituts de sondage et les prophéties des devins. Le savoir arrogant des intellectuels et les calculs des hommes d'affaires. Une tempête d'une violence inouïe, un raz de marée ahurissant, Donald Trump a été élu président, et l'onde de choc de cette lame de fond n'a pas épargné nos rivages où l'on a beaucoup trop commenté cette élection, en passant à côté de l'essentiel. Trump n'est devenu le quarante-cinquième président des États-Unis que parce que soixante millions d'Américains ont voté pour lui, et justement dans ce pays «the winner takes it all». C'est le système que les Athéniens ont légué à l'humanité et que les Américains pratiquent, il faut l'avouer, à la perfection car ce n'est pas des bords de l'Hudson River que sont arrivés plaintes et cris d'indignation, mais plutôt du côté de Nahr el-Mot où intellectuels et amis du genre humain ont commencé à médire et à prédire, et tel Epidemaïs le Phénicien, à peser et à soupeser. En effet pour beaucoup de Libanais amis de la chose écrite, les Américains ont confié leur destin à un clown et les États-Unis se sont abandonnés aux pulsions populistes d'une poignée d'électeurs racistes et supposés incultes. Peut-être, mais Trump est quand même devenu président par la volonté de plus de soixante millions d'Américains qui ont voté librement. Il n'y a eu ni pronunciamiento ni coup d'État, Donald Trump n'a pas marché sur Washington avec ses squadristes, ni traversé le Potomac à la tête de ses légions; alors au lieu de jauger et de juger ne vaudrait-il pas mieux essayer de se pencher sur les raisons qui ont fait qu'il a été élu président au lieu d'essayer de deviner quelle sorte de président il sera ?
Les électeurs qui ont voté Trump ont tout simplement voulu exprimer leur colère d'habiter un pays qu'ils voient se défaire. Ces «petits Blancs» dont les grands-parents sont morts sur les plages de Normandie ou à Guadalcanal, tous ceux dont les pères se sont battus dans les rizières de Khe Sanh et les faubourgs de Da Nang. L'Amérique de uncle Bruce qui a fait le Vietnam et du grand-père qui a participé au D-Day uniquement parce qu'on leur a dit qu'il fallait y aller. Et il y a aussi toutes celles qui ont voté pour Trump, celles à qui leurs grands-mères racontaient qu'elles passaient les nuits à écouter la radio pour voir si le mari ou le frère n'est pas mort dans un quelconque village français dont elles n'arrivent pas à prononcer le nom. Celles qui souffrent de voir leurs enfants grandir dans une Amérique qu'elles ont connue riche et prospère et qui est aujourd'hui ravagée par le chômage, l'alcool, l'échec scolaire et la perte des repères familiaux.
Ces Américains-là, qu'ils soient rednecks ou qu'ils viennent de la white middle class, ont tout simplement voulu dire non. Non aux «privilèges» accordés aux minorités, non à l'insécurité galopante, non à une Amérique qui accepte qu'on traîne ses boys à genoux, qu'on abatte ses diplomates et qu'on humilie son ministre des Affaires étrangères.
Et si Trump a su chevaucher cette colère, il lui reste maintenant à la canaliser. S'il y arrive, le pire n'est donc pas sûr. Dans le cas contraire, on devrait alors remplacer le mot colère par folie.

Eddy TOHMÉ

Telle une déferlante, il a tout balayé. Les statistiques des instituts de sondage et les prophéties des devins. Le savoir arrogant des intellectuels et les calculs des hommes d'affaires. Une tempête d'une violence inouïe, un raz de marée ahurissant, Donald Trump a été élu président, et l'onde de choc de cette lame de fond n'a pas épargné nos rivages où l'on a beaucoup trop commenté cette élection, en passant à côté de l'essentiel. Trump n'est devenu le quarante-cinquième président des États-Unis que parce que soixante millions d'Américains ont voté pour lui, et justement dans ce pays «the winner takes it all». C'est le système que les Athéniens ont légué à l'humanité et que les Américains pratiquent, il faut l'avouer, à la perfection car ce n'est pas des bords de l'Hudson River que sont arrivés plaintes...
commentaires (2)

LE PRESIDENT N,EST PAS LE CANDIDAT ! LES REGIONAUX DES DEUX FACES DE LA MEME MONNAIE SONT PERPLEXES... LES NUCLEAIRES SONT DEROUTES...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

14 h 17, le 25 novembre 2016

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Commentaires (2)

  • LE PRESIDENT N,EST PAS LE CANDIDAT ! LES REGIONAUX DES DEUX FACES DE LA MEME MONNAIE SONT PERPLEXES... LES NUCLEAIRES SONT DEROUTES...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 17, le 25 novembre 2016

  • Texte brillant et fort qui remet les pendules à l'heure et qui rappelle que la règle de la démocratie est fondée sur la primauté de la volonté de la majorité des citoyens. On peut déplorer le résultat d'un vote pour mille et une raisons. Mais on doit respecter le suffrage universel. La politique est un processus de multiples ruptures, de séquences d'instantanés, souvent imprévisibles.

    COURBAN Antoine

    06 h 26, le 25 novembre 2016

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