Se souvenir de cette soirée dans la citadelle du soleil, où au bout de ce chemin nocturne il y avait cet arbre bleuté qui incarnait une rare nostalgie et qui donnait l'espoir de rêver d'un pays. Celui dont votre voix et vos larmes vous ont confié les clés. Celui dont l'amour brise les frontières quand une goutte de pluie tombe sur une feuille de figue, quand le temps, au seuil de l'automne, ferme la porte sur les charmes de l'été. Ce pays de l'attente et de la rencontre que l'on gouverne sans être ni roi ni poète, mais une simple présence...
Et depuis, au milieu de toutes les guerres qui nous assiègent toujours dans l'absurde, au milieu du tracas de leurs discours merveilleusement travaillés par leurs artisans, restent votre visage et votre voix – parfois inexplicables tout au long de l'espace et d'une pensée – divins, immuables, comme l'empire du mot ; mais aussi qui s'évadent dans une bonté qui vous ressemble, comme cette simplicité irrésistible et qui, au fil des saisons, n'a cessé de semer partout des étincelles d'espérance au-delà de tous les espoirs que nos tristesses et nos défaites se sont chargées de briser...
Se souvenir de ces veilles de Noël et de ces trêves d'antan où l'on rencontrait votre voix comme un vieil ami ou comme une surprise d'un amour sans fin quelque part au coin d'une rue, quelque part près d'un sapin, dans une maison en pudeur ou quelque part à la tombée du jour quand un enfant ouvrait les yeux sur le visage d'une maman...
Se souvenir encore de ces dimanches où l'on se précipitait les mains dans les mains pour prendre place dans un théâtre royal qui régnait sur une rue que l'on nommait la Fifth Avenue de Beyrouth, juste pour vous attendre et pour vous voir chanter la liberté, l'amour, une enfance oubliée ou votre croyance inébranlable en ce tout petit bout de terre qui reproduit toujours ses désarrois au rythme des tempêtes venant de partout...
Aujourd'hui, après les guerres des autres dont le sillage est incrusté dans notre mémoire et notre présent, dont le sillage sera peut-être présent dans notre avenir, après les adieux à des visages irremplaçables et les rêves inassouvis, après les élégances du cœur et les ingratitudes, après les silences et les bruits, votre voix demeure, plus vraie que jamais, plus majestueuse et plus surprenante quand à la fin de la journée elle vient à la rencontre de nos regards pour atténuer la lourdeur d'un immense chagrin...
Nabil ABOU-DARGHAM
*Lettre ouverte à Feyrouz à l'occasion de son anniversaire et de la fête de l'Indépendance du Liban.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve