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Liban - Parcours

Sélim Moawad, ou la peinture au service d’une cause politique

Réflexion sur une révolution.

Il y a une vie après l'engagement politique en faveur des droits de l'homme et de la bonne gouvernance. Elle se résume à poursuivre le combat, mais sous d'autres formes. Sélim Moawad en a fait l'expérience. Il confie qu'une fois qu'on a vu de près les conséquences des génocides et de la violence sur les peuples qui n'arrivent pas à se réconcilier avec leur passé ou même à le traiter, ainsi que le manque d'efficacité des programmes internationaux dans ce domaine, on ne peut plus tourner cette page et reprendre le cours de sa vie comme si elle n'existait pas. On se sent pourtant impuissant et ce sentiment pousse à une révolte intérieure, qui chez lui a trouvé le moyen de s'exprimer à travers des toiles d'une violence qui secoue les tripes.

Au départ, Sélim Moawad semblait avoir une vie toute tracée. Après des études de génie civil, il a tout naturellement intégré la Fondation René Moawad, où il a assumé des responsabilités pendant neuf ans. Mais ce parcours traditionnel ne convenait pas à ce jeune homme qui avait de grands idéaux et une volonté d'aider le monde à s'améliorer et à respecter les droits de l'homme. Ayant subi la guerre libanaise, sans avoir de véritable prise sur le cours des événements, il a donc voulu aider autant que possible d'autres populations en proie à des crises plus ou moins similaires.

Il s'est ainsi lancé dans l'aventure, sillonnant la planète pendant 23 ans, du Liban à l'Afrique, en passant par l'Amérique latine et le Moyen-Orient (Irak), exécutant des programmes élaborés par des ONG internationales sur la bonne gouvernance et le traitement du passé. Pendant toutes ces années, il s'est familiarisé avec la violence, la souffrance, la mélancolie et le désespoir. Il a appris aussi combien les programmes d'aides internationaux peuvent parfois être inadaptés aux besoins des populations auxquelles ils s'adressent et combien aussi l'Occident peut souvent faire preuve de cécité, voire d'hypocrisie, avec son système de double standard. Un jour, le sentiment d'être complice de cette inefficacité, voulue ou non, lui est devenu insupportable et il a décidé de tout plaquer et de revenir au Liban. Il aurait pu alors reprendre le fil de sa vie interrompue par ses idéaux à l'échelle de la planète. Mais il a préféré poursuivre son combat autrement.

Double standard
Pour exprimer sa frustration et pour raconter son expérience, il s'est lancé dans la peinture, racontant à travers des toiles d'une grande puissance tout ce qu'il a du mal à dire avec des mots. À partir du 8 décembre, il les exposera à la galerie Afkart, au souk de Beyrouth et à la galerie Rmeil à partir du 7 février. Tous ceux qui veulent en savoir plus sur les malheurs des populations victimes de guerres et de massacres, et réfléchir sur l'évolution du monde seront invités à les voir.

Sélim Moawad estime avec modestie qu'il n'est pas un grand dessinateur. Pourtant, ses toiles ne peuvent pas laisser indifférents ceux qui les regardent. Sans même savoir de quoi il s'agit, celui qui les regarde éprouve un malaise, tant elles dégagent une violence contenue. Les femmes reviennent souvent dans ses toiles: elles racontent l'Afrique, les souffrances, la mort, la violence et le viol. Les femmes se tiennent souvent à côté d'un bananier, qui en Afrique évoque la mort puisque de nombreux enfants victimes de génocide sont enterrés sous cet arbre. Elles ont aussi des machettes, qui deviennent des armes de défense pour tuer ceux qui cherchent à s'en prendre à leurs filles. Elles ont aussi parfois des seins coupés pour ne pas allaiter... Leurs histoires sont celles d'un monde qui ne parvient pas à affronter son passé et à enrayer sa propre violence, en dépit des aides internationales qui peinent à établir un véritable partenariat.

C'est d'ailleurs cette impuissance de la communauté internationale si fière de brandir l'étendard des droits de l'homme qui a le plus déçu Sélim Moawad. Aux quatre coins du monde, il a découvert une politique de double standard et même une certaine complaisance avec des pouvoirs en place qui n'ont rien à voir avec les principes démocratiques. Il a tenté de montrer ce phénomène dans ses toiles par le taureau qui représente pour lui la révolution, mais un taureau domestiqué par le pouvoir... Sélim Moawad plaide en faveur du principe de la redevabilité, mais il constate que celui-ci se transforme souvent en outil entre les mains d'un système qui reste plus fort que les idéaux et les aspirations des peuples...

Ses toiles sont donc un cheminement à travers les pays et les systèmes, à travers le travail des commissions de vérité et de réconciliation qui se heurte aux haines ancestrales et à la légèreté de la communauté internationale.

À travers la peinture, Sélim Moawad a tenté de donner de nouvelles clés de compréhension de la violence et de la souffrance des populations, dans un monde qui cherche encore un système de gouvernance équitable. À l'heure où le système international semble s'ébranler, les toiles de Sélim Moawad sont autant de sujets de méditation et s'exposent comme un témoignage poignant.

Il y a une vie après l'engagement politique en faveur des droits de l'homme et de la bonne gouvernance. Elle se résume à poursuivre le combat, mais sous d'autres formes. Sélim Moawad en a fait l'expérience. Il confie qu'une fois qu'on a vu de près les conséquences des génocides et de la violence sur les peuples qui n'arrivent pas à se réconcilier avec leur passé ou même à le traiter, ainsi que le manque d'efficacité des programmes internationaux dans ce domaine, on ne peut plus tourner cette page et reprendre le cours de sa vie comme si elle n'existait pas. On se sent pourtant impuissant et ce sentiment pousse à une révolte intérieure, qui chez lui a trouvé le moyen de s'exprimer à travers des toiles d'une violence qui secoue les tripes.
Au départ, Sélim Moawad semblait avoir une vie toute tracée. Après des...
commentaires (2)

POLLUTION VISUEL...SALES COULEURS, SI ON PEUT APPELER ÇA DES COULEURS.

Gebran Eid

13 h 38, le 24 novembre 2016

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Commentaires (2)

  • POLLUTION VISUEL...SALES COULEURS, SI ON PEUT APPELER ÇA DES COULEURS.

    Gebran Eid

    13 h 38, le 24 novembre 2016

  • DE LA CHIMPANZERIE ! IL FAUT PLEURER LES ARTS...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    07 h 32, le 24 novembre 2016

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