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Moyen Orient et Monde

L’élection de Trump décortiquée au WPC de Doha

Conférence internationale
22/11/2016

Les perspectives d'avenir de l'Union européenne ; les retombées de l'élection présidentielle américaine ; la lutte contre le terrorisme ; la conquête de l'espace, sous l'angle de la grande aventure technologique et du défi pour la gouvernance ; la stabilité politique et économique de l'Asie de l'Est ; ainsi que trois ateliers de travail parallèles portant sur les thèmes « Finance et économie », « Énergie et climat », « la Chine en transition » : tel était le programme particulièrement dense, très diversifié et d'une haute portée stratégique qui a meublé la deuxième journée de la Conférence internationale sur la gouvernance mondiale (« World Policy Conference », WPC), qui se tient depuis dimanche dernier à l'hôtel Sheraton de Doha, au Qatar, à l'initiative de l'Institut français des relations internationales (Ifri, dirigé par Thierry de Montbrial). Une centaine d'éminentes personnalités du monde politique, économique, académique, des affaires et de la presse, venant des quatre coins du monde, se penchent pendant trois jours sur les grands dossiers qui ont un impact sur les impératifs d'une bonne gouvernance mondiale dans différents domaines d'activité. Les travaux de cette 9e session de la WPC s'achèveront aujourd'hui, mardi.

L'un des thèmes débattus au cours de la journée d'hier a porté sur les tenants et les aboutissants ainsi que sur l'impact possible de l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Cette question a été au centre d'une table ronde modérée par Jim Hoagland, conseiller de la rédaction du Washington Post.
Premier à intervenir dans le cadre de ce panel, l'ancien ambassadeur de France à Washington, François Bujon de l'Estang, actuellement président de FBE International Consultants, a d'abord analysé succinctement les facteurs qui ont pavé la voie à l'élection de Donald Trump, relevant à ce propos que le nouveau chef de la Maison-Blanche a principalement œuvré à capitaliser sur le vote des électeurs blancs qui ont un ressentiment à l'égard de la mondialisation parce qu'ils s'en sentent exclus.

« Ces électeurs blancs répugnent à voter traditionnellement, mais Trump a réussi à les mobiliser et il a bâti sa campagne sur leur colère vis-à-vis de l'establishment et de la mondialisation, indique l'ancien ambassadeur de France. Par contre, Hillary Clinton a axé sa campagne sur les jeunes, les femmes et les minorités, mais, en fin de parcours, elle a obtenu dix millions de voix de moins que Barack Obama à la dernière élection présidentielle. Hillary Clinton aurait peut-être été une bonne présidente des États-Unis, mais elle était une mauvaise candidate. Elle incarnait tout ce que le gros des électeurs blancs rejettent. »

L'élection du candidat républicain a mis en relief, à l'évidence, la profonde division de la société américaine et du Parti républicain lui-même, et elle a été accueillie avec surprise et beaucoup de réserves en Europe, relève François Bujon de l'Estang qui indique que les Européens souhaitaient une victoire de Hillary Clinton. « Les Européens, précise l'ancien ambassadeur français, n'étaient pas très à l'aise avec l'administration du président Obama et avaient bon espoir qu'avec Hillary Clinton, les relations des États-Unis avec l'Europe allaient se réchauffer. L'Europe a en effet été gênée par le mandat de Barack Obama. Celui-ci n'a en effet aucune racine européenne, il est originaire d'Afrique et se désintéressait de l'Europe durant son premier mandat. Les Européens n'étaient donc pas très confortables avec lui. »

Il reste que, pour le diplomate français, l'élection de Donald Trump suscite beaucoup d'inquiétudes en Europe pour de multiples raisons. Sur le plan macroéconomique, d'abord, si le nouveau président américain se lance, comme il l'a dit, dans une politique de développement, à grande échelle, des infrastructures, cela risquerait de relancer l'inflation et donc de provoquer une augmentation des taux d'intérêt, ce qui porterait préjudice aux Européens, précise Bujon de l'Estang qui ajoute dans ce cadre que le problème des échanges commerciaux constitue également une source d'inquiétude pour l'Europe, Trump ayant mené campagne ouvertement contre la politique de libre-échange, ce qui laisse planer le risque d'une relance de l'isolationnisme.

Autre source de préoccupation pour les dirigeants européens, ajoute le diplomate français : la possibilité que « l'effet Trump » ait un impact sur la série d'échéances électorales cruciales, prévues en Europe dans les prochains mois, à commencer par l'élection du 4 décembre en Autriche, où le candidat d'extrême droite est en bonne position, en passant aussi par les scrutins présidentiel et législatif en France et les élections en Allemagne, en 2017.

L'impact vu d'Asie
Ces appréhensions ne sont toutefois pas partagées par l'ancien ambassadeur du Japon aux États-Unis, Ichiro Fujisaki, qui estime que la relation de Washington avec l'Asie ne va pas fondamentalement changer après l'élection de Trump. Les États-Unis ont besoin d'alliés, souligne-t-il, et de ce fait, que ce soit avec les pays d'Asie ou même avec l'Otan, il ne faut pas s'attendre à des bouleversements notables. Certes, précise l'ancien ambassadeur du Japon, le partage des responsabilités et les contributions financières en matière de politique de défense pourraient être renégociés, mais cela n'affectera pas les relations dans le fond, ajoute Ichiro Fujisaki, qui affirme que le système international « ne risque pas de s'effondrer ».

Cet optimisme ne semble pas totalement partagé par le président-directeur général du groupe Poongsan, de la République de Corée du Sud, Jin Roy-ryu, qui relève la vague de changements perceptible un peu partout dans le monde, soulignant notamment que l'élection de Donald Trump a révélé que le peuple américain aspirait à un changement et a exprimé par ce vote sa colère face aux disparités socio-économiques provoquées par la mondialisation. Estimant que l'on assistera sous l'impulsion du président Trump à un passage d'une politique libérale à une politique plus conservatrice, le responsable coréen a souligné qu'à son avis, des « ajustements » seront apportés aux accords conclus par les États-Unis avec certains pays. Quant à la question de la présence militaire américaine à l'étranger, Jin Roy-ryu indique que, vraisemblablement, le nouveau chef de la Maison-Blanche demandera au Japon et aux membres de l'Otan de participer davantage au financement du système de défense occidentale.

Contribution libanaise aux ateliers de travail
Parallèlement aux grands dossiers politiques à caractère stratégique, la WPC planche également sur des questions non politiques tout aussi vitales en termes de gouvernance mondiale. L'un des ateliers de travail organisés hier dans ce cadre avait pour thème « Finance et économie ». Le Liban était présent à cette séance en la personne du premier vice-gouverneur de la Banque du Liban, Raëd Charafeddine, qui a présenté un exposé axé sur « le pont entre la finance et l'économie ».

M. Charafeddine a souligné à ce propos qu'après la crise internationale de 2008, les Banques centrales dans le monde ont connu une certaine mutation dans leur rôle qui est passé de celui d'un simple régulateur supervisant le secteur financier à celui d'un acteur économique en bonne et due forme. « Les Banques centrales n'ont plus uniquement pour tâche de préserver la stabilité financière et de mettre en application les standards internationaux, mais elles ont désormais pour mission de développer des politiques monétaires non conventionnelles pour stimuler leur économie, a indiqué le premier vice-gouverneur de la BDL. La création d'emplois, la croissance économique et le développement social sont devenus ainsi les nouvelles priorités des Banques centrales. »

Évoquant le cas spécifique de la BDL, M. Charafeddine a souligné que la Banque centrale libanaise a été à l'avant-garde de cette nouvelle approche, la loi l'ayant mandaté de préserver la monnaie ainsi que la stabilité économique. « Au cours des deux dernières décennies, a-t-il précisé sur ce plan, la BDL n'a épargné aucun effort pour garantir la résilience et la réussite du secteur bancaire libanais qui constitue l'épine dorsale de l'économie libanaise (...). Plus récemment, dans un contexte de marasme économique dû à des tensions locales et régionales, provoquées notamment par les retombées de la crise syrienne sur l'économie libanaise, la BDL a lancé en 2013 sa première mesure incitative, et, à la lumière des résultats palpables obtenus, elle a renouvelé cette mesure incitative pendant trois années consécutives, à raison d'un milliard de dollars par an en moyenne. Ces crédits incitatifs, accordés par le biais du secteur bancaire, ont joué un rôle-clé dans la stimulation de divers secteurs de l'économie libanaise : soutien aux secteurs traditionnels ; développement des ressources humaines par le biais de l'éducation, de la recherche et de l'innovation ; soutien à la classe moyenne grâce aux crédits au logement et sauvegarde de l'environnement. »

M. Charafeddine a également indiqué que la BDL a autorisé les banques à participer, pour la première fois, au capital des start-up, ce qui a eu pour effet d'accroître de manière exponentielle le nombre de start-up. Enfin, le premier vice-gouverneur de la BDL a fait état de la récente opération d'ingénierie financière, lancée par la BDL pour accroître ses réserves en devises étrangères, ce qui a permis d'attirer plusieurs milliards de dollars au Liban et de porter ses avoirs en devises à un niveau record de 41 milliards de dollars. Du même coup, la balance des paiements, qui marquait un déficit de 1,7 milliard de dollars en mai 2016, a enregistré un excédent de 555 millions de dollars en septembre 2016, a relevé en conclusion Raëd Charafeddine devant l'auditoire d'experts arabes, occidentaux et asiatiques.

 

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AIGLEPERçANT

Tenir de telles conférences dans un pays qui finance le terrorisme wahabite ??????

Voltaire revient ils sont devenus fous.

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