À la veille de ce jour fatidique du 22 novembre, les préparatifs vont bon train : omniprésence du drapeau libanais qui se laisse porter au gré des vents ; bribes d'airs guerriers entonnés à pleins poumons par les cadets de la chorale de l'armée libanaise et dont les échos s'entremêlent non sans difficulté à ceux des klaxons des conducteurs excédés ; chenilles des chars surannés de notre Grande Muette qui grésillent au contact de la chaussée sévèrement abusée, etc.
Beaucoup d'efforts, de joies manifestes, de grandes manœuvres militaires et populaires pour célébrer l'indépendance du Cèdre. Mais une indépendance... de qui? De quoi ?
Les 10 452 kilomètres carrés du territoire libanais ont constitué pendant plus de 70 ans l'aire de jeux de tous les pays avoisinants ; un territoire aux contours mouvants où, tour à tour, et parfois tous à la fois, Israéliens, Syriens, Iraniens ou encore Saoudiens s'adonnent pleinement, corps et âmes, à la manipulation, à la corruption, et au mensonge d'État, et à toutes les formes d'ingérences. Ce conglomérat néfaste, qui règne en maître sur ce malheureux Liban, a les moyens d'exercer sur lui une autorité sans bornes : pas une seule décision à l'échelle nationale ne peut être prise sans l'aval de ces puissances.
Crimes, prévarications, absence de l'État de droit, barbarie, corruption, détournements en tout genre, abus de pouvoir : voici les règles d'un jeu mortifère, imposées et régies par une même junte mafieuse, libanaise pur jus celle-ci, mais à la botte de ses maîtres étrangers – une junte qui sévit depuis plus de trente ans au sein des plus hautes instances étatiques.
Ces mêmes instances, aujourd'hui, se réjouissent bruyamment d'avoir enfin retrouvé le chemin de leur lustre d'antan, comme voudraient nous le faire croire certains, et ce grâce à l'élection d'un président de la République.
Cette pseudo-élection voit donc revenir, après presque trois années de vacance, Michel Aoun au palais présidentiel de Baabda, rebaptisé Kasr el-chaaeb, ou Palais du peuple, une appellation qui n'est pas sans rappeler les vocables très usités du temps de Lénine... Et l'on est en droit de se demander si cette étrange familiarité avec une ère communiste révolue après l'échec cuisant que l'on sait est vraiment un signe de renouveau, de renaissance...
Ce blocus politique, minutieusement orchestré par certains membres du gouvernement libanais avec l'appui, et surtout l'aval
criminel des puissances évoquées plus haut, est une illustration digne de Satrapi. Elle confirme avec une aveuglante précision le manque d'autonomie, l'incapacité et la servilité du gouvernement libanais face à ces forces étrangères.
Aujourd'hui, nous Libanais sommes tous atteints d'un syndrome de Stockholm galopant : nous adulons nos geôliers qui nous ont tenu otages pendant de longues années.
Et malgré cela, nous irons fêter, ce mardi 22 novembre 2016, en bons citoyens, cette pseudo-indépendance dont nous sommes pourtant les premières victimes.
Gabriel Eddé


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Si je peux me le permettre,je dirais que le Liban ne s'est pas encore débarassé de la dépendance. Vous nous l'expliquez très bien M. Gabriel Eddé. Merci
23 h 13, le 21 novembre 2016