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Moyen Orient et Monde - Reportage

La victoire de Donald Trump désoriente les Palestiniens

Entre indifférence et pessimisme, ils ne se font plus d'illusion sur le rôle des USA dans la résolution du conflit.

Donald Trump lors d’une allocution devant l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), à l’occasion de la conférence annuelle du groupe en mars 2016. Saul Loeb/AFP

« Le soir des élections, j'ai regardé les résultats toute la nuit, je ne pensais pas me prendre au jeu à ce point. Mais quand j'ai commencé à comprendre que Donald Trump avait de sérieuses chances de gagner, je ne pouvais plus quitter l'écran des yeux », raconte Lema Nazih, une avocate de Ramallah. Après la victoire du candidat républicain, elle et ses amis échangent maintes plaisanteries piquantes qui circulent sur les réseaux sociaux : « On se disaient des choses comme : Les Américains croyaient nous donner des leçons, à leur tour de vivre avec un dictateur à leur tête. » Mais la jeune femme se rembrunit : « Rapidement, on en est vite venus à parler de la menace que cette élection représente pour nous. On ne sait pas ce que Trump connaît vraiment de la politique étrangère et comment il va agir au Moyen-Orient. »

Pendant la campagne, la course à la Maison-Blanche opposant Hillary Clinton à Donald Trump pouvait difficilement soulever les foules. Côté démocrates, les Palestiniens perçoivent l'ex-secrétaire d'État comme proche d'organisations américaines sionistes auprès desquelles elle s'est effectivement affichée. Côté républicains, le milliardaire a multiplié les provocations, évoquant notamment un déménagement de l'ambassade israélienne de Tel-Aviv à Jérusalem – capitale disputée et au cœur du conflit. Pour Mkhaimar Abusada, professeur en sciences politiques à l'université al-Azhar de Gaza, « ce qui a dominé dès le début de la campagne et même après l'élection, c'est l'indifférence. Dans la mesure où les deux candidats s'étaient engagés auprès d'Israël, les Palestiniens ne pouvaient rien espérer d'autre que la poursuite des politiques d'aides américaines à l'État hébreu, constantes depuis près de 70 ans ».

 

(Lire aussi : Quel Donald Trump gérera le Moyen-Orient ?)

 

 

Pour l'heure, la plupart des médias nationaux se sont fait l'écho du président palestinien Mahmoud Abbas, préconisant la patience : « Ce qui nous importe, c'est ce que monsieur Trump va dire une fois entré à la Maison-Blanche », a-t-il d'ailleurs déclaré vendredi dernier. « Il faut lui laisser une chance, depuis 50 ans on essaie de résoudre le conflit par la politique, mais lui, c'est un homme d'affaires, un pragmatique... Il a peut-être quelque chose à nous apporter », abonde Suhair Nashashibi, cinquantenaire dynamique, dont le cœur penche pour les républicains.
Comme beaucoup de ses compatriotes, elle souligne surtout la désillusion générale face au rôle possible du département d'État américain dans le processus de paix, au point mort depuis 2014. « Les Palestiniens sont tellement déçus par huit années d'Obama sans résultat, que ça entame leur confiance dans les États-Unis en général », analyse-t-elle. En juin 2009, Barack Obama avait prononcé le célèbre discours du Caire, préfigurant de meilleures relations avec le monde musulman et suscitant énormément d'espoirs à Ramallah. « Mais ensuite, les choses ont empiré ici, donc cela a remis en question nos attentes », commente Suhair Nashashibi.

 

 

(Lire aussi : Quel impact de l’élection de Trump sur le Liban et la région ?)

 

« Raciste et mysogine »
Mahdi Abdul-Hadi, directeur du think tank palestinien Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs basé à Jérusalem, préfère la prudence à la patience. L'analyste rappelle qu'entre les stratégies de retrait des États-Unis du Moyen-Orient ces derniers mois et les déclarations ambiguës du nouveau président élu qui a dit vouloir jouer un rôle « important » dans les négociations de paix entre Israël et les Palestiniens, il est difficile de prédire les semaines à venir. « En attendant de savoir quelle sera sa politique, nous avons peur et nous sentons l'impératif d'exister, de résister face à l'occupation », juge-t-il.
« C'est effrayant, mais j'ai encore bon espoir que Barack Obama profite de ces derniers mois au pouvoir pour agir contre les colonies », espère pour sa part Ziad Jaser, un Américano-Palestinien optimiste qui a voté pour Hillary Clinton. En 2008, il avait fêté la première élection de Barack Obama avec d'autres Palestiniens proches du Parti démocrate et il se souvient bien d'une « grande joie dans les rues de Ramallah ».

Le matin de l'élection, il y a une dizaine de jours, dans la principale rue commerçante de la ville, Nasser Abdel Hadi, charismatique propriétaire des restaurants Zeit Wou Zaatar, proposait des manakiches au fromage prenant la forme de la fameuse mèche du nouvel élu. Il affirme en avoir vendu 300 dans la journée. « Je pense que Donald Trump va détruire la planète, il est raciste et misogyne, et je pense qu'il faut le dire haut et fort », affirme-t-il depuis la caisse.

La résistance aurait-elle commencé ici ?

 

 

 

 

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commentaires (1)

Pauvre peuple palestinien vendu par les chiens. Euh pardon par les siens. ...

FRIK-A-FRAK

11 h 38, le 19 novembre 2016

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Commentaires (1)

  • Pauvre peuple palestinien vendu par les chiens. Euh pardon par les siens. ...

    FRIK-A-FRAK

    11 h 38, le 19 novembre 2016

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