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Nos lecteurs ont la parole - Par Marie Oneissi

À qui profite Taëf ?

La réunion de Taëf en septembre 1989. Nabil Ismaïl/AFP

Ainsi, le processus qui a conduit à l'élection de Michel Aoun à la présidence de la République consacre l'éclatement de la coalition politico-confessionnelle du 14 Mars. Les fissures étaient déjà béantes à l'issue des élections municipales et les « malentendus » entre le courant du Futur et les Forces libanaises cachaient à peine le conflit qui couvait entre les Kataëb et les FL. Déjà en se réconciliant avec Michel Aoun, Samir Geagea avait fait cavalier seul au grand dam de ses alliés. Au sein des communautés politiques fondatrices du Liban de 1943, les dégâts sont importants et le fossé difficile à combler tant la part du gâteau impartie aux maronites et aux sunnites s'est rétrécie, suite aux accords de Taëf. Cet accord, parrainé par les États-Unis et l'Arabie saoudite, beaucoup y ont vu bien sûr la consécration de l'occupation syrienne et la réduction des pouvoirs du président de la République... sans apercevoir qu'il adoube indirectement un « troisième pouvoir» qui rogne d'autant ceux des signataires du pacte de 43 et que Nabih Berry réclame maintenant à cor et à cri.
Les événements au double plan local et régional y ont grandement aidé. Jusqu'en 2005, Rafic Hariri tente tant bien que mal de sauver les meubles de la maison sunnite tantôt cajoleur, tantôt rebelle face aux Syriens et toujours au mieux avec l'Arabie saoudite. Mais son assassinat en 2005, peu avant le retrait de l'armée syrienne du Liban, ébranle l'islam sunnite. La relève a du mal à se mettre en place. Saad Hariri est certes Premier ministre de 2009 à 2011, mais il doit céder la place à un concurrent, Nagib Mikati, et passe désormais le plus clair de son temps hors du Liban. De surcroît, l'Arabie saoudite lui met la pression usant tantôt d'armes économiques (au point de faire couler Saudi Oger), tantôt de subterfuges politiques avec le retour au premier plan du sunnisme tripolitain qui semblait être relégué aux oubliettes... depuis Rachid Karamé: faut-il y voir l'un des effets de la guerre des deux princes Mohammad ou une nouvelle politique d'État? Difficile à dire à ce stade. En 2006, le Hezbollah tient tête à l'armée israélienne et justifie ainsi son refus de désarmer comme les autres factions libanaises... avant de retourner ses armes contre Beyrouth-Ouest montrant, si besoin était, que les armes sont aussi une arme politique interne. En Syrie, en 2011, la guerre éclate et le Hezbollah se bat aux côtés des troupes de Bachar el-Assad. Dans les années qui suivent, les coups de théâtre se succèdent en Syrie et le Liban semble (sur)vivre à leur rythme, mais un gros retournement de situation se produit avec l'intervention russe et l'armée syrienne semble être désormais en passe de reprendre le contrôle du territoire perdu. Entre-temps, en 2013, Barack Obama, après avoir multiplié les menaces d'intervention en Syrie, fait machine arrière (sans en avertir son allié François Hollande). En 2015, l'Iran revient sur la scène internationale par la grande porte et l'année suivante voit l'intervention russe en Syrie.
Dans cette configuration locale et régionale, le Hezbollah et Amal, forts de la victoire qui se dessine en Syrie, cherchent à tirer les marrons du feu tout à la joie de découvrir les vertus « cachées » de Taëf... en oubliant que cet accord exigeait aussi le désarmement de toutes les factions armées libanaises.
L'élection-surprise d'un président proche du tandem chiite, la soi-disant bouderie de Nabih Berry qui a néanmoins fait tout ce qu'il fallait pour que l'élection se tienne, à savoir « l'acte d'allégeance » du sayyed à Berry et les revendications de ce dernier dans le futur gouvernement. Le Hezbollah sur le terrain, le leader d'Amal au perchoir, l'un marque des points en Syrie et garde ses armes au Liban, l'autre fait la pluie et le beau temps au sein de l'Assemblée nationale. Des alliés de circonstance, le temps de faire élire « leur » président, de se faire une place dans la nomenklatura et d'aller vite en besogne de peur qu'un nouveau coup de tonnerre régional brise l'ascension fulgurante de leur grand allié iranien avant qu'ils n'aient sécurisé leurs acquis.
Est-ce Donald Trump qui fera dérailler la machine ? Pas si sûr, sachant que le président élu des États-Unis semble vouloir parachever le repli isolationniste de son prédécesseur qui, tirant les leçons de l'échec cuisant de la campagne irakienne, a remis l'Iran en selle et laissé à la Russie les mains libres en Syrie.

Ainsi, le processus qui a conduit à l'élection de Michel Aoun à la présidence de la République consacre l'éclatement de la coalition politico-confessionnelle du 14 Mars. Les fissures étaient déjà béantes à l'issue des élections municipales et les « malentendus » entre le courant du Futur et les Forces libanaises cachaient à peine le conflit qui couvait entre les Kataëb et les FL. Déjà en se réconciliant avec Michel Aoun, Samir Geagea avait fait cavalier seul au grand dam de ses alliés. Au sein des communautés politiques fondatrices du Liban de 1943, les dégâts sont importants et le fossé difficile à combler tant la part du gâteau impartie aux maronites et aux sunnites s'est rétrécie, suite aux accords de Taëf. Cet accord, parrainé par les États-Unis et l'Arabie saoudite, beaucoup y ont vu bien sûr la...
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