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Nos lecteurs ont la parole - Abdel Hamid El Ahdab

« Je vous ai compris... »

Le général Charles de Gaulle, à Alger, prononçant son célèbre « Je vous ai compris ». Archives AFP

Le 4 juin 1958, du haut du balcon du gouvernement général d'Alger, de Gaulle avait lancé à la foule qui exultait : « Je vous ai compris. » L'énorme masse de Français qui formait cette foule voulait, comme on le sait, conserver son « Algérie française ». Ils y vivaient, de génération en génération, depuis bien plus d'un siècle et ils craignaient la manière dangereuse, selon eux, dont les politiciens de Paris traitaient la question.
L'armée avait alors réclamé le retour de De Gaulle et les politiciens avaient démocratiquement répondu à son souhait en confiant à ce dernier la charge de former le gouvernement. Il avait, une fois la tâche accomplie, effectué le voyage en Algérie où il avait prononcé sa célèbre phrase si chaude au cœur de ces colons !
Mais il avait, à son retour à Paris et après avoir suivi l'évolution de ce problème algérien, pris conscience du danger de la poursuite de cette politique de soutien à l'Algérie française et de la charge qu'elle constituait sur le plan international et sur les plans économique et interne ; cette charge étant devenue plus imposante pour le gouvernement que celle de la France elle-même !
Il faisait partie des plus ardents partisans de l'Algérie française, mais les hommes d'État et les vrais patriotes ne se laissent pas dominer par leurs instincts et leur fanatisme. Ils savent qu'ils doivent sacrifier à l'intérêt supérieur de leur pays et qu'ils doivent être guidés par la raison et non les sentiments.
Cet homme salutaire avait alors examiné puis géré la résolution de ce problème à tous les niveaux et avait trouvé, après concertation avec tous les grands responsables concernés, que l'intérêt de la France impose d'adresser aux Algériens un autre « Je vous ai compris » qui viendrait contredire celui lancé aux Français d'Alger.
« Le grand Charles » n'imposa pas sa décision par la force. Il la soumit à référendum et la fit adouber par 80 % des voix des Français. Le résultat fut le putsch fomentée contre lui par un « quarteron de généraux à la retraite » qui se trouvaient à Alger. Il y réagit par un appel célèbre : « Au nom de la France, dit-il alors, j'ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés partout pour barrer la route à ces hommes-là, en attendant de les réduire. J'interdis à tout Français, et d'abord à tout soldat, d'exécuter aucun de leurs ordres... ». Les officiers et soldats répondirent à l'appel et se soulevèrent contre les putschistes. Le coup d'État échoua et ses auteurs prirent la fuite. Un attentat, celui du Petit-Clamart, fut perpétré contre lui par la suite, en 1962, mais il échoua à son tour.
De Gaulle résolut ainsi le problème algérien en deux fois. Une première fois lorsqu'il lança son « Je vous ai compris » aux Français et, une deuxième fois, lorsqu'il le répéta, dans un autre sens, aux Algériens parce qu'il avait jugé que cette dernière interprétation s'imposait et qu'elle reflétait la solution unique.
Aux milliers de chrétiens qui se pressaient devant le palais présidentiel de Baabda en 1989, le général Aoun avait, lui aussi, dit à peu près le même « Je vous ai compris » à la foule. Ces chrétiens étaient en révolte contre la capitulation de leurs politiciens face à la tutelle syrienne exercée sur le pays.
Farouk al-Chareh (vice-président du temps de Hafez el-Assad) a écrit dans son ouvrage Al-Rou'yat al-Mafqoudat (La vision perdue), page 177, au sujet de cette période : « Aoun a commencé à nous contacter pour obtenir notre soutien en vue de son accession à la présidence de la République... J'ai alors transmis le message au président Assad qui m'a dit : J'admire les qualités militaires de Aoun et sa personnalité qui m'inspirent une grande confiance. Aussi n'ai-je aucun veto à opposer à son accession à la présidence de la République. »
Farouk al-Chareh ajoute : « Mais le Général Aoun n'était pas prêt à attendre la formulation publique de la position syrienne à ce sujet, alors que le président Assad n'excluait en rien sa présence sur la liste des candidats à la présidence de la République. Aoun était trop pressé. Il avait, pour être plus précis, trouvé d'autres parties qui le poussaient à déclarer la guerre à la Syrie. Ce travail avait été effectué par Saddam Hussein et Yasser Arafat qui ne cachèrent jamais leur aversion envers la Syrie. Le 14 mars 1989, Aoun proclama officiellement le début de ce qu'il appela la guerre de libération et commença à bombarder la partie ouest de Beyrouth. Il lança des déclarations « guerrières », « outrancières et « irresponsables » contre la Syrie et le président Assad » , indique al-Chareh.
Les choses évoluèrent au cours de cette période et aboutirent à l'invasion du Koweït par l'armée de Saddam et au bombardement du palais de Baabda qui tomba aux mains de l'armée syrienne. Le général Aoun quitta alors le Liban pour un long exil à Paris.
Si Farouk al-Chareh dit la vérité, Aoun a donc dit à Hafez el-Assad : « Je vous ai compris » et il a répété ensuite la même phrase à Saddam Hussein et Yasser Arafat, ce qui a provoqua son départ forcé vers la France.
Je rendais continuellement visite à Aoun à Paris. Il m'affirmait toujours « qu'il m'avait bien compris » lorsque je lui parlais de la souveraineté et de l'indépendance du Liban, mais j'ai appris par la suite, après l'assassinat de Rafic Hariri, que le jour même où il m'avait affirmé, au cours de l'une de mes visites, qu'il m'avait compris, il avait reçu Karim Pakradouni et le fils du président Émile Lahoud, ainsi que trois officiers des services de renseignements syriens (ce que Karim Pakradouni confirma plus tard dans une déclaration à la presse) et il leur avait dit peut-être à eux aussi son fameux « Je vous ai compris ».
Le tribunal concerné s'était réuni ensuite à Beyrouth, sans que le général Aoun ne l'ait demandé et sans qu'il n'ait mandaté un avocat à cet effet. Ce même tribunal, qui avait condamné Aoun dans le passé, avait alors fait annuler tous les jugements rendus à son encontre en ce qui concerne des fonds controversés et d'autres problèmes qui lui étaient reprochés.
Revenu à Beyrouth il choisit, face à l'opposition de Joumblat et Hariri, de s'allier au Hezbollah auquel il lança à nouveau son « Je vous ai compris ». Ce parti l'aida alors à accéder à la présidence en lui disant ainsi à son tour qu'il l'avait compris, tout à fait à l'exemple de l'armée française qui avait fait accéder le général de Gaulle au pouvoir.
La chose nouvelle qui advint et qui provoqua la rupture du cercle dans lequel on tournait à vide depuis deux ans et demi fut la formulation, par Hariri, du fameux « Je vous ai compris » à Aoun et son appel à l'élection de ce dernier à la magistrature suprême suite à des ententes entre les deux parties en faveur du retour d'un État fort unifié, qui ne chercherait pas à prendre position dans les conflits arabes. Le docteur Geagea avait déjà précédé Hariri dans la formulation de son propre « Je vous ai compris ».
Lorsqu'il est apparu face à la foule massée devant le palais présidentiel le 6 novembre courant après son élection à la présidence du pays, le général Aoun a dit une chose importante qui confirme qu'il nous a compris, qu'il a compris la situation dans sa totalité, et qu'il a également compris quel était le traitement requis pour le bien du pays. Il s'est référé à ces paroles de Michel Chiha : « La domination exercée sur une communauté est une chose qui fait du tort au Liban et aux autres communautés, et plus dangereuse est la domination exercée par l'une des communautés sur toutes les composantes de celles-ci. »
Si le général adopte ces paroles de Michel Chiha et s'il les applique – sans se suffire du verbe seulement – en compagnie de Saad Hariri, Nabih Berry et Samir Geagea, son « Je vous ai compris » aura été vraiment sincère et il aura sauvé le pays en en faisant un Liban libanais et non iranien !

Abdel Hamid EL AHDAB
Avocat

Le 4 juin 1958, du haut du balcon du gouvernement général d'Alger, de Gaulle avait lancé à la foule qui exultait : « Je vous ai compris. » L'énorme masse de Français qui formait cette foule voulait, comme on le sait, conserver son « Algérie française ». Ils y vivaient, de génération en génération, depuis bien plus d'un siècle et ils craignaient la manière dangereuse, selon eux, dont les politiciens de Paris traitaient la question.L'armée avait alors réclamé le retour de De Gaulle et les politiciens avaient démocratiquement répondu à son souhait en confiant à ce dernier la charge de former le gouvernement. Il avait, une fois la tâche accomplie, effectué le voyage en Algérie où il avait prononcé sa célèbre phrase si chaude au cœur de ces colons !Mais il avait, à son retour à Paris et après avoir...
commentaires (1)

Le général de Gaulle avait compris avant tout le monde la cause des "évènements d'Algérie". Il avait compris que la France est la France et que l'Algérie est l'Algérie, chacun chez soi et Dieu pour tous. Les Algériens étaient 9 millions en 1962, ils sont 39 aujourd'hui. Si l'Algérie était encore française, il y aurait 336 députés algériens aux côtés de 577 députés français à l'Assemblée nationale en 2016... C'est cela que voulaient les partisans de l'Algérie française ? De 1940 à 1970, la France a été la France comme le voulait le général de Gaulle.

Annie

13 h 13, le 16 novembre 2016

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Commentaires (1)

  • Le général de Gaulle avait compris avant tout le monde la cause des "évènements d'Algérie". Il avait compris que la France est la France et que l'Algérie est l'Algérie, chacun chez soi et Dieu pour tous. Les Algériens étaient 9 millions en 1962, ils sont 39 aujourd'hui. Si l'Algérie était encore française, il y aurait 336 députés algériens aux côtés de 577 députés français à l'Assemblée nationale en 2016... C'est cela que voulaient les partisans de l'Algérie française ? De 1940 à 1970, la France a été la France comme le voulait le général de Gaulle.

    Annie

    13 h 13, le 16 novembre 2016

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