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Moyen Orient et Monde

« Les Français ont compris que leur pays était entré dans une phase historique difficile et douloureuse »

Entretien express

À la veille du 1er anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, quels changements se sont opérés au sein de la société française ? Michel Wieviorka, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

12/11/2016

Comment les attentats du 13 novembre se sont-ils répercutés sur la société française?
Les attentats ont suscité en France diverses réactions et un impact considérable dans plusieurs domaines. En matière économique, tout d'abord, puisque le tourisme a été affecté mais aussi les comportements de consommation: quelques jours après les attentats, de nombreuses personnes ont préféré par exemple acheter sur Internet plutôt que de se rendre dans les grands magasins de centre-ville.
En matière politique ensuite. Le pouvoir s'est engagé dans un processus de droitisation, en particulier avec la proposition du chef de l'État de prévoir la déchéance de nationalité ou avec les discours du Premier ministre déclarant que nous sommes en guerre. Cette droitisation d'un pouvoir de gauche a laissé ouvert un espace très large qui fait que des attentes ce sont exprimées en matière politique et en matière de débat citoyen, comme on l'a vu avec le succès dans l'opinion d'une proposition d'organiser des primaires de toute la gauche et des écologistes adossées à des débats citoyens.

 

(Lire aussi : « Un bon président réussit sa communication. Pour Hollande, c'est raté ! »)


La question de la place de l'islam au sein de la République est-elle devenue le principal point de clivage dans la société française ?
Dans ce contexte, la question de l'islam c'est transformée. Quand il y avait eu en janvier 2015 les attentats visant des journalistes de Charlie Hebdo et des juifs au supermarché Hyper Casher, les victimes étaient ciblées. On a, par conséquent, mis en cause les musulmans qui auraient pu avoir, même très modestement, une certaine compréhension vis-à-vis des tueurs. Après tout, les journalistes de Charlie appartenaient à un journal qui avait publié des caricatures du Prophète, ce qui avait provoqué la colère du monde musulman.

 

(Témoignage : Nadim, rescapé franco-libanais du Bataclan, et cette tristesse qui ne veut pas le lâcher)

 

Lors des attentats du 13 novembre, la tuerie étant indifférenciée. Il n'y avait pas de cible précise, des musulmans faisant notamment partie des victimes. Donc il n'y a eu aucune ambiguïté en ce qui concerne les musulmans de France qui, dans leur immense majorité, ont eu la même attitude que n'importe quel autre citoyen. On a dès lors assisté à deux phénomènes contradictoires.

Tout d'abord, beaucoup de Français ont considéré que l'islamisme radical faisait partie de l'islam tout court. On a vu monter de plus en plus fort l'hostilité envers l'islam, l'exacerbation des sentiments islamophobes et un renforcement de l'extrême droite. Mais d'un autre côté, on a vu des musulmans s'affirmer comme tels et comme citoyens dans l'espace public. Le soir de la messe de Noël 2015, certains d'entre eux se sont présentés dans des églises pour afficher leur solidarité avec les chrétiens. Dans le même contexte, des organisations musulmanes ont lancé une opération mosquée portes ouvertes. Quelque temps plus tard, une pétition a été signée par une quarantaine d'intellectuels et de responsables politiques musulmans, réclamant une nouvelle fondation pour l'islam de France.

Est-ce que les Français ont accepté le retour du tragique dans leur histoire ?
Effectivement, les Français ont compris que leur pays était entré dans une phase historique difficile et douloureuse, qu'il y aurait des morts et qu'il peut y en avoir à tout instant. D'autres attentats ont d'ailleurs suivi, en juillet 2016, lorsqu'il y a eu le carnage de Nice puis l'égorgement d'un prêtre. Les Français savent qu'aujourd'hui, d'une certaine façon, leur pays est dans l'histoire, c'est-à-dire dans la violence.

 

 

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Talaat Dominique

les français ont la mémoire courte
et c'est toujours cela peut arriver qu'aux autres
et aussi lorque l'on ose critiqué l'islam, nous sommes islamophobe et raciste

M.V.

Les français sont frivoles et voir inconscient ...n' ont 'ils pas toujours compris ...qu' en 30 ans d'attentats terroristes meurtriers en France ...95 % étaient d'origine islamique...?

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