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Nos lecteurs ont la parole - Élie Michel Nasard

Le summum de la corruption

Comme on n'arrête pas le progrès, et ayant déjà usé les formes classiques de la corruption, nous avons inventé au Liban de nouvelles méthodes ultramodernes sur ce plan, de connivence avec certaines sociétés industrielles ou commerciales. S'agissant d'adjudications gouvernementales, il suffit pour lesdites sociétés de bien se conformer aux différentes étapes, exactement comme planifié, pour qu'à chaque coup, des dizaines de millions de dollars soient escroqués à l'administration étatique concernée, pour finir par être répartis entre les intéressés.
Voilà de quoi il s'agit :
Souvent, lorsque l'État décide de lancer une adjudication, cela se passe à peu près comme suit : les fonctionnaires chargés de la besogne, dont certains sont corrompus, concluent un accord préalable avec un fournisseur aussi corrompu qu'eux, qui consiste à lui promettre de remporter l'adjudication, malgré une offre à un prix faramineux, et ce en insérant dans le cahier des charges une ou deux conditions futiles que seul le fournisseur en question est capable d'accepter, ce qui exclut, de fait, toute concurrence et lui garantit l'obtention de la commande. Ceci pourrait rapporter, sur une importante adjudication, qui devrait valoir 230 millions de dollars au lieu de 290 millions de dollars, une rallonge d'environ 60 millions.
Et ce n'est pas fini, car il existe aussi une autre astuce, qui consiste à gonfler au maximum le montant de la clause de pénalité, censée compenser la partie victime d'une violation du contrat, et puis à pousser l'administration soit à annuler arbitrairement l'adjudication, sous des prétextes fallacieux, soit à retarder sciemment le paiement des montants échelonnés dus à l'adjudicataire, de manière à le pousser à exiger l'application de la clause pénale, ce qui pourrait lui rapporter aussi quelques dizaines de millions, censés compenser une perte, qui pourtant ne dépasserait pas les 4 ou 5 millions de dollars d'intérêts.
Les montants ainsi extorqués finissent par être répartis, après chaque coup, parmi les membres de la bande impliquée, personnifiée par les fonctionnaires et les patrons de la société.
Parmi les nombreux secteurs que ce fléau a atteint, il y en a cependant un qu'on peut difficilement accepter : celui des hélicoptères destinés à combattre les incendies, dont l'achat avait été financé par une collecte de dons à l'heureuse initiative de l'ex-ministre Ziyad Baroud (parce que l'État s'est subitement trouvé dans l'impossibilité de financer un équipement, pourtant indispensable à la préservation de nos forêts), et qui, aussitôt livrés, ont été mis au rancart, sous prétexte qu'ils ont besoin de pièces détachées, que le gouvernement ne peut financer... D'abord, pourquoi de nouveaux hélicoptères, donc supposés être non usagés, auraient-ils besoin, aussitôt livrés, de pièces détachées ? Ensuite, à supposer que ces pièces devraient être acquises urgemment, par quelle logique refuse-t-on de les commander, alors que leurs coûts devraient être minimes comparés à ceux des hélicos ? C'est une affaire qui, tout simplement, sent mauvais.
En sus de l'administration, la corruption n'a jamais épargné d'autres secteurs, comme certaines institutions religieuses chrétiennes et musulmanes, surtout du côté des tribunaux religieux et de la vente de terrains.
Cette corruption, dans la phase inquiétante qu'elle a atteint, a commencé en 1992-1993. Les officiers syriens en charge du dossier libanais y étaient impliqués naturellement, et ce jusqu'à leur départ en 2005, lorsque l'organisation mafieuse libanaise s'est restructurée, sans les Syriens. À mon avis, ils seraient à présent trois groupes, qui contrôlent presque tous les rouages de l'État. Et l'on se demande pourquoi une grande partie de l'accord de Taëf n'a pas été appliquée ? Pourtant, à part quelques voix à peine perceptibles, cette faille n'a pas été dénoncée sérieusement ! Pourquoi ? Parce que la manière tronquée dont il est appliqué arrange parfaitement lesdits groupes.
C'est aussi pour cela qu'il ne faut pas s'étonner que l'élection présidentielle ait tellement tardé, vu que certains récalcitrants ont mis des bâtons dans les roues afin de sauvegarder leurs pratiques de corruption, disséminées dans les différentes administrations, ainsi que leurs privilèges. Ils ont tout fait pour empêcher l'élection. En tout cas, ce retard leur a procuré un avantage supplémentaire, cette fois-ci moral et non pas matériel, car ainsi les numéros 2 et 3 de la République ont profité d'un avancement automatique, en montant d'un cran, afin d'occuper virtuellement les postes numéros 1 et 2, respectivement, à la tête de l'État.
Conclusion : il ne faut donc pas s'étonner du fait que, lorsque deux malfaiteurs sont arrêtés simultanément, celui d'entre eux qui ne bénéficie d'aucune protection se voit jugé (par une justice qui recouvre subitement toute sa vigueur), condamné et incarcéré dans une prison où il apprend tout ce qu'il lui manque, pour qu'une fois sa peine purgée, il puisse quitter la prison avec plein de nouveaux projets. Quant à l'autre, pistonné, il est relâché contre une caution symbolique d'environ un million de livres libanaises.
Évidemment, seul le peuple, surtout la classe pauvre (car privée de presque tout), est en train de financer indirectement les sommes faramineuses dérobées à la nation, en devenant de plus en plus pauvre, démunie et misérable, ce qui est en train de pousser les plus téméraires, parmi ces malheureux, à se transformer en malfaiteurs (bandits, ravisseurs, parfois même assassins, contrebandiers, etc.).
S'il n'est pas mis un terme à la corruption institutionnalisée qui frappe notre pays, après l'avènement d'un nouveau président honnête, possédant les qualités requises pour un authentique leader, non seulement rien n'avancera, mais nous ferons face à davantage d'injustice, de désordres sociaux, de décadence et d'émigration de nos jeunes talents.

Élie Michel NASARD

Comme on n'arrête pas le progrès, et ayant déjà usé les formes classiques de la corruption, nous avons inventé au Liban de nouvelles méthodes ultramodernes sur ce plan, de connivence avec certaines sociétés industrielles ou commerciales. S'agissant d'adjudications gouvernementales, il suffit pour lesdites sociétés de bien se conformer aux différentes étapes, exactement comme planifié, pour qu'à chaque coup, des dizaines de millions de dollars soient escroqués à l'administration étatique concernée, pour finir par être répartis entre les intéressés.Voilà de quoi il s'agit :Souvent, lorsque l'État décide de lancer une adjudication, cela se passe à peu près comme suit : les fonctionnaires chargés de la besogne, dont certains sont corrompus, concluent un accord préalable avec un fournisseur aussi corrompu...
commentaires (1)

Parce que vous pensez Mr Nasard que ce que vous nous racontez n'existe qu'au Liban? Bien sûr on ne devrait pas accepter cela , mais dites vous bien que cela arrive aussi dans des pays que vous ne pouvez pas imaginer que cela puisse se faire. Oui , oui , les pays démocratiques des droits de l'homme de la femme et même des animaux ....

FRIK-A-FRAK

13 h 30, le 11 novembre 2016

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Commentaires (1)

  • Parce que vous pensez Mr Nasard que ce que vous nous racontez n'existe qu'au Liban? Bien sûr on ne devrait pas accepter cela , mais dites vous bien que cela arrive aussi dans des pays que vous ne pouvez pas imaginer que cela puisse se faire. Oui , oui , les pays démocratiques des droits de l'homme de la femme et même des animaux ....

    FRIK-A-FRAK

    13 h 30, le 11 novembre 2016

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