Un porte-conteneurs chinois débarquant sa marchandise à Los Angeles en Californie. Archives Reuters.
Après le Brexit, l'arrivée de Donald Trump à la tête de la principale économie mondiale est un nouveau signal, très puissant, des « oubliés de la mondialisation » à leurs élites contre les accords très controversés de libre-échange. M. Trump s'est aussi dit prêt à accuser officiellement Pékin de manipulation des taux de change et à imposer des droits compensatoires sur les produits « made in China ». C'est notamment avec un discours virulent sur cette thématique que le promoteur immobilier a séduit les électeurs américains. Il estime que la Chine, le Japon, le Mexique, le Vietnam et l'Inde lèsent son pays en dévaluant leur monnaie et en fermant leurs marchés à certaines exportations américaines. M. Trump s'est ainsi dit prêt à accuser officiellement Pékin de manipulation des taux de change et à imposer des droits compensatoires sur les produits « made in China ».
Surtout, il reproche aux accords de libre-échange internationaux signés par les États-Unis d'avoir pénalisé les travailleurs américains et la compétitivité des entreprises. Il a ainsi promis de rompre le Partenariat transpacifique (TPP), un vaste accord commercial liant les États-Unis et onze autres nations qui n'est pas encore en vigueur, et a affiché son intention de renégocier ou de rompre l'Alena, l'accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique entré en vigueur en 1994. Comme président, il peut de sa propre initiative relever certains droits de douane et retarder le TPP même contre l'avis du Congrès.
Le directeur général de l'OMC, Roberto Azevedo, a réagi rapidement à la victoire de M. Trump et s'est déclaré « prêt » à travailler avec lui. « Il est clair que beaucoup pensent que le commerce ne fonctionne pas à leur avantage, nous devons nous en préoccuper et s'assurer que le commerce apporte le maximum de bénéfices au maximum de personnes », a-t-il affirmé.
Le FMI avait déjà tiré la sonnette d'alarme lors de sa réunion d'octobre, insistant à de nombreuses reprises sur le besoin d'intégrer « tout le monde et pas seulement quelques-uns » dans la mondialisation. Sa directrice générale, Christine Lagarde, s'est montrée combative début septembre lors du sommet du G20 en Chine. Elle avait alors souligné « la détermination » des chefs d'État du groupe des pays les plus puissants du monde à « répondre aux critiques populistes et faciles contre la mondialisation ».
Tirer les leçons
Mais son message ne passe pas. « Les idéaux de la globalisation se sont effacés avec l'affaiblissement de l'économie mondiale », après la crise de 2008, a souligné à l'AFP l'économiste japonais Seiji Katsurahata. « L'économie mondiale est à la peine et ceux qui en souffrent ont l'impression que la mondialisation en est la responsable », a-t-il ajouté.
Une opinion publique qui s'est sentie de plus en plus vulnérable face à des accords négociés dans l'opacité et le secret. « Il y a une perception très claire, et je pense qu'elle est exacte, que ces accords commerciaux sont conçus par les intérêts des grands groupes », a expliqué le prix Nobel Joseph Stiglitz, lors de son récent passage à Paris. Et ces populations, lassées par les fermetures d'usine, leur affaiblissement économique, et exaspérées par les discours des dirigeants politiques et économiques en place sur l'absolue nécessité de toujours plus libéraliser les échanges, secouent le cocotier.
Parmi les grands patrons, certains appellent à en tirer les leçons, à l'image de Giuseppe Recchi, numéro 2 de Telecom Italia, qui a appelé « l'élite à travers le monde » à tirer les leçons des élections américaines. « Que vous soyez faiseurs d'opinions ou commentateurs, vous ne devez pas regarder de haut les électeurs mais, au contraire, amener des arguments rationnels avec humilité et montrer que vous écoutez les gens, les entreprises et les problèmes qui les préoccupent », a expliqué mercredi cet ancien du groupe américain General Electric.
De fait, la victoire de M. Trump se produit à un moment où les accords commerciaux ont du plomb dans l'aile : la France a demandé l'arrêt des négociations de celui entre l'UE et les États-Unis (TTIP) ; et celui entre le Canada et l'UE (Ceta) n'a pu être validé qu'à l'issue d'une pression extrême des dirigeants européens pour faire plier la Wallonie, région francophone de Belgique, qui s'opposait à sa signature.
Pour faire face au rejet croissant de ces accords, Paris a adressé mardi à Bruxelles une série de propositions pour les rendre plus démocratiques et transparents. « Il n'y aura pas d'avenir européen s'il n'y a pas une démocratie extrêmement robuste », a prévenu le secrétaire d'État français au Commerce extérieur Matthias Fekl, ajoutant que « l'Europe est menacée aujourd'hui par des tentations et des tendances extrêmement dangereuses en son sein ».
« L'OLJ », avec Antonio RODRIGUEZ/AFP et Reuters

