Le président Aoun et le ministre Bou Saab en compagnie de la délégation de l'Université libanaise. Photo Dalati et Nohra
Pour le président de la République Michel Aoun, l'heure est venue de redresser l'Université libanaise en lui allouant les crédits nécessaires, et ce en dépit de la situation économique difficile que traverse le pays, à savoir « l'endettement croissant et la baisse de la productivité nationale ».
Ces propos du président ont été prononcés lors d'un entretien avec le président de l'Université libanaise Fouad Ayoub en présence d'une délégation de l'UL et du ministre de l'Éducation Élias Bou Saab. Devant M. Ayoub, le président a souligné l'importance de la culture qui doit venir compléter la spécialisation des étudiants. « Chaque personne a besoin de se spécialiser dans un domaine particulier, mais il a également besoin de culture et de sciences sociales, de même qu'il doit être conscient de ses droits, de ses devoirs et de la coexistence. L'homme est un être social qui évolue au sein d'une société donnée », a-t-il déclaré. Il a également fait part de sa volonté de soutenir financièrement l'université publique, « en dépit de la crise financière que traverse le pays et de l'endettement qui augmente annuellement de 5 à 6 milliards de dollars, ainsi que de la baisse de la productivité ». Et de préciser : « Nous allons tenter de trouver des crédits supplémentaires qui s'ajouteraient au budget de l'université, au moyen de dons et d'emprunts. C'est là notre priorité. »
Sur un autre plan, le président de la République a demandé à la délégation de l'UL et au ministre de l'Éducation que les salles de conférences des universités demeurent accessibles aux réunions politiques, mettant l'accent sur l'importance de l'expression démocratique. « L'exercice démocratique a pour point de départ l'électeur et finit sa course auprès du responsable politique. Celui qui est à la tête du pouvoir a également des devoirs. Ces salles seront ouvertes non pas aux divergences, mais au travail politique et à l'échange. » Pour M. Aoun, la démocratie n'est pas « l'exercice du pouvoir par la majorité imposé à la minorité, mais l'exercice commun du pouvoir par la majorité et la minorité dans un cadre prédéfini », a-t-il également relevé, avant de souligner que la démocratie « régule les divergences et l'élection sert à trouver des solutions à ces divergences. L'opposition caractérise la démocratie et sans ce droit à la différence, nous serions tous des clones ». Le président a ainsi estimé que l'université a bel et bien un rôle à jouer dans ce cadre, puisqu'elle doit servir à diffuser les notions de « compétences, de probité et de respect, ce qui à terme permettra d'éviter les conflits autour des urnes ». Le système éducatif doit se pencher sur ces notions, a-t-il estimé, afin de « transmettre ces valeurs » et de contribuer à la culture politique « de manière à ce que les étudiants s'habituent au débat d'idées, au respect des règles et au règlement des conflits par le dialogue ». Pour le président, les professeurs d'université jouent un rôle prépondérant dans ce cadre et peuvent servir de modèle « qui pourrait s'avérer bien plus efficace que les conférences ».
Le Liban n'est plus un laboratoire régional
Recevant par ailleurs une délégation de l'union des universités privées, présidée par le directeur de l'Université de Louaizé, le père Walid Moussa, il a mis en relief l'importance de la culture politique dans le règlement pacifique des conflits. Il a également affirmé qu'en dépit de l'embrasement quasi généralisé dans la région, et en dépit des discours incendiaires tenus par les rivaux politiques, le Liban est resté immunisé et ne s'est pas embrasé. Il a espéré dans ce contexte que ce climat apaisé puisse évoluer pour amener les différentes parties rivales à tomber d'accord par le biais du dialogue.
« Le Liban avait été transformé en laboratoire des crises, mais nous sommes sortis de cela et nous sommes à présent loin d'être un laboratoire d'essai. Nous allons dépasser progressivement, un peu plus chaque jour, cette crise. Celui qui veut gagner gagnera un pays prospère, et celui qui veut perdre perdra dans un pays prospère. Nous sommes désormais tous conscients que la victoire est pour tous, et l'échec concerne tout le monde (...) Les loyalistes et les opposants doivent tomber d'accord pour choisir le meilleur pour le pays (...) Nous ne devons pas vivre comme des cellules isolées, parce que nous sommes tous issus d'une même société », a-t-il martelé, avant d'affirmer que le système éducatif du pays n'offre pas les outils nécessaires pour aider les citoyens à sortir de la situation confessionnelle dans laquelle se trouve embourbé le pays « depuis 1828 ».
MM. Aoun et Bou Saab avaient auparavant abordé l'état du secteur de l'éducation dans le pays, notamment celui de l'UL et des autres universités publiques et privées. Le chef de l'État a en outre accordé audience au secrétaire général du Conseil des Églises du Moyen-Orient, le père Michel Jalkh.
Sur un autre plan, le général Aoun a reçu hier une série de messages de félicitations de responsables internationaux pour son élection à la présidence de la République, notamment de son homologue chilienne, Michelle Bachelet, lituanienne, Dalia Grybauskaitė, roumain, Klaus Iohannis, vénézuélien, Nicolás Maduro, bengali, Abdel Hamid, ivoirien, Alassane Ouattara, du roi de Suède, Charles XVI Gustave, ainsi que du Premier ministre bahreïni, Khalifa ben Salman al-Khalifa, et de la directrice de l'Unesco, Irina Bukova.


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