Liban

Tourleb veut casser les préjugés des Libanais sur leur pays et développer un tourisme alternatif

Depuis 2013, Nada Raphaël et Joëlle Sfeir sillonnent le pays pour le compte de Tourleb, un projet de tourisme alternatif créé pour répondre à des attentes originales, mais aussi pour faire changer le regard des Libanais sur leurs propres joyaux.

03/11/2016


À Deir el-Qamar, dans l'ancienne école turque, devenue aujourd'hui le superbe hôtel Deir el-Omara, résonnaient samedi dernier les incantations des sorcières Makinseh et Marhaba. Pas de nez crochus ni de balais, mais une connaissance certaine de leurs grimoires et des légendes populaires, démontrée au fil de la visite de Deir el-Qamar.
Après avoir vécu longtemps au Canada et entendu toutes sortes d'histoires et de préjugés sur le Liban, Nada et Joëlle décident de monter le projet « Trait d'union islam-christianisme »: un livre (mention spéciale au concours France-Liban 2010), un documentaire et une exposition photo. À travers des témoignages oraux, elles racontent la cohabitation entre chrétiens et musulmans sur l'ensemble du pays, jusqu'au plus petit village. Le projet a été exposé dans de nombreuses villes européennes, américaines et libanaises. À travers lui, se distille la volonté de présenter les préjugés des Libanais sur « les autres » pour mieux les déconstruire. Car la particularité de Nada et Joëlle, c'est qu'elles aiment tout le territoire libanais, sans exception. Pas de peur de l'autre ni de l'ailleurs, mais un amour et une connaissance profonde de chaque région que les deux femmes veulent faire partager, en français, anglais ou arabe.
C'est pour satisfaire ce désir et pour répondre à la curiosité de leurs lecteurs qu'elles se sont lancées dans Tourleb, un projet de tourisme alternatif. Fortes de leur érudition sur l'histoire, la culture et les paysages de leur pays, elles concoctent des itinéraires personnalisés, hors des sentiers battus, pour de petits groupes de touristes ainsi que des sorties mensuelles à thèmes : route des vins, des chemins de fer, des édifices religieux, romains, marche avec chiens ou encore des évènements ponctuels, comme les très appréciés jeux de pistes de Rachaya ou la marche hantée de Deir el-Qamar.
Les itinéraires sont adaptables car les guides sont... Nada et Joëlle elles-mêmes ! À la fois organisatrices, guides et animatrices, elles s'occupent de tout pour des groupes d'une vingtaine de personnes. « Nous avions commencé avec des groupes plus gros au début, avant de réaliser que ce n'était pas pour nous: nous ne sommes pas une entreprise à but lucratif, mais nous voulons partager avec nos visiteurs et que tout le monde s'amuse », précise Nada.

Un tourisme nouveau
« Le tourisme a beaucoup changé ces derniers temps, souligne-t-elle. On voit moins de riches touristes venus du Golfe qui, eux, restent dans les villes, et beaucoup plus de "backpackers" qui souhaitent passer des vacances abordables, parfois aux alentours de 10$ par jour, si possible hors des villes et plus proches de la culture traditionnelle. » Si le Liban est un pays cher, « il reste possible de se débrouiller avec peu », acquiesce Joëlle. Le phénomène du backpacking est récent au Liban et peu de structures existent pour ce type de tourisme. C'est sur ce créneau que travaille donc Tourleb, avec aussi la volonté de sensibiliser à l'écotourisme et de casser les préjugés et les fameux « Ne va pas là-bas, c'est dangereux », souvent proférés sur la base de légendes populaires, de propos déformés, de peurs confessionnelles, voire des replis identitaires.
Le projet vise également à faire prendre conscience aux Libanais que leur pays est plus beau qu'ils ne le croient. Des siècles d'histoires et des paysages à couper le souffle sont souvent oubliés par les Libanais eux-mêmes, qui rêvent plutôt de passer des vacances sur d'autres continents avant même de connaître leur propre pays. « Souvent, les habitants des villages eux-mêmes ne savent pas ce qui se cache derrière leur château abandonné ou au sommet de leur montagne. Les histoires se perdent, la nature attire moins et n'est plus protégée », commentent-elles. L'idée étant aussi que si les habitants réalisent la potentielle valeur touristique de leur environnement, ils seront plus enclins à le protéger, à ne pas le quitter et, à terme, à vivre du tourisme.
Le duo compte bien multiplier les évènements ponctuels dans le futur, comme celui de Deir el-Qamar, avec un enthousiasme et un sourire inchangés depuis 3 ans. Un sourire apparemment communicatif puisqu'un groupe de fans de Tourleb s'est formé sur Facebook, dont Nada et Joëlle n'ont appris l'existence qu'a posteriori.

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