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Nos lecteurs ont la parole - Youssef Mouawad

Arrêt sur minoritaires

Tant qu'à faire, j'opte résolument pour l'État de droit qui corrige les excès potentiels de la démocratie majoritaire (al-dimoukratiya al-'adadiya) en y greffant la protection des minorités. On n'est jamais assez méfiant à l'endroit de la démocratie formelle quant aux abus de majorité qu'elle peut susciter. Et en cet instant précis de l'histoire du Levant, on est en droit de se demander quel sera le destin des groupes minoritaires, qu'ils soient ethniques ou religieux? Leur survie est-elle assurée à moyen terme, face à la radicalisation et à la violence de leurs concitoyens ? Les Kurdes ont souscrit une assurance-vie en se mobilisant; adossés à leurs montagnes, ils ont pris les armes pour défendre leurs franchises. Ils ne croient ni aux promesses de Bagdad et encore moins à celles d'Ankara, de Damas ou de Téhéran. Les chrétiens du Liban se sont rebiffés en 1975 quand la résistance palestinienne avait pris, sans vergogne, ses quartiers dans le pays d'accueil; ils avaient pour eux des amitiés internationales et une façade maritime qui pouvait assurer les renforts ou le retrait tactique. Les Yézidis étaient moins nombreux et trop mal placés sur l'échiquier pour pouvoir vendre chèrement leur peau. Quant aux pontes du régime syrien, ils imaginent aisément ce qui adviendrait à leur communauté alaouite s'il leur arrivait de perdre l'initiative sur le terrain, pour le cas où la Russie retirerait ses avions de chasse du jeu de massacre qui se déroule sous nos yeux.
Car la question qui nous taraude n'est pas exactement celle de la radicalisation de l'islam. Cette problématique ne vaut que pour l'Europe et l'Occident en général. Elle est insuffisante pour caractériser les conflits protéiformes que se livrent les divers belligérants sur la scène du Moyen-Orient. À l'est du bassin méditerranéen, la question plus lancinante serait la suivante: quid des minorités en ce moment de raidissement communautaire et de convulsions religieuses?
Nos États-nations, avec ou sans accord Sykes-Picot, n'auraient connu que le multiculturalisme (au sens large) dont ils avaient hérité. Cela dit, la vieille opposition, établie par Ferdinand Tönnies, entre société et communauté est toujours éclairante. Le sociologue allemand avait opposé deux catégories de rapports sociaux. Le premier idéal-type est la communauté, caractérisée par la proximité affective et spatiale des individus et se définit comme une «communauté de sang, de lieu et d'esprit» où le groupe prime sur l'individu. En revanche, la société est le « théâtre de l'individualisme forcené, de la concurrence généralisée, entre les individus désormais séparés, le règne de l'intérêt personnel qui se trouve être dorénavant au fondement de tous les rapports sociaux, lesquels tendent à se réduire à des échanges contractualisés»(1). Ne constituant point cet idéal-type de société, nous ne pouvons prétendre qu'à la « communauté » en tant que catégorie. D'où la difficulté de s'accorder sur un même récit national, comme d'ailleurs l'impossibilité d'unifier nos manuels d'histoire.
En somme, nous restons communautaires sauf pour quelques individus qui récusent cet ordre indéracinable. Pour eux laïcité et citoyenneté constituent l'armature pour reformater nos pays exsangues. Ainsi, en Syrie, les responsables des crimes odieux seraient jugés et sanctionnés, et comme la loi sera égale pour tous, la vie politique reprendrait son cours interrompu par l'intermède du conflit civil. Certains esprits libres soutiennent cette thèse, comme en d'autres temps on a soutenu que le nationalisme arabe allait gommer tous les clivages verticaux ou horizontaux. C'est d'ailleurs à l'honneur de nos idéalistes que de se libérer de leurs allégeances primaires et du carcan confessionnel, mais ils ne sont pas foule et une hirondelle n'a jamais fait le printemps.
Et se libérer des images du passé, de ses massacres et de ses avanies n'est pas chose aisée. L'histoire des minoritaires est lourde à porter ; elle gâche leur avenir,
pourrait-on sournoisement glisser. D'où certains réflexes rageurs ! Et un revanchisme en sourdine qui déteint sur certaines décisions mal
inspirées !
Et qui viendrait le reprocher aux descendants des victimes, massacrées ou malmenées par le cours sanglant de l'histoire ?
De ce fait, l'instinct de survie fait que les communautés minoritaires n'ont pas le droit de prendre des risques au nom de la bonne entente. Elles ne peuvent fermer les yeux sur le grignotage insidieux dont leurs acquis font l'objet ; chaque fait accompli en leur défaveur les rapproche davantage d'une fin annoncée, funeste s'il en est.
Par ailleurs, les conflits ne peuvent s'éterniser.
Que vienne la paix des braves(2), quel régime politique serait en mesure d'assurer la simple équité entre divers groupes et leur participation aux décisions nationales ? Bref comment garantir aux minorités une voix au chapitre ? Et comment écarter le spectre de la marginalisation ?
Ce sera l'objet d'une table ronde organisée à Paris, à la mairie du XVe arrondissement, le 11 novembre, à l'initiative de Diaspora libanaise overseas(3).

Youssef MOUAWAD

1 - Serge Paugam, Les 100 mots de la sociologie, p. 51.
2 - L'expression est de Charles de Gaulle. À moins d'opter pour salam al-shouja'an, expression prisée par Hafez el-Assad quand il faisait les yeux doux à Israël.
3 -ONG franco-libanaise.

Tant qu'à faire, j'opte résolument pour l'État de droit qui corrige les excès potentiels de la démocratie majoritaire (al-dimoukratiya al-'adadiya) en y greffant la protection des minorités. On n'est jamais assez méfiant à l'endroit de la démocratie formelle quant aux abus de majorité qu'elle peut susciter. Et en cet instant précis de l'histoire du Levant, on est en droit de se demander quel sera le destin des groupes minoritaires, qu'ils soient ethniques ou religieux? Leur survie est-elle assurée à moyen terme, face à la radicalisation et à la violence de leurs concitoyens ? Les Kurdes ont souscrit une assurance-vie en se mobilisant; adossés à leurs montagnes, ils ont pris les armes pour défendre leurs franchises. Ils ne croient ni aux promesses de Bagdad et encore moins à celles d'Ankara, de Damas ou de Téhéran....
commentaires (1)

ARTICLE TRES INTERESSANT... A LIRE ET A MEDITER TRES SERIEUSEMENT PAR NOS LEADERS... MALHEUREUSEMENT NOUS N,AVONS A CE STADE QUE CEUX-LA... CHRETIENS...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

18 h 13, le 19 octobre 2016

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Commentaires (1)

  • ARTICLE TRES INTERESSANT... A LIRE ET A MEDITER TRES SERIEUSEMENT PAR NOS LEADERS... MALHEUREUSEMENT NOUS N,AVONS A CE STADE QUE CEUX-LA... CHRETIENS...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    18 h 13, le 19 octobre 2016

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