Au Liban, nous sommes tous des héros. Tâchez de ne pas faire la liaison, innocents citoyens ! Car je suis sérieux lorsque je proclame qu'il faudrait être un héros pour vivre dignement dans ce pays. Un héros à titre individuel, vous l'avez compris. Mais, pris en gros, de véritables zéros avec nos attitudes communautaires, nos convictions politiques, nos illusions superfétatoires. Jouant sur les mots, il me reste à évoquer Zorro pour clôturer mon tour d'horizon. Et des Zorro, au Liban, il y en a plein ! Pas besoin de faire un dessin. Tableau surréaliste que tout cela, me direz-vous. Or le surréalisme est de mode et gère la marche de notre monde depuis bientôt un siècle. Il y a deux catégories de héros à ma connaissance : le héros grec ancien et le héros judéo-chrétien. Le premier était un lutteur, un révolté, un agissant, qui avait fini par triompher de ses contradicteurs et mériter son titre. Le second est un martyr, brimé, consentant, vaincu d'avance. On le traite de héros par pléonasme parce qu'il subit le joug sans rechigner. Et quand je le qualifie de judéo-chrétien, il faut comprendre que je ne fais allusion qu'à la méthode et non à la doctrine religieuse.
Le Libanais, en tant que citoyen, répond à cette dernière définition. Pris en otage par une mafia qui s'est constituée des bras de pieuvre tout au long des décennies écoulées. Il est aujourd'hui prisonnier du système mathématique minutieusement mis au point par des années de ruses et de calculs étriqués infiniment plus efficaces que toutes sortes de principes. Ce qui explique le coriace entêtement dont font preuve tous nos élus pour maintenir tels quels des rouages électoraux si patiemment élaborés. Pas question d'imaginer un système à la proportionnelle. Parce que plus de la moitié d'entre eux se verraient tout simplement volatilisés. On est « solidaire » entre gens du métier ou on ne l'est pas ! Et le métier de politicien, chez nous, est actuellement le seul métier lucratif sur le marché. Il serait pusillanime de penser voir un jour les choses changer.
Aussi, guerres régionales ou pas, intérêts internationaux ou pas, tractations diplomatiques ou pas, requêtes, supplications, protestations, débats, menaces, révoltes, rien n'y fera, rien ne changera. Alors, amis héros, zéros, Zorro ou moutons de Panurge, faites-vous une raison. Pliez-vous, acceptez et cessez de vous plaindre. Allez seulement voter en masse, faute de mieux, pour les municipales ! L'éternité libanaise comptera toujours dans ses rangs des Aoun et des Geagea, des sayyed Nasrallah et des pléiades de Hariri. Sans oublier, dans leur coin, d'actifs Joumblatt en sous-main. C'est à prendre ou à laisser. Qui n'est pas content, qu'il aille voir ailleurs !
Bonsoir !


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef