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Liban - Droits de l’homme

Zoom sur la discrimination contre les personnes vivant avec le VIH

« On m'appelle Mme Sida ! » « Assume les conséquences de ce que tu as fait. Ce n'est pas notre problème ! » « Le dentiste m'a dit qu'il n'a pas d'équipements jetables et qu'il a peur qu'il ne soit infecté ! » Autant de témoignages qui mettent l'accent sur la discrimination et la stigmatisation dont continuent à être victimes les personnes porteuses du VIH au Liban, quelque trente-trois ans après la découverte du virus en 1983.
Ces atteintes aux droits des personnes séropositives ont été documentées et ont fait l'objet d'une étude intitulée « Exprimez-vous pour les droits des personnes vivant avec le VIH », présentée hier au cours d'une conférence de presse tenue à l'hôtel Cosmopolitan à Sin el-Fil.

À l'origine de ce projet, les ONG SIDC (Soins infirmiers et développement communautaire) et Vivre Positif qui, depuis leur création respectivement en 1987 et 2001, constatent des atteintes aux droits des personnes vivant avec le VIH. Financé par Mepi (Initiative pour un partenariat avec le Moyen-Orient) du département d'État américain, le projet a été réalisé avec une coalition de quatorze ONG. Il a pour objectif de « promouvoir un environnement plus favorable aux personnes vivant avec le VIH », en apportant « des changements aux systèmes et en réformant les lois ».

L'étude a été menée auprès de cinquante personnes porteuses du virus VIH. 25 individus ont fait l'objet d'une interview approfondie, 25 autres ont rempli des questionnaires. « Les atteintes aux droits des personnes séropositives ont été constatées dans plusieurs domaines : médical, communautaire (famille et amis), professionnel, pédagogique et gouvernemental », peut-on lire dans le rapport.

Dans les établissements médicaux
Sur le plan médical, le rapport souligne que des atteintes aux droits des patients lors de la prestation des services médicaux ont été signalées dans les hôpitaux privés et gouvernementaux, les laboratoires privés, les pharmacies et les cabinets privés. Selon le rapport, « plusieurs professionnels de santé ont été impliqués dans ces violations comme les infirmiers et infirmières, les médecins, les équipes administratives et les pharmaciens ». Les patients ont fait état de toute une série de comportements discriminatoires comme la violation de la confidentialité, la maltraitance, la peur, la négligence et le refus de fournir les services de soins. Une femme de 32 ans a ainsi confié que lors de son séjour dans un hôpital gouvernemental, elle a découvert qu'elle était porteuse du VIH. « L'information a fait le tour de l'hôpital, a-t-elle signalé. On répétait à tout le monde que j'étais porteuse du VIH. »

Dans certains cas, « la famille savait qu'un proche était séropositif avant même la personne concernée ». De plus, selon le rapport, « certains pharmaciens annonçaient aux personnes ayant effectué un test rapide de détection du VIH qu'elles étaient séropositives devant les clients ». Pis encore, « certains professionnels de santé prenaient en photo les corps de personnes séropositives décédées qu'ils partageaient avec leurs amis et collègues ».

À cela s'ajoutent le fait de pointer du doigt les patients, de se moquer d'eux, de les embarrasser, etc. Un homme de 38 ans a raconté que dans un hôpital gouvernemental, il a su que plusieurs autres personnes dans l'étage où il se trouvait étaient séropositives, « parce que l'infirmier avait laissé leur fichier, avec une indication claire de leur nom, le numéro de leur chambre et de leur maladie visible sur le comptoir des infirmier(ère)s ».

Isolement
La situation des personnes porteuses du VIH ne se présente pas sous un meilleur jour dans le cercle familial et celui des amis, où ils sont systématiquement « isolés ». Ainsi, une femme de 36 ans a raconté que ses parents avaient peur d'elle. « Personne ne m'a saluée ni embrassée, a-t-elle confié. La première chose que ma mère avait faite c'était de demander au médecin comment elle doit laver mes vêtements et si je pouvais dormir avec mes frères et sœurs dans une même chambre. Elle m'a même apporté une assiette et un couvert en m'indiquant clairement qu'ils étaient à moi seule ! »

Selon le rapport, la famille et les amis vont même jusqu'à « blâmer la personne vivant avec le VIH », parce qu'elle a des comportements à risques. Par ailleurs, « de nombreuses personnes souffrent d'une double marginalisation étant séropositives et appartenant aux groupes à risques, comme les homosexuels, les lesbiennes et transsexuels, les travailleurs du sexe et les toxicomanes », relève-t-on dans le rapport.
Sur le plan pédagogique, les personnes avec le VIH se voient refuser l'accès à certaines universités et écoles privées qui imposent dans leur liste de formalités la nécessité d'effectuer un test de séropositivité. Un père de 41 ans a raconté dans ce cadre que son enfant né avec le VIH est resté sans éducation pendant de nombreuses années, « les écoles privées et publiques ayant refusé de l'admettre ». Au niveau professionnel, de nombreuses personnes ont rapporté « avoir été forcées à présenter leur démission » lorsque leur employeur a découvert leur séropositivité. Dans certains milieux, on a même partagé cette info avec les collègues. Sans oublier que pour certains emplois, le test de séropositivité est exigé et souvent effectué de façon routinière.
Enfin, une femme a rapporté que dans une gendarmerie, « des policiers ayant pris connaissance de sa séropositivité l'ont annoncé à tous les détenus ».

Impact négatif
Le rapport souligne que ces atteintes aux droits des personnes vivant avec le VIH ont un impact négatif sur leur vie. Plusieurs d'entre eux restent sans emploi et/ou sans éducation... De plus, ces personnes sont exclues des programmes d'assurance. Sans oublier qu'elles souffrent sur le plan psychologique aussi, « ce qui les pousse dans certains cas à l'isolement ou au suicide ».

Les auteurs du rapport ont expliqué que cette enquête a permis d'identifier trois secteurs possibles d'intervention contre les violations des droits des patients dans les établissements médicaux, la privation des personnes vivant avec le VIH de l'emploi et l'exclusion des programmes d'assurance. Les deux derniers secteurs nécessitant un travail de longue haleine, il a été décidé de mener cette année une action contre la discrimination observée au sein des établissements médicaux.

 

 

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