Après la publication d’un livre de confidences faites par François Hollande à des journalistes, qui a suscité une cascade de réactions incrédules ou consternées, les proches du président socialiste se sont efforcés hier de déminer le terrain, défendant un « exercice de transparence ». Frederick Florin/AFP
La publication d'un livre de confidences faites par le président français François Hollande à des journalistes, chronique brute de la présidence depuis 2012, suscite une cascade de réactions incrédules ou consternées, des magistrats aux footballeurs et jusque dans son camp.
À six mois de l'élection présidentielle, la séquence risque de torpiller les efforts pour créer les conditions de sa candidature à un second mandat, soulignaient hier plusieurs médias à propos du recueil, fruit d'une soixantaine d'entretiens avec deux journalistes du quotidien Le Monde. « On hésite sur le choix du mot. Est-ce de l'inconscience ? Du cynisme ? Ou du masochisme ?
(...) Cet exercice dans lequel se complaît l'occupant de l'Élysée trahit une forme de narcissisme », a ainsi commenté le journal Le Figaro.
« Consternant », « horrible », « pitoyable », ont confié des élus socialistes à des journaux, sous le couvert de l'anonymat. Dans l'opposition de droite et d'extrême droite, c'est une volée de bois vert. « On a envie de demander : Quand est-ce qu'il arrête de se confesser. Et puis, quand est-ce qu'il travaille surtout ? » a ainsi lancé Nathalie Kosciusko-Morizet, l'une des sept candidates à la primaire de la droite.
Un président ne devrait pas dire ça... : rarement un titre de livre n'aura autant collé au sentiment déclenché par sa lecture. Des piques contre son prédécesseur Nicolas Sarkozy (« de Gaulle le petit ») à l'évocation de son ancienne compagne Valérie Trierweiler (« une femme malheureuse »), des critiques contre la justice (« une institution de lâcheté ») ou les joueurs de foot (« gosses mal élevés »), les confidences égrenées au fil des pages sont autant de bombes à fragmentation.
C'est une « humiliation » pour les deux plus hauts magistrats de France, qui ont été reçus à leur demande à l'Élysée mercredi soir et ont pris publiquement la parole hier. Il n'est « pas concevable que la charge de président (...) puisse être utilisée par son titulaire pour contribuer à diffuser parmi les Français une vision aussi dégradante de leur justice », a commenté le premier président de la Cour de cassation, Bertrand Louvel, lors d'une audience solennelle.
Exercice de transparence
Le syndicat des footballeurs professionnels voit comme des « propos populistes » les commentaires sur les joueurs de l'équipe de France, « passés de gosses mal élevés à vedettes richissimes sans préparation », en manque de « musculation du cerveau ».
Les proches du président socialiste se sont efforcés de déminer le terrain, défendant un « exercice de transparence ». « Lorsque les livres sortent, ça peut être quelquefois hors contexte, ça peut effectivement susciter des débats, irriter, mais ça permet dans une démocratie à chacun de pouvoir avoir la lecture des événements qui se déroulent, des sujets qui peuvent être à un moment ou à un autre posés », a plaidé le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. Le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, a de son côté souligné que François Hollande n'avait pas eu « un mot », « pas un acte » contre l'indépendance de la justice depuis 2012.
Pour le journal Libération, l'exercice lui permet de « commenter son bilan » et « purger le procès en trahison que compte lui faire son camp » alors qu'il semble encore hésiter à partir pour un second mandat. Ce bilan en forme de plaidoyer pro domo, il le fait surtout dans un entretien accordé à l'hebdomadaire l'Obs, également publié hier. Il assure avoir « mené une politique de gauche », dit comprendre « l'intransigeance » de ses électeurs déçus, mais « n'admet pas les procès en trahison ». Il demande à être jugé non pas sur ce qu'il avait « promis », même s'il est « prêt à l'inventaire » de ses engagements de 2012, mais sur son action dans le contexte de crise économique « que chacun connaît avec ce que proposent ceux qui prétendent nous remplacer ».
Les sept candidats à la primaire de la droite, parmi lesquels Nicolas Sarkozy et son ancien Premier ministre Alain Juppé, favori des sondages, devaient s'affronter hier soir lors d'un premier débat télévisé. Alors que la gauche est très divisée, le Parti socialiste a prévu sa primaire en janvier 2017, après l'éventuelle déclaration de candidature de François Hollande, qu'il a promise pour début décembre.
(Source : AFP)

