Selon une étude menée en France en 2014, un enfant sur trois âgés entre 3 et 14 ans font parfois l’impasse sur le petit déjeuner, contre 11 % en 2003. Photo Bigstock
Êtes-vous plutôt tartines et orange pressée ou café avalé vite fait ? Il n'y a pas de petit déjeuner parfait, l'essentiel étant d'assurer l'équilibre sur la journée, rassurent les nutritionnistes.
À l'occasion de la vingt-septième édition de la Semaine du goût, qui se tient en France jusqu'à dimanche, ses promoteurs entendent réhabiliter le petit déjeuner bien garni.
Selon une étude du Crédoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) en France publiée en 2014, plus de deux adultes sur dix sautent le petit déjeuner au moins une fois par semaine, une proportion qui a doublé en dix ans. Chez les enfants, c'est près d'un sur trois, avec 29 % des 3-14 ans qui font parfois l'impasse sur ce repas, contre 11 % en 2003.
Le petit déjeuner est « un élément très structurant d'une stratégie nutritionnelle équilibrée pour une grande majorité de la population », mais il ne faut pas pour autant « ostraciser » ceux qui n'en prennent pas, surtout s'ils n'ont pas de problème de poids ou d'équilibre alimentaire en général, tempère Pierre Azam, médecin nutritionniste et président de l'Observatoire de l'obésité.
« Il n'y a aucune preuve que manger équilibré sur trois repas soit le modèle sur lequel on doit s'arc-bouter coûte que coûte », souligne aussi Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste à Paris. Si on ne prend jamais de petit déjeuner, on n'en a probablement pas besoin. En revanche, si on le prend le week-end et en vacances mais pas en semaine, « ça prouve bien que c'est un problème d'organisation, qui pénalise au niveau alimentaire », ajoute-t-il. Un phénomène que le Dr Cocaul observe en particulier chez les 15-25 ans, qui se couchent et se lèvent trop tard, « ce qui impacte négativement la répartition des repas ».
De façon générale, ceux qui ne prennent pas de petit déjeuner ont un moins bon équilibre alimentaire global, une alimentation plus riche et moins équilibrée sur le reste de la journée, tandis que ceux qui prennent un petit déjeuner ont tendance à faire plus attention, résume-t-il.
Chez les enfants, commencer la journée sans rien avaler est plus problématique, car « ils consomment beaucoup plus d'énergie en proportion de leur poids » et risquent plus facilement l'hypoglycémie, explique le Dr Azam.
L'idée est de « dire aux parents que c'est un repas qui est fondateur de l'équilibre alimentaire de la journée et que, pour que les enfants prennent leur petit déjeuner, il faut le prendre avec eux », souligne Sophie Gerstenhaber, directrice de la Semaine du goût, qui vise en premier lieu le jeune public.
Ainsi, des « leçons de goût » seront organisées dans les écoles, pour faire « découvrir aux enfants le petit déjeuner à la française (...) comportant du pain, du lait, de la confiture et des jus de fruit », explique le site Internet de l'événement.
Mais le petit déjeuner à la française est-il pour autant un modèle d'équilibre nutritionnel ?
Pas vraiment pour le traditionnel croissant, qui représente « un apport calorique non négligeable, mais qui sera rapidement brûlé et stocké, ce qui risque de provoquer une fringale deux heures après », avertit le Dr Cocaul.
Le jus de fruit présente, lui, moins de fibres, minéraux et vitamines qu'un vrai fruit, et souvent plus de sucres, mais reste « un outil pratique » quand on manque de temps, selon le Dr Azam.
Quant au pain, il vaut mieux privilégier le pain complet, plus riche en fibres et donc assimilé plus lentement par l'organisme. Pour le reste, « il n'y a pas d'aliment obligé », l'essentiel étant de « faire le tour des différents nutriments dont on a besoin », selon le Dr Cocaul, qui rappelle que dans de nombreux pays, petit déjeuner avec des haricots, de la soupe au poulet ou du poisson n'est pas une aberration.
Amélie BAUBEAU/AFP

