De nombreux commerçants se plaignent d’un ralentissement des affaires depuis que les revenus pétroliers ont fondu, obligeant l’État à prendre des mesures douloureuses de rigueur. Fayez Nureldine/AFP
Dans la bijouterie al-Abdoul Wahhab, les diamants scintillent dans les vitrines, mais les affaires ont perdu de leur éclat car les Saoudiens hésitent à ouvrir leur porte-monnaie, austérité oblige.
« Par rapport à l'an dernier, l'affluence est très faible », se désole Saddam al-Yafae, un vendeur de cette bijouterie de la rue commerçante Olaya, au cœur de Riyad.
Comme lui, de nombreux commerçants se plaignent d'un ralentissement des affaires depuis que les revenus pétroliers ont fondu, obligeant l'État à prendre des mesures douloureuses de rigueur.
« Il y a beaucoup moins de travail, particulièrement depuis ces décisions », explique Saddam al-Yafae, en faisant allusion aux récentes annonces du gouvernement.
Le 26 septembre dernier, le Conseil des ministres a décidé d'un gel des salaires des fonctionnaires, qui représentent l'essentiel de la population active. Les primes ont été annulées, ainsi que la rémunération des heures supplémentaires. Les hauts fonctionnaires n'auront plus droit à des voitures de fonction et à des frais de téléphone.
Pour donner l'exemple, les salaires des ministres ont été réduits de 20 % et les indemnités annuelles des 150 membres du Conseil de la Choura (Assemblée consultative) amputées de 15 %, soit 4 000 riyals (1 070 dollars) par mois, selon le quotidien Saudi Gazette.
La chute des prix du pétrole depuis 2014 a entraîné un déficit public record de 98 milliards de dollars l'an dernier dans le royaume qui tire de l'or noir une grande part de ses revenus : le prix du baril a chuté de plus de 100 dollars à la mi-2014 à moins de 50 dollars aujourd'hui.
Riyad a donc lancé des mesures sans précédent pour réduire le train de vie de l'État, baisser les subventions publiques et rendre son économie moins dépendante du pétrole.
Mais cette « austérité a fait beaucoup de mal à l'économie », ont récemment relevé les analystes de Capital Economics à Londres.
Dans un rapport publié lundi, la firme Jadwa Investment note une baisse des retraits bancaires en 2016 et estime que l'absence de primes « fera probablement baisser la consommation dans les prochains mois ».
En juillet, le taux d'inflation des produits alimentaires a été négatif, pour la première fois depuis six ans, selon la firme.
Mais, pour Abdallah al-Sadoun, membre du Conseil de la Choura, cette austérité et la réforme de l'économie vont à terme porter leurs fruits. « Nous avons été 50 ans durant dépendants du pétrole et nous avons mal dépensé notre argent », indique-t-il à l'AFP.
« La situation est très mauvaise »
« Nos stocks sont au plus haut en raison de la baisse des ventes », explique un marchand de tapis étranger. À l'extérieur, un client marchande pour l'achat d'une petite descente de lit. Il finit par l'avoir à 50 riyals (13 dollars).
Dans le magasin d'à côté, un marchand de tapis originaire d'Asie du Sud explique que les affaires allaient beaucoup mieux il y a trois ou quatre ans.
« La situation est très mauvaise », se lamente, un peu plus loin sur la même rue Olaya quasi déserte, un vendeur de produits électriques. Il ne veut pas être identifié, par crainte de se faire expulser pour ses propos. Les affaires ont baissé de 25 % ces deux dernières années, affirme-t-il, à cause en partie du chantier du métro de Riyad, qui empêche les clients d'accéder à sa boutique.
« Fini l'argent, mon ami », lance ce vendeur en répétant ce que lui disent les clients.
Certains fonctionnaires contactés par l'AFP n'ont pas voulu commenter les mesures d'austérité, mais d'autres affirment qu'ils s'adapteront à la nouvelle situation.
« Je vais revoir le budget familial », explique Moussa Mohammad, 41 ans. « Nous allons nous débrouiller », ajoute Khaled al-Bichi, 35 ans, désireux de « soutenir notre pays. »
Dans la ville sainte de La Mecque, Majdi Damanhouri, 45 ans, qualifie d' « audacieuses » les décisions du gouvernement et espère un changement de comportement car « les familles saoudiennes n'épargnent pas et ont tendance à acheter des produits de luxe. »
Hadi al-Osaimi, un enseignant de 39 ans, estime, lui aussi, que c'est l'occasion de renoncer aux dépenses extravagantes des mariages et des célébrations. « Sans oublier les voyages et les dépenses coûteuses à l'étranger. »
Ian TIMBERLAKE / AFP


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