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Liban

Le phare centenaire de Tyr fait peau neuve

Patrimoine

Après les travaux entrepris depuis le mois de juin, il ne reste plus que deux semaines avant l'ouverture au public du système de signalisation de la cité de Hiram.

01/10/2016

« C'est moi qui ai appuyé sur le disjoncteur pour rallumer le phare la semaine dernière », raconte avec émotion Sophie Baradii dans son jardin face à la mer. Prise de court en plein ménage, la sexagénaire préfère éviter les photos, mais raconte avec plaisir l'histoire de sa famille immanquablement liée à son lieu d'habitation.

Cela faisait exactement quarante-trois ans que le phare de Tyr n'avait pas rayonné dans la nuit. En travaux depuis le mois de juin, un test a eu lieu la semaine dernière pour vérifier si les branchements électriques fonctionnaient correctement. Une installation toute neuve et non plus au gaz comme autrefois.

Pour les ouvriers et les responsables du projet, il était évident que ce devait être Sophie qui illuminerait le phare après son sommeil de plus de quarante ans. Sa famille habite le bâtiment depuis près d'un siècle. L'histoire commence avec son grand-père, Élias Baradii. Ce dernier est engagé pour allumer la lampe toutes les nuits. Il transmet ensuite la tâche à son fils, l'oncle de Sophie. C'est son cousin qu'elle a épousé qui en est aujourd'hui responsable. Elle et son mari ont été les derniers à avoir illuminé le phare. « Cela demandait du travail. Nous ne pouvions jamais nous en éloigner longtemps. Il fallait toujours que quelqu'un soit là pour allumer la lampe la nuit », se souvient-elle avec le sourire.

Après les travaux de restauration, qui se termineront dans deux semaines, la tâche sera beaucoup plus aisée. Le phare devrait fonctionner grâce à des panneaux solaires et un détecteur. Il sera enclenché automatiquement à la tombée de la nuit. Pour le moment, le budget ne permet pas la pose de panneaux solaires, mais pour Hicham Halawi, directeur du projet de rénovation et chef de l'entreprise en charge des travaux, cela ne pose pas de problème : « S'il n'y a pas assez de fonds pour mettre des panneaux solaire, ce n'est pas grave, j'avancerai moi-même l'argent et je me débrouillerai après. On ne restaure pas ce type de monument tous les jours », affirme-t-il.

 

(Lire aussi : Des sites touristiques majeurs désormais accessibles aux handicapés)

 

Un projet européen
La restauration du phare de Tyr fait partie du projet de coopération transfrontalière Med-Phares, financé par l'Union européenne, par l'Instrument européen de voisinage et de partenariat Bassin Maritime Méditerranée, et vise à restaurer et à valoriser des phares, sémaphores et balises du bassin méditerranéen. Quatre pays sont concernés : l'Italie, la France, la Tunisie et le Liban, où seul le phare de Tyr est en travaux. Au niveau local, c'est la Société pour la protection de la nature au Liban et la municipalité de Tyr qui interviennent. « Le but est de relancer le tourisme et que tout le monde ait accès au phare. C'est un lieu symbolique même s'il ne sert plus à guider les bateaux », explique Hassan Dbouk, responsable juridique du projet au conseil municipal. L'endroit s'ajoutera à la liste des nombreux sites touristiques de la ville.

Le phare est restauré et non pas rénové. Les contraintes sont importantes. Même le signal lumineux sera le même qu'avant. Trois signaux blancs toutes les douze secondes : c'est « l'empreinte digitale » du phare de Tyr. Les trois signaux feraient référence aux trois lettres du nom arabe, Sour, et même français, Tyr, de la ville. Une manière pour les marins de savoir avec certitude dans quelle ville ils arrivaient.
Hicham Halawi, le directeur du projet de rénovation, explique : « On ne peut rien changer au phare d'origine, même pas sa couleur. L'extérieur était blanc. Il le restera. On ne peut pas faire n'importe quoi. »

 

(Pour mémoire : Une étude pour la préservation du phare historique de Tyr)

 

Le comte de Pierredon
Ce phare date des années 1900-1910, lorsque le Liban faisait encore partie de l'Empire ottoman, mais il aurait été construit par une entreprise française. Selon Hicham Halawi qui a fait ses propres recherches, c'est l'entreprise de Michel Pacha, ou comte Michel de Pierredon de son nom français, marin et homme d'affaires, qui a construit ce phare. Directeur général des Phares et Balises de l'Empire ottoman à l'époque, l'homme va construire une centaine de phares sur le territoire de l'ancien empire, dont celui de Tyr, mais sûrement aussi ceux de Saint-Jean-d'Acre en Palestine, de Saïda et de Tripoli. « En échange, il percevait un pourcentage sur les taxes que les bateaux payaient pour entrer dans les ports. Il était devenu un homme très riche », raconte le chef d'entreprise, très intéressé par l'histoire du lieu. « C'est ma curiosité naturelle qui m'a poussé à faire des recherches, je suis comme ça », ajoute-t-il, heureux de pouvoir partager ses trouvailles.

Le phare de Tyr fonctionne jusque dans les années soixante-dix, et c'est en 1973 qu'il s'éteint, jusqu'au jeudi 22 septembre dernier, quand il a été allumé pour la première fois à titre d'essai, pour la plus grande joie des habitants de la ville et du quartier qui l'entoure. Les fondations, les escaliers, la peinture, le carrelage, la lanterne et même la lentille du phare ont été remis en état. Des aménagements ont été faits pour que la visite des touristes ne gêne pas les habitants du bâtiment. « Grâce à de nouveaux escaliers extérieurs, les gens n'auront pas à passer par la maison pour accéder en haut du phare », explique Sophie, rassurée après avoir insisté pour offrir un café.

« Je suis contente du projet et j'ai hâte de voir le résultat final. Je remercie grandement tous les gens qui ont contribué aux travaux. J'espère que nous resterons. Je veux que mon fils reprenne la charge du phare et qu'il la transmette à son fils. Pour moi, ici, c'est chez moi », s'exclame Sophie Baradii d'un air déterminé, ses lunettes relevées sur ses cheveux.

Il reste à préciser que pour faire le bilan de la restauration des différents phares et sémaphores du projet Med-Phares, une conférence finale aura lieu le 26 octobre à Cagliari en Sardaigne.

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Honneur et Patrie

Souvenons-nous du naufrage du bateau français le "Champollion" des Messageries Maritimes qui avait échoué, par un temps exécrable sur la plage de Ouzaï en mars 1952. Son capitaine avait confondu le phare du Port de Beyrouth avec la lumière de la Tour de contrôle de l'aéroport de Bir-Hassan.

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