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Tribune

Une décennie jalonnée d’épreuves, une époque riche de possibles

Le secrétaire général de l’Onu quittera ses fonctions à la fin de cette année après 10 ans passés à ce poste. Alejandra Parra/Colombian Presidency/AFP

Le monde dans lequel nous vivons est en proie à des problèmes colossaux. Des gouffres de défiance séparent les citoyens de leurs dirigeants. Usant de la rhétorique du « nous contre eux », les extrémistes poussent chacun à choisir son camp. La terre nous accable par la montée du niveau des mers et des températures sans précédent. Cent trente millions de personnes ont besoin d'une aide vitale, dont des dizaines de millions d'enfants et de jeunes : notre prochaine génération est déjà menacée.

Pourtant, après dix ans à ce poste, je suis convaincu que nous avons le pouvoir de mettre fin à la guerre, à la pauvreté et à la persécution, de combler le fossé entre les riches et les pauvres, et de faire place aux droits dans la vie de tous. Avec les 17 objectifs de développement durable, nous nous sommes dotés d'un nouveau programme pour un avenir meilleur. Et avec l'accord de Paris sur les changements climatiques, nous sommes en train de relever le grand défi de notre temps.

De sérieuses menaces contre la sécurité mettent en péril ces avancées. Les conflits armés sont devenus plus complexes et tendent à se prolonger. Les défaillances de la gouvernance déstabilisent de nombreuses sociétés. La radicalisation menace la cohésion sociale, ce dont les extrémistes violents se félicitent puisque c'est précisément ce qu'ils cherchent. Du Yémen à la Libye et à l'Irak, de l'Afghanistan au Sahel en passant par le bassin du lac Tchad, dans un étalage brutal, nous en voyons les conséquences tragiques. Le conflit en Syrie, le plus meurtrier, sème l'instabilité dans une vaste région, alors que le gouvernement syrien continue de bombarder des quartiers au baril d'explosifs et que des chefs puissants continuent d'alimenter la machine de guerre. Il est fondamental que les responsables de crimes atroces tels que l'attaque perpétrée récemment contre un convoi humanitaire de l'Onu et du Croissant-Rouge arabe syrien aient à répondre de leurs actes. Je continue de faire pression sur tous ceux qui ont une influence pour que des pourparlers débutent en vue d'une transition politique qui n'a que trop tardé. L'avenir de la Syrie ne devrait pas dépendre du sort d'un seul homme.

Dans de trop nombreux endroits du monde, les dirigeants s'accrochent au pouvoir en réécrivant les Constitutions, en manipulant les élections, en incarcérant leurs opposants ou par d'autres mesures désespérées. Ils doivent comprendre qu'ils n'exercent leurs fonctions qu'en vertu de la confiance que leur accorde le peuple, et que le pouvoir ne leur appartient pas en personne.

La déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants, nouvellement adoptée, peut nous aider à mieux faire face aux déplacements forcés les plus importants depuis la Seconde Guerre mondiale. Trop souvent, les réfugiés et les migrants, en particulier les musulmans, sont en butte à la haine. Le monde doit dénoncer publiquement les dirigeants politiques et les candidats aux élections qui se livrent à de sombres et dangereux calculs, cherchant à gagner des voix en divisant les populations et en multipliant les peurs.
Si je regarde en arrière et reviens sur mes dix années de mandat, je suis fier qu'Onu-Femmes soit née et soit devenue le fer de lance de l'égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes, servant la pleine égalité entre hommes et femmes. Je suis fier de me dire féministe. Pourtant, nous devons en faire bien plus pour mettre fin à une discrimination bien ancrée et aux violences chroniques que subissent les femmes, et pour accroître leur participation à la prise de décision. Je défends aussi énergiquement les droits de toutes les personnes, indépendamment de leur appartenance ethnique, de leur religion ou de leur orientation sexuelle, ainsi que les libertés de la société civile et des médias indépendants qui doivent pouvoir jouer leurs rôles essentiels.

Pour que les progrès se poursuivent, il faudra de nouveaux élans de solidarité, il faudra poursuivre l'action menée pour renforcer les opérations de paix et faire en sorte que l'Onu soit à la hauteur des enjeux du XXIe siècle. Les États membres ne se sont toujours pas mis d'accord sur les modalités d'une réforme du Conseil de sécurité, ce qui continue de nuire à son efficacité et à sa légitimité. Bien trop souvent, j'ai vu de bonnes idées et des propositions largement appuyées mises en échec au Conseil, à l'Assemblée générale et dans d'autres organes au nom de la recherche du consensus. Il ne faut pas confondre consensus et unanimité, au risque de donner à une poignée de pays, ou même un seul, un pouvoir démesuré sur des questions importantes, leur permettant de tenir en otage le reste du monde.

Ces dix dernières années, je me suis rendu dans presque tous les États membres de l'Onu. Ce que je retiens de ces visites, plus que les bâtiments officiels et les monuments historiques, c'est le remarquable pouvoir du peuple. Un monde parfait n'est peut-être qu'un horizon lointain. Mais chacun de nous, sans exception, peut s'acheminer vers un monde meilleur, un monde plus sûr, un monde plus juste. Dix ans après, je sais qu'en travaillant ensemble, unis, nous pouvons y parvenir.

 

Ban Ki-moon est le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies.


Le monde dans lequel nous vivons est en proie à des problèmes colossaux. Des gouffres de défiance séparent les citoyens de leurs dirigeants. Usant de la rhétorique du « nous contre eux », les extrémistes poussent chacun à choisir son camp. La terre nous accable par la montée du niveau des mers et des températures sans précédent. Cent trente millions de personnes ont besoin...

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