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Nos lecteurs ont la parole - Ghada Jabak

Parlons de suicide

Cinq heures du matin, le samedi 10 septembre, à l'aube de la Journée mondiale de la prévention du suicide, journée dédiée à la sensibilisation au suicide et à la dépression, une marche sur la Corniche de Beyrouth.
Sensibilisation au suicide et à la dépression : cinq « s ». Des « s » comme le silence. Silence de ceux qui ne sont plus.
Une centaine de personnes marchent, guidées par des bougies, elles parcourent un chemin de lumière.
La mer à notre gauche, sereine, calme, comme ceux qui nous ont quittés, et les lumières de l'aube arrivent petit à petit de derrière la montagne pour nous rappeler le vide cuisant qui reste après leur départ.
Marche silencieuse, mais surtout méditative, salutaire, mortuaire, en souvenir des personnes qui ont déserté la vie. Des êtres chéris, de beaux moments, des sourires, des rires aussi nous accompagnent, ce matin.
Selon « Embrace Fund », ONG libanaise qui organise cette marche, trois personnes se suicident chaque jour au Liban. Cette marche vient rappeler que le suicide ne doit plus être un sujet tabou. Elle vient rappeler que des personnes souffrantes n'ont pas pu faire face à la vie, qu'elles l'ont abandonnée parce que la douleur est insupportable. Elle vient rappeler que ces personnes voulaient vivre et non pas survivre. Elle vient rappeler qu'il y a des signes évidents, des signes d'alerte, qui précèdent le suicide, signes perceptibles, mais qu'on ne voit pas ou bien qu'on ne veut pas voir, ou bien qu'on ne connaît pas. Elle vient rappeler qu'il existe des moyens d'aider ces personnes désespérées. Elle vient rappeler leur mal de vivre et leur trouble psychologique, bien camouflés parfois. Elle vient rappeler que le suicide est une décision grave et sérieuse et, par conséquent, nous marchons par respect aux personnes qui ne sont plus. Oui, elles se sont suicidées. Elles ont assumé le choix de nous quitter bien qu'elles nous aient aimés. C'est sûr qu'elles nous ont aimés. Aucun doute. Et comme c'est difficile de prendre cette décision quand la mort est plus apaisante que la vie !
Nous, qui restons, exigeons des réponses. Pourquoi ont-elles abandonné la vie ? Qu'est-ce qui peut amener quelqu'un à mettre fin à sa vie ? Mettre fin. Décider de la finir. Nous revenons à la décision. Décision personnelle, réfléchie ou irréfléchie, peu importe. Il faut respecter la décision d'une personne qui s'est suicidée. Respecter et non pas justifier. Il ne faut surtout pas chercher la raison d'un tel acte, parce qu'en matière de suicide, il n'y a pas de raison. Il y a des émotions. Douleur, souffrance, peine qui empêchent de respirer et qui sont plus fortes que la vie.
Parce que nous ne sommes pas tous le Petit Poucet qui, abandonné à son sort, avait pu combattre un ogre et survivre. Il était tout petit, mais il était aussi futé. Nous ne le sommes pas tous. A-t-il déprimé en silence ? Comment avait-il pu ne pas baisser les bras ? Le conte ne le dit pas. Rappel, nous ne sommes pas tous le Petit Poucet.

Ghada JABAK
#Pensées_matinales

Cinq heures du matin, le samedi 10 septembre, à l'aube de la Journée mondiale de la prévention du suicide, journée dédiée à la sensibilisation au suicide et à la dépression, une marche sur la Corniche de Beyrouth.Sensibilisation au suicide et à la dépression : cinq « s ». Des « s » comme le silence. Silence de ceux qui ne sont plus.Une centaine de personnes marchent, guidées par des bougies, elles parcourent un chemin de lumière.La mer à notre gauche, sereine, calme, comme ceux qui nous ont quittés, et les lumières de l'aube arrivent petit à petit de derrière la montagne pour nous rappeler le vide cuisant qui reste après leur départ.Marche silencieuse, mais surtout méditative, salutaire, mortuaire, en souvenir des personnes qui ont déserté la vie. Des êtres chéris, de beaux moments, des sourires, des...
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