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Reportage

Dans Alep-Est assiégé, la dangereuse quête de carburants alternatifs

Les habitants des quartiers rebelles tentent d'extraire du mazout à partir du plastique afin d'alimenter les générateurs.

Abou Ahmad, habitant des quartiers assiégés de l’est d’Alep, travaillant à la production d’un carburant artisanal à partir de sacs en plastique, le 10 septembre 2016. Karam al-Masri/ AFP

Au milieu des gravats des immeubles détruits à Alep-Est, Abou Ahmad et son voisin Mohammad Ibrahim collectent des objets en plastique qui leur serviront à fabriquer artisanalement le carburant qui fait tant défaut. « On ne trouve plus de carburants sur le marché. Pas de mazout, pas d'essence, pas de gaz », a confié Abou Ahmad, 40 ans, qui habite dans les quartiers de l'est de la grande ville du nord de la Syrie. « Nous avons donc décidé de trouver des solutions alternatives », comme celle d'extraire du mazout à partir du plastique afin d'alimenter les générateurs. L'électricité manque cruellement dans les quartiers rebelles d'Alep assiégés par les forces du régime de Bachar el-Assad depuis plus de deux mois. De violents combats ont endommagé la centrale électrique qui alimentait ces zones, les privant de courant.

Dans une rue en terre du quartier de Sakhour où habitent Abou Ahmad et Mohammad Ibrahim, trois ouvriers remplissent avec des objets en plastique des barils noirs, qu'ils referment bien avant de les placer sur un feu de bois. Le plastique va alors fondre jusqu'à ébullition et le gaz qui s'en évapore passe par un tuyau baignant dans l'eau pour le refroidir. Ce qui en sort est un liquide jaune, du mazout artisanal, selon Abou Ahmad. « En faisant des recherches sur Internet, nous avons découvert comment faisaient (les habitants) de la Ghouta pour se procurer du carburant et nous avons reproduit » la même technique, a-t-il confié, en référence à une région rebelle assiégée près de Damas. Malheureusement, cette technique n'est pas sans danger. Quelques jours après son entretien, Abou Ahmad est mort brûlé par l'explosion d'un baril avec un ami qui l'aidait.

Autosuffisance
Les pénuries de carburants, autant que celles de produits alimentaires, pèsent lourdement sur la vie quotidienne des habitants d'Alep qui n'arrivent à faire fonctionner les générateurs électriques que trois heures par jour dans certains quartiers. Dans d'autres, les moteurs sont complètement à l'arrêt. Les prix des carburants ont explosé en quelques semaines, atteignant 1 200 livres syriennes (2 euros) le litre de mazout contre 350 (53 centimes d'euro) avant le blocus.

Cette pénurie a également eu pour conséquence la disparition des voitures et transports publics des rues des quartiers est, les habitants se déplaçant désormais à pied. « Nous arrivons à extraire actuellement entre 70 et 80 litres de mazout par jour », affirmait avant sa mort Abou Ahmad. Cette quantité est utilisée en grande majorité pour alimenter les générateurs électriques, permettant aux habitants de pomper l'eau des puits. « Notre objectif n'est pas de faire du profit mais de rendre service à notre voisinage en leur assurant une certaine autosuffisance », a souligné son voisin Mohammad Ibrahim.

Les quelque 250 000 habitants des secteurs est d'Alep attendent, depuis l'entrée en vigueur d'une trêve lundi, l'arrivée des aides internationales dont ils sont privés depuis juillet. Dans le quartier de Zabadiya, Moustafa Marjane, 30 ans, s'écrie: « Je ne veux pas seulement que les bombardements s'arrêtent, mais qu'ils permettent l'entrée des légumes et des carburants! » « Comment pouvons-nous cuisiner et nourrir nos enfants si on ne trouve plus aucun carburant sur le marché? »

 

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