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Liban - Journées du patrimoine

Lieu de mémoire, la Résidence des Pins dévoile son intimité

Le week-end des 17 et 18 septembre, la France et toute l'Europe célèbrent les Journées du patrimoine. Et comme chaque année, des milliers de sites publics ou privés sont ouverts au public. Pour la première fois, la prestigieuse résidence des ambassadeurs de France à Beyrouth ouvrira grandes ses portes.

La porte d’entrée de 6 m x 3,50 m sculptée de calligraphies arabes. Photos Sud-Architectes

Monument architectural témoin d'un pan de l'histoire du Liban, la Résidence des Pins sera ouverte pour la première fois au grand public après-demain dimanche 18 septembre. Pour décrocher le précieux sésame, il faut contacter [email protected], avant ce soir 18h30.

C'est du perron de ce bâtiment que le général Gouraud proclame l'État du Grand-Liban, le 1er septembre 1920. Lorsque de Gaulle s'envole vers cet « Orient compliqué », c'est à la résidence qu'il se pose, en juillet 1941. C'est également ici que l'indépendance a été négociée avec le général Catroux en 1943.
L'histoire de cette demeure, considérée « parmi les plus belles résidences des ambassadeurs de France », commence en 1915. Alfred Moussa Sursock signe avec le gouverneur turc de Beyrouth, Azmi Bey, un contrat portant sur la location pour une période de 40 ans d'une parcelle de 60 hectares pour y faire construire un casino et un hippodrome, au cœur du Bois des Pins de Beyrouth. En 1916, les travaux de construction sont confiés aux architectes Joseph Aftimos et Amine et Bahjat Abdel-Nour qui plantent un bâtiment massif en pierre jaune, à l'architecture arabo-ottomane.

Les fenêtres en boiserie et les vitraux ainsi qu'une monumentale porte de six mètres de haut et 3,50 m de large, en bois sculpté de calligraphies arabes et de motifs géométriques, sont réalisés par l'équipe de Gebran D. Tarazi, dont la maison de textile et d'artisanat de luxe a fait sa renommée depuis le début du siècle et l'a consacré « Fournisseur du sultan ottoman ».

 

 


Cependant, en raison de la Grande Guerre, le magnifique « cercle Azmi Bey », comme l'appelaient les Beyrouthins, ne remplira jamais sa fonction initiale. Sitôt achevé, il est réquisitionné par les autorités ottomanes et reconverti en hôpital militaire. En 1918, l'empire est démantelé. Le Liban est sous occupation française. Georges-Picot, « commissaire des territoires ottomans de Syrie », jette son dévolu sur l'édifice. Il s'y installe et le rebaptise « Résidence des Pins ». Elle s'imposera comme le haut lieu du pouvoir mandataire et servira de cadre, le 1er septembre 1920, à la proclamation de l'État du Grand Liban.


(Lire aussi : Comprendre le patrimoine pour mieux le protéger)

En 1921, la France se porte acquéreur de la résidence. La famille Sursock cède le bail contre 1 850 000 francs, dit-on. Il reste à négocier l'achat du terrain qui appartient à la municipalité de Beyrouth. L'accord est signé en 1972. La Résidence des Pins devient ainsi la propriété de l'État français. Entre-temps, des travaux sont entrepris dès les années vingt pour transformer le club de jeux en un espace viable où salon ottoman, salon de la musique et atrium doté d'une cheminée, d'un bassin en marbre polychrome, sont aménagés entre 1928 et 1931. De même les deux façades, nord et sud, sont agrandies. Gebran D. Tarazi fournit le mobilier oriental et se charge d'habiller les escaliers intérieurs de boiseries en cèdre massif (kotrani). Il y installe également des panneaux muraux anciens provenant de Damas et des plafonds en bois peint orné de mouqarnas et de colonnes en bois marquetées et également parées de mouqarnas. Qui subsistent encore.
Théâtre de remous politiques, mais aussi de grandes fêtes et de réceptions fastueuses où se pressaient chefs d'État, hauts responsables libanais, français et étrangers, amis et compatriotes, la Résidence a accueilli des milliers d'hôtes tous aimantés par le prestige et la beauté des lieux. Il y a eu même certains Libanais qui étaient prêts à verser une somme folle pour avoir le privilège de figurer parmi les invités du 14 Juillet, raconte l'ancien attaché de presse près l'ambassade, François Abi Saab.

 

(Pour mémoire : Qui du béton ou du patrimoine l'emportera?)

 

La suite de l'histoire
Mais en 1975, les milices qui s'affrontent dans les jardins remplacent les smokings et les robes longues. Située sur la ligne de démarcation entre l'Ouest musulman et l'Est chrétien, le bâtiment est gravement endommagé. Pour limiter les dégâts, on fait appel au fils de Gebran Tarazi, Émile, afin de démonter des pans de boiseries et la majestueuse porte d'entrée, pour les ranger en lieu sûr. Les ambassadeurs qui s'étaient réfugiés dans les locaux du consulat, rue Clemenceau, s'installent à Mar Takla, après l'assassinat de Louis Delamare, le 4 septembre 1981. La Résidence des Pins servira d'hôpital de campagne de l'armée française puis de quartier général aux Casques blancs présents de 1982 à 1986.
Après la guerre civile, plus précisément en 1993, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, lance un concours pour la rénovation de la demeure, qui sera remporté par Sud-Architectes. Le chantier se met en place en 1996 après que l'édifice eut été classé monument historique en 1995. Jacques Chirac inaugure avec tout le faste des temps anciens la réouverture de la résidence, en mai 1998.

L'intervention de Sud-Architectes portera sur 2 800m2. « Les techniques les plus modernes nécessaires au bon fonctionnement de cette résidence ont été choisies, cela en respectant toujours son architecture originale, peut-on lire sur le site de l'agence d'architecture. Une intervention précise et attentive pour une reconstitution des plus fidèles : à l'extérieur démontage partiel de la façade, pierre par pierre, puis remontage à partir des éléments d'origine ou de pierres issues des carrières libanaises pour remplacer les plus endommagées. À l'intérieur, au rez-de-chaussée, reconstitution des moulages, boiseries, menuiseries et décors à l'identique après dessin et analyse. Pour les parties privatives du premier étage, redistribution complète des volumes aménagés de façon contemporaine et fonctionnelle. » Le gros œuvre est réalisé par l'entreprise Alfred et Jacques Matta. Quant à Michel Tarazi, il s'attelle à la restauration des boiseries dessinées par son grand-père Gebran Tarazi, du temps d'Alfred Moussa Sursock. Le salon ottoman, dont il ne restait plus rien, est refait à l'identique en s'appuyant sur des photos de l'époque.

Mais les boiseries en cèdre massif de l'escalier intérieur ont résisté à la détérioration. « Elles ont été numérotées, démontées, nettoyées, restaurées puis remises en place », raconte Camille Tarazi. La porte monumentale est remise en place. Le décor, bien que modifié, conserve l'essentiel de son aspect d'origine. De son côté, une cellule de décoration dépêchée par le Quai d'Orsay sélectionne des verres de Murano, des tissus Pierre Frey ou encore des tapis d'Elizabeth Garouste et Mattia Bonetti. La résidence s'enrobe de raffinement et de verdoyants murmures du parc reboisé.

Pour en savoir plus, un splendide ouvrage raconte La Résidence des Pins. Paru aux éditions Fayard, il a été écrit à quatre mains par Denise Ammoun et Pierre Fournié, conservateur en chef du patrimoine à la Direction des archives du ministère français des Affaires étrangères.

 

Pour mémoire

La conservation du patrimoine artistique et culturel libanais présentée à Montpellier


Monument architectural témoin d'un pan de l'histoire du Liban, la Résidence des Pins sera ouverte pour la première fois au grand public après-demain dimanche 18 septembre. Pour décrocher le précieux sésame, il faut contacter [email protected], avant ce soir 18h30.
C'est du perron de ce bâtiment que le général Gouraud proclame l'État du Grand-Liban, le 1er septembre...

commentaires (1)

Mise au point Mon grand père Gebrane Dimitri Tarazi a eu trois enfants , Linda , ma mère devenue Mme Vladimir Antaki, Georges , et Marcelle. Emile Tarazi fils de Georges Tarazi était le neveu de Gebrane Tarazi, il est le père de Michel Tarazi et grand père de Camille , dont vous citez les noms . Dont Acte .

antaki loutfi

23 h 19, le 16 septembre 2016

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Commentaires (1)

  • Mise au point Mon grand père Gebrane Dimitri Tarazi a eu trois enfants , Linda , ma mère devenue Mme Vladimir Antaki, Georges , et Marcelle. Emile Tarazi fils de Georges Tarazi était le neveu de Gebrane Tarazi, il est le père de Michel Tarazi et grand père de Camille , dont vous citez les noms . Dont Acte .

    antaki loutfi

    23 h 19, le 16 septembre 2016

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