Quel est cet étrange sentiment qui nous envahit chaque année à l'approche de la commémoration de la disparition de Bachir ? Un frisson de nostalgie de revoir le Liban plongé à nouveau dans l'épopée de la « reconquista » de ce que ce pays fut ? Le rêve de bâtir une nation-modèle telle que tracée par Bachir et bien meilleure que celle érigée par nos pères ? Étrange sentiment en effet que celui de souhaiter la reprise de la guerre avec son lot de malheurs et de souffrances. Un désir tenace de revivre les dramatiques moments d'une époque héroïque où l'on ne voulait rien voir d'autre que fierté et espérance. On a beau reprocher, réprouver, condamner des agissements que toute guerre génère, rien n'ébranle la conviction qu'un homme était en train d'incarner le fantasme de tout un peuple de se reconstruire et de refaire d'un pays meurtri une nation forte et respectée. Le Libanais épris d'ordre et de discipline ?
Il n'y a qu'à penser aux 21 jours de grâce qui ont vu les voleurs trembler, les parasites se muer en citoyens zélés et, en face, les patriotes de la majorité silencieuse, enfin réhabilités dans leurs capacités à participer à la fondation d'un État de droit, se féliciter de bientôt voir leurs mérites pleinement reconnus. Aucune nation ne peut survivre sans le « sawâb wa iikâb », la récompense pour les justes, le châtiment pour les corrompus.
...Et les images compilées par Georges Ghanem de défiler. La fulgurante ascension d'un chef, les batailles acharnées, le visage angélique de Maya, les larmes de Bachir, la force tranquille de Solange, le courage exemplaire de combattants purs et durs, des héroïsmes au quotidien, une guerre que l'on veut légitime, propre et sans trahisons. Puis l'incroyable : un vote, un prodige, un conte de fées devenu réalité, une allégresse déferlante, des chefs peu ou prou charismatiques et des nuées de têtes de toutes les couleurs soudain en admiration devant un phénomène de société qui égrenait chaque jour un chapelet de recommandations pour tracer la route d'un futur qui chante... Et le cataclysme.
Images indélébiles si bien ancrées dans notre mémoire collective qu'en sus de la douleur qu'elles suscitent de les voir à jamais perdues nous confrontent à un quotidien aux antipodes de l'épopée héroïque, avec une salissure qui défigure aujourd'hui nos espaces vitaux et notre patrimoine, et ronge nos administrations publiques...
« Bachir hayy fiina ! » Un cri lancé avec fougue à toutes les retrouvailles. Si la sincérité du slogan reflète la disposition à reprendre la lutte pour laquelle s'est sacrifié Bachir, on n'attend rien de moins de ces anciens combattants, ainsi que de tout Libanais meurtri dans sa chair par la situation actuelle, qu'un réel sursaut de conscience pour réviser leurs comportements citoyens, depuis l'attitude au volant jusqu'à la moindre manifestation de la vie quotidienne. C'est finalement ce volet-là, ce social, cette culture du respect et de l'éthique politique –
et non les ferraillements et les guéguerres – qui sont le véritable et lourd héritage du président-martyr. Sinon ce cri de « Bachir hayy fiina ! » restera une vaine vocifération.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Bravo Samy pour cet article!! Pourvu que nos chers politiciens sachent s'en inspirer pour pereniser l'heritage de Bachir.... B. Salame.
23 h 10, le 15 septembre 2016