La tempête soulevée par les propos controversés d'Élie Marouni, député Kataëb, sur les victimes de viol ne semble pas près de se calmer. Les militantes féministes exigent en fait que le député « s'excuse auprès des femmes, notamment auprès de celles qui ont été et continuent à être victimes des différentes formes de violence physique, morale et sexuelle ». Dans une lettre ouverte, elles appellent toute personne qui soutient leur cause à signer une pétition à cet effet sur le lien suivant : http://www.ipetitions.com/petition/eliemarounionwomen/?utm_medium=social & utm_source=facebook&utm_campaign=button. Elles menacent en outre les responsables et députés de les sanctionner lors des élections « dans les urnes ».
Rappelons que lors d'une conférence-débat organisée mercredi dernier par le Rassemblement démocratique de la femme libanaise (RDFL) sur la proposition de loi pour abolir l'article 522 du code pénal relatif au viol (une proposition de loi en ce sens avait été récemment présentée par Élie Keyrouz, député des Forces libanaises), M. Marouni avait déclaré qu'« au vu de certaines circonstances, nous devons nous interroger sur la façon dont des femmes poussent les hommes à les violer ». Conformément à cet article, l'auteur d'un viol, d'un enlèvement ou d'un détournement de mineure est exempté de toute sanction s'il épouse sa victime. Pendant la conférence, M. Marouni s'était prononcé en faveur de sa réécriture et non de son abolition.
Les propos tenus par le député ont provoqué une vive réaction de la part de Hayat Mirshad, militante féministe et membre du RDFL, qui les a qualifiés de « honteux » et « désolants ». L'affaire a soulevé un tollé sur les réseaux sociaux contre M. Marouni. Une vive polémique s'en est suivie également entre le député, d'une part, la militante féministe et le RDFL, d'autre part, et qui s'est poursuivie durant le week-end encore. Dans un communiqué publié au lendemain de la conférence, M. Marouni avait dénoncé une « manipulation » de ses propos, déclarant se réserver « le droit de porter plainte contre tous ceux qui m'ont diffamé ». Il a même enfoncé un peu plus le clou en insinuant, dans des déclarations à la presse, que le RDFL est une association « suspecte » avec un « agenda qui le vise personnellement sur le plan politique à l'approche des élections législatives ».
Poursuivre le combat
La réponse du RDFL ne s'est pas fait attendre. Dans un communiqué publié samedi, l'ONG a affirmé être « en respect de la loi », déclarant se réserver à son tour « le droit de porter plainte contre les accusations lancées » par M. Marouni. « Nous sommes fiers d'être une association féministe indépendante », a poursuivi l'ONG, qui a affirmé avoir exprimé « des positions concernant cette classe politique qui, de connivence avec les forces religieuses, continuent d'humilier les Libanaises », sans oublier « les prises de position honteuses vis-à-vis des causes féminines » comme la loi sur la nationalité, le code du statut personnel, etc.
Affirmant que le RDFL poursuivra son combat en faveur des droits de la femme, l'ONG a expliqué qu'elle avait invité M. Marouni à la conférence « afin d'exposer la position du parti Kataëb – qui a été pionnier dans sa vision et son soutien aux droits de la femme – concernant l'abolition de l'article 522 du code pénal ». « Les positions du député étaient toutefois machistes et personnelles, nuisant aux femmes libanaises et à son parti », a précisé le RDFL, déclarant qu'il a adressé une lettre dans ce sens au chef des Kataëb, Samy Gemayel.
À ce jour, le bureau politique des Kataëb ne s'est pas encore prononcé sur cette affaire. Il devra se réunir mercredi. Toutefois, au lendemain de la polémique suscitée par les propos de M. Marouni, M. Gemayel avait déclaré sur son compte Twitter que « pour empêcher toute mauvaise interprétation, nous affirmons que le viol est un crime dont la responsabilité incombe uniquement au violeur ».
« Désolé d'avoir dérangé quelqu'un »
Quant aux excuses exigées par les milieux féministes, M. Marouni a tardé à les formuler, mais pressé par les questions insistantes des journalistes, au cours d'une conférence de presse qu'il tenait samedi à Zahlé pour répondre aux « commentaires » formulés à son encontre dans les médias et sur les réseaux sociaux, il a fini par lâcher : « Je suis désolé si j'ai dérangé quelqu'un. » Et de renchérir : « Toutes les femmes qui étaient présentes à la conférence m'avaient applaudi. Il y a même des femmes qui ont présenté leur démission de cette association, parce qu'elles ont estimé que j'ai été victime de diffamation. »
M. Marouni faisait référence à May Wakim, présidente de la section de Zouk Mikaël du RDFL, qui a présenté samedi sa démission en raison des « positions tendues », au lieu d'« essayer de tirer au clair certaines idées et déclarations ». Dans un communiqué, Mme Wakim a affirmé que « toute personne a le droit d'exprimer ses opinions librement ».
Les Kataëb, « premiers défenseurs des droits de la femme »
Dans la conférence qu'il a tenue samedi, M. Marouni a affirmé que le parti Kataëb « a été et restera le premier défenseur des droits et de l'autonomie des femmes ». « Le parti Kataëb croit en l'égalité complète entre la femme et l'homme », a-t-il ajouté, rappelant les initiatives entreprises par le parti pour « améliorer la situation de la femme et épurer les textes juridiques de toute forme de discrimination à l'encontre de la femme », comme la suppression des crimes d'honneur, la lutte pour l'élimination de la discrimination dans la sanction de l'adultère. « Nous sommes en faveur de l'instauration d'un quota de femmes pour améliorer leur représentation dans la vie politique, a-t-il poursuivi. Nous sommes pour un allongement du congé maternité. Et nous sommes contre toutes les formes de violence faites aux femmes, dont le viol que nous considérons comme un crime aussi grave qu'un crime contre l'humanité. »
« Le parti Kataëb poursuivra son combat pour abolir tous les textes de loi injustes à l'égard des femmes, notamment l'article 522 du code pénal relatif au viol », a insisté M. Marouni. Et de conclure que le parti Kataëb refuse « que la victime soit accablée par un pêché qu'elle n'a pas commis » et de donner au violeur « des excuses pour son crime parce qu'il est un homme ».


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine