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Nos lecteurs ont la parole - Youssef Mouawad

Réflexe communautaire

Délégation d’habitants chez le patriarche Raï pour discuter du dossier brûlant des machaa.

Comment se contenir quand le groupe auquel on appartient par accident de naissance est l'objet d'une injustice flagrante ou d'un affront ?
Notre société politique n'est pas uniquement constituée d'individus citoyens mais également de communautés confessionnelles. Ces communautés ont des tendances hégémoniques souvent portées par des dynamiques démographiques. Historiquement, druzes et chiites ont ferraillé pour contrôler la région de Jezzine. On n'a pas oublié les troubles des années 1840-60 entre maronites et druzes, ni les massacres qui s'ensuivirent, l'enjeu étant le pouvoir et la terre. Les chrétiens profitèrent bien sûr du Mandat français pour avancer leurs pions et les chiites de la tutelle syrienne pour avancer les leurs. La banlieue sud était à majorité chrétienne, il y a si peu ! Et nous ne sommes pas à court d'exemples.
Probablement qu'à cet effet, le pacte national, ou mithaq, a été créé dans l'idée d'assurer un cadre mental à la cohabitation. Soyons réalistes, donc modestes : l'idée n'est pas de constituer une république idéale mais de mener l'action publique de manière à ce qu'il y ait le moins de friction possible entre groupes distincts. Rappelons que ce n'est pas une même législation civile qui nous régit pour ce qui est du statut personnel. À ce niveau nous sommes plus différents qu'égaux devant la loi, il faut bien l'avouer ! Alors le bon sens et le doigté doivent l'emporter sur les manœuvres dolosives et les procédés douteux.
Fort d'une mithaqiya bien rodée, le ministre des Finances avait adressé en décembre 2015 aux responsables du département foncier (de son ministère) une note administrative des plus insidieuses. Cette circulaire allait mettre en branle une procédure scélérate visant à convertir les biens indivis de certaines localités du Mont-Liban historique en biens du domaine public. Cette décision est bien entendu nulle et non avenue quant à la forme, seule une loi du Parlement pouvant la prendre. Mais ce n'est pas tout, car, ce faisant, le ministre, si bien intentionné, ouvre la voie à des conflits sanglants entre localités. Historiquement, et aussi loin que l'on remonte, c'est dans la violence que les lignes de démarcation entre ces zones de pâturage ont autrefois été tracées*. Imaginons qu'on porte atteinte dans la région de Kornet el-Sawda au machaa' de Becharré, de Denniyé et d'Ehden. Les guerres ancestrales se rallumeraient sur l'heure.
Cela dit, revenons à notre question de départ. Comment rester de marbre quand on sent une menace qui se profile à l'horizon ? Quand, au mépris de toutes les règles coutumières et législatives consacrées, un ministre s'arroge le privilège de porter atteinte au droit au sol, doit-on au nom de la cohabitation faire taire le réflexe communautaire qui vous saisit ? Et laisser les jeunes gens de Aqoura à leur sort ? Et se laisser grignoter ?
On essaye de calmer le jeu, on veut étouffer l'affaire !
Le ministre s'est dédit, il ne veut pas perdre la face. S'il affirme que les domaines de l'ancien Mont-Liban ne sont pas concernés par ladite note administrative, pourquoi donc est-ce que les bureaux fonciers de Baabda ont été de la partie ?
Des voix se sont élevées du côté de Jbeil. Mais où sont députés et ministres ?
Craignent-ils de perdre l'appoint chiite aux élections ?
Eh oui, ils craignent de déplaire ! Ils ne veulent pas interrompre leurs carrières sur un coup de sang. Alors ils tergiversent et jouent les bons offices. Or on n'est libre que si l'on ose déplaire.
Mais où est la Ligue maronite ? N'est-elle là que pour inaugurer les chrysanthèmes ?
Elle a été fondée pour dire tout haut ce que, pour des raisons de convenance, le patriarche ou le président de la République ne sont pas en mesure de dire. En l'espèce, elle intervient un peu trop tard pour nous dire qu'elle « étudie actuellement la note du ministre des Finances afin de prendre la position adéquate ». Eh, ben... La Ligue maronite devrait rugir. Elle ne fait pas plus de bruit qu'un pinson transi.

 

*Une fois ces terrains indivis indûment appropriés, notre République pourrait, à la faveur de circonstances favorables, en disposer et concéder des baux emphytéotiques, à des personnes étrangères à la région. C'est ainsi qu'on allume les petites guerres et qu'on enclenche le cycle de vengeance...

Comment se contenir quand le groupe auquel on appartient par accident de naissance est l'objet d'une injustice flagrante ou d'un affront ?Notre société politique n'est pas uniquement constituée d'individus citoyens mais également de communautés confessionnelles. Ces communautés ont des tendances hégémoniques souvent portées par des dynamiques démographiques. Historiquement, druzes et chiites ont ferraillé pour contrôler la région de Jezzine. On n'a pas oublié les troubles des années 1840-60 entre maronites et druzes, ni les massacres qui s'ensuivirent, l'enjeu étant le pouvoir et la terre. Les chrétiens profitèrent bien sûr du Mandat français pour avancer leurs pions et les chiites de la tutelle syrienne pour avancer les leurs. La banlieue sud était à majorité chrétienne, il y a si peu ! Et nous ne sommes pas à...
commentaires (2)

UN ATOLL PERDU AU SEIN DU PACIFIQUE ET INTROUVABLE SUR LES CARTES OCEANIQUES EST MIEUX GERE PAR LES CRABES QUI L,HABITENT... CAR ILS SONT PETITS... NOUS EN AVONS DE GEANTS...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

10 h 29, le 07 septembre 2016

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Commentaires (2)

  • UN ATOLL PERDU AU SEIN DU PACIFIQUE ET INTROUVABLE SUR LES CARTES OCEANIQUES EST MIEUX GERE PAR LES CRABES QUI L,HABITENT... CAR ILS SONT PETITS... NOUS EN AVONS DE GEANTS...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 29, le 07 septembre 2016

  • Paroles d un Historien et Juriste libre. Me Mouawad ose déplaire!

    Chaden Maalouf Najjar

    09 h 43, le 07 septembre 2016

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