Marwan Hamadé.
L'acte d'accusation émis vendredi par le juge d'instruction près la Cour de justice, Ala' Khatib, dans l'affaire du double attentat contre les mosquées al-Salam et al-Taqwa de Tripoli, en août 2013, et impliquant les services de renseignements syriens, a continué à susciter hier de vives réactions.
Après le ministre démissionnaire de la Justice, Achraf Rifi, qui, dimanche, avait proposé de porter plainte contre la Syrie auprès du Conseil de sécurité de l'Onu et avait adressé une note au gouvernement pour demander de manière officielle l'expulsion de l'ambassadeur de Syrie, c'était hier au tour de Marwan Hamadé, député du Chouf (Rencontre démocratique), d'adresser une question écrite au gouvernement concernant cette affaire, par le biais du président de la Chambre.
« Pourquoi des mesures juridiques et diplomatiques contre le régime syrien n'ont-elles pas été prises, et pourquoi une plainte n'a-t-elle pas été portée contre la Syrie devant le Conseil de sécurité de l'Onu ? » a demandé M. Hamadé.
Rappelant le nombre de victimes causé par le double attentat – plus de 50 tués et des centaines de blessés –, M. Hamadé a rappelé que l'acte d'accusation comporte les noms des deux officiers de renseignements syriens, Mohammad Ali Ali et Nasser Joubin, et évoque les mandats de recherche lancés contre les officiers qui ont donné l'ordre de commettre les crimes.
Le député joumblattiste, qui a également relevé que l'acte d'accusation a défini les régions (Tartous et la frontière libano-syrienne) où les véhicules ont été bourrés d'explosifs, a encore demandé : « Quelles sont les positions que le gouvernement et le ministère des Affaires étrangères ont prises après qu'a été démontré le lien entre le régime syrien et ces crimes, sachant que, dans de tels cas, les services de renseignements syriens n'agissent que sur instruction de responsables dont le supérieur hiérarchique est le président de la République ? » syrienne.
M. Hamadé a demandé qu'une réponse lui soit livrée dans un délai maximal de 15 jours après réception de la question écrite, conformément au règlement interne du Parlement.
Le bâtonnier de Tripoli
Fahd Moukaddem, bâtonnier de Tripoli, a pour sa part réclamé la poursuite du procès et demandé au gouvernement de rechercher avec détermination les coupables.
Lors d'une réunion au siège du Conseil de l'ordre des avocats de Tripoli, organisée pour débattre des répercussions juridiques de l'acte d'accusation, en présence notamment du député Samir Jisr (bloc du Futur), M. Moukaddem a souligné que « conformément au code de procédure pénale, cet acte d'accusation doit être complété par un procès ». Il a par ailleurs exhorté l'État à adopter une position ferme en ordonnant « la recherche des meurtriers retranchés dans les repaires du régime syrien », sachant, a-t-il dit, que « de telles notifications ont toujours fait l'objet d'un refus de la part du régime syrien, sans possibilité de recourir à l'ambassade syrienne, qui, selon la loi, devrait pourtant coopérer avec les tribunaux libanais ». « La réponse est connue d'avance », a déploré dans ce contexte le bâtonnier de Tripoli, évoquant l'affaire de Michel Samaha dans laquelle « le gouvernement et l'ambassade syriens avaient refusé de coopérer ».
Notons dans ce cadre que le chef de l'association Qawlouna wal aamal, le cheikh Ahmad Cattan, a critiqué la demande de M. Rifi d'expulser l'ambassadeur syrien. « La présence de l'ambassade syrienne et de l'ambassadeur Abdel Karim Ali est nécessaire pour faciliter la vie de nos frères syriens qui se trouvent sur notre territoire », a-t-il fait valoir dans une déclaration, indiquant que « la géographie ainsi que les relations historiques imposent à tous les Libanais d'entretenir des relations fraternelles avec le peuple syrien ».
Les partis et les forces nationales pro-Assad ont également vivement condamné la position du ministre démissionnaire de la Justice à l'égard de l'ambassade syrienne. Dans un communiqué publié après leur réunion, ces formations ont affirmé que la réaction de M. Rifi « devance dangereusement le verdict judiciaire et constitue une incitation à la discorde ».


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Et c'est pas grave, s'il le faut pour que l'ambassadeur syrien dégage alors ... Amen
16 h 28, le 06 septembre 2016