« Qui comprend l'humanité, recherche la solitude »
Ali bin Abi Taleb
Lyon. Une grande cité, pleine de monde. Rue des Marronniers. Le centre de la vieille ville et ses traboules. Un bouchon, chez Daniel et Denise. Une serveuse, petite, brune et replète. Un tantinet moustachue, que du duvet. Sur sa poitrine proéminente, du côté gauche, un badge rectangulaire. Sur ce badge, un nom. Hanane. Automate, le plateau à la main, prolongement de son bras, elle prend les commandes des consommateurs affamés, mais indifférents à sa présence. La regardent-ils vraiment ? Rares sont les humains qui le font encore. Machinalement, elle va et vient dans ce bouchon, distribuant les mets copieux sur des tables identiques et encaissant les additions, bien plus salées que ces assiettées gourmandes. Hanane, imperceptible, presque invisible.
Les clients, des hommes, des femmes, jeunes ou pas... seuls, ou pas exactement. À l'extrémité de leurs doigts s'excitant sur des touches sensibles, leur solitude. Lumineuse, vibrante, elle rit de se voir si belle en leurs miroirs.
Cette présence qui s'engage à nous rapprocher pour mieux nous isoler. La solitude est invisible. Pas si sûr. Elle est bel et bien présente, dans tout son éclat. C'est comme une personne, une compagne. Une vraie je veux dire, fidèle, dévouée, attachée. C'est la présence. Parfois, il suffit d'un rien pour la sentir. Une forme, une odeur, un mouvement d'esquive, un soupir.
Notre monde grouille de créatures comme la solitude qui n'apparaissent que par intermittence, jamais sur commande. Oscillant entre l'humain et l'inhumain, elles évoluent dans les limites du perceptible. Elles logent dans notre esprit. Vous-mêmes, ne vous êtes-vous jamais surpris à vous projeter dans des machines, des images, des odeurs, des objets, des souvenirs même ? Ne ressentez-vous pas des sensations étranges, avec qui vous tissez des liens émotionnels ? Passionnels parfois ?
Un œuf meurette baignant dans sa mare de grand cru et une mouillette craquante sous la dent. Voici ce qu'elle doit m'apporter, Hanane, d'une minute à l'autre. Je la regarde déambuler dans l'espace, le regard vide et me demande quelle peut bien être cette confusion entre l'humain et l'inhumain. Jusqu'où va cette relation impure qui les unit. Le déclic d'une gâchette, le mouvement d'un coup de poignard, le geste grossier d'une insulte ou tout simplement, notre téléphone portable. Personne et persona. Même l'orthographe induit en erreur. Dépendance maladive, perceptions dangereuses, besoin d'exister ou fausse impression de vivre.
À votre conscience, prêts ? Partez.
Lyon. Une grande cité, pleine de monde. Rue des Marronniers. Le centre de la vieille ville et ses traboules. Un bouchon, chez Daniel et Denise. Une serveuse, petite, brune et replète. Un tantinet moustachue, que du duvet. Sur sa poitrine proéminente, du côté gauche, un badge rectangulaire. Sur ce badge, un nom. Hanane. Automate, le plateau à la main, prolongement de son bras, elle prend les commandes des consommateurs affamés, mais indifférents à sa présence. La regardent-ils vraiment ? Rares sont les humains qui le font encore. Machinalement, elle va et vient dans ce bouchon, distribuant les mets copieux sur des tables identiques et encaissant les additions, bien plus salées que ces assiettées gourmandes. Hanane, imperceptible, presque invisible.Les...


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