Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, a adressé hier deux lettres au ministre démissionnaire de la Justice, Achraf Rifi, et aux membres du Conseil supérieur de la magistrature, les appelant à « prendre les mesures juridiques et administratives nécessaires pour redorer le blason de la justice libanaise, rectifier le cours de la justice, appliquer la loi à tout le monde et rétablir la justice dans l'affaire Manal Assi, pour rendre justice à la victime, à sa famille et à la justice, mais aussi par respect pour la souveraineté de la loi et pour le droit élémentaire de l'être humain, à savoir le droit à la vie ».
Rappelons que Manal Assi a été tuée en février 2014 par son mari, Mohammad Nhaïly, qui l'avait rouée de coups, parce qu'elle s'était opposée à son troisième mariage et avait demandé le divorce, comme l'avait expliqué à l'époque une parente de la victime. En juillet dernier, la Cour criminelle avait émis son jugement dans l'affaire en se référant à l'article 252 du code pénal qui permet au coupable de bénéficier de « circonstances atténuantes » s'il a commis son crime « sous le coup d'une violente colère due à un acte injuste et dangereux de la victime ». Dans le cas de l'affaire Manal Assi, le mari avait dit avoir découvert le jour du crime l'infidélité de sa femme. Ainsi, sa peine a été réduite à cinq ans de prison, en comptant la durée de sa détention depuis février 2014. Il retrouvera donc sa liberté dans moins de deux ans.
Insurgée contre ce jugement, la société civile avait observé mardi, à l'invitation de Kafa et du Conseil national de la femme, un sit-in devant le Palais de justice à Beyrouth, pour protester contre l'inaction du procureur général près la Cour d'appel de Beyrouth après l'expiration du délai d'un mois dont il disposait pour présenter un pourvoi en cassation contre le jugement.
Dans la lettre, M. Gemayel rappelle que « le 17 août 2011, le Parlement avait voté en faveur de l'annulation des dispositions relatives au crime d'honneur du code pénal libanais, sur base d'une proposition de loi que j'avais présentée le 8 mars 2010 », puis a voté en mai 2014 la loi pour protéger la femme et les autres membres de la famille de la violence domestique. Or « nous nous retrouvons aujourd'hui devant une situation dangereuse représentée par le jugement émis par la Cour criminelle de Beyrouth dans l'affaire Manal Assi qui justifierait le meurtre en raison de l'adultère », a-t-il ajouté.
M. Gemayel a affirmé que « ce jugement et ses motifs représentent un danger », parce qu'il a « justifié le meurtre dans le but de préserver l'honneur du mari et de la famille », « ressuscité le crime d'honneur, tout en faisant fi du principe de la souveraineté de la loi et de la volonté du législateur de dénoncer ce crime intentionnel », ou encore « réduit l'atrocité des crimes qu'a commis » le coupable. Ce dernier « ne s'est pas contenté de tuer sa femme, mais l'a torturée des heures durant » avant de le faire. Le jugement a « confié la garde des enfants à un père dont la culpabilité a été prouvée, au lieu de protéger ces derniers », et « a fait preuve d'indulgence et justifié le crime de se faire justice à soi-même, encourageant indirectement d'autres personnes à agir de la sorte », a noté M. Gemayel.
Le chef du parti Kataëb a en outre rappelé que la présidente de la Cour criminelle, la juge Hélène Iskandar, qui a émis ce jugement, « figurait au nombre des personnes qui ont pris part à l'élaboration de la loi pour la protection de la femme et des autres membres de la famille de la violence domestique et œuvré pour sa promulgation ». « Cela a, par conséquent, renforcé nos doutes sur une éventuelle pression ou menace qu'elle aurait reçue pour réduire la peine et émettre le jugement de cette façon injuste », a ajouté le leader des Kataëb.
Soulignant que la justice a pour mission de « rendre justice aux opprimés, de consolider l'égalité, de défendre les droits de l'homme et les libertés fondamentales et de réprimer la violence », M. Gemayel a appelé le Conseil supérieur de la magistrature à « revoir le cours du procès et les circonstances qui l'entourent et à prendre toutes les mesures nécessaires pour redorer le blason de la justice libanaise » et à « rendre justice à Manal Assi et sa famille ».
Liban - Affaire Manal Assi
Samy Gemayel appelle Rifi et le CSM à « rendre justice à la victime et à sa famille »
OLJ / le 18 août 2016 à 00h00


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