Une foule nombreuse a écouté le discours de Hassan Nasrallah, retransmis sur écran géant.
Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a multiplié les messages politiques dans le discours qu'il a prononcé samedi pour le dixième anniversaire de « la victoire divine » dans la guerre contre Israël déclenchée en juillet 2006, lorsque des combattants du parti chiite avaient kidnappé deux soldats israéliens.
Pour l'occasion, sa formation avait organisé un mégameeting oratoire à Bint Jbeil, en présence de représentants des présidents de la Chambre, Nabih Berry, et du Conseil, Tammam Salam, ainsi que des ambassadeurs d'Iran, Mohammad Fateh Ali, et de Syrie, Ali Abdel Karim Ali, de plusieurs députés du 8 Mars aux côtés de combattants et de partisans du Hezbollah.
C'est à travers un écran télévisé que Hassan Nasrallah a prononcé son discours dont la majeure partie a été consacrée aux « conclusions » tirées de la guerre qui a duré près d'un mois, avant d'aborder le volet régional, c'est-à-dire la guerre en Syrie et l'implication de son parti aux côtés des forces du régime de Bachar el-Assad, puis le dossier libanais.
Sur le plan local, le leader chiite a de nouveau invité le courant du Futur à engager des négociations avec lui, autour de la présidentielle, en réaffirmant son soutien « indéfectible » au chef du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, Michel Aoun. « Nous nous sommes engagés en faveur du général Aoun bien avant 2006. Il s'agit d'un vieil engagement renouvelé. Mais je voudrais être positif et assurer que si les parties concernées par la présidentielle souhaitent que cette échéance soit couronnée de succès et si elles ont des questions à poser, je peux leur dire que nous sommes ouverts (à toute négociation). Nous sommes très positifs pour ce qui a trait à la présidence du Conseil après l'élection d'un chef de l'État », a-t-il dit, en allusion à un éventuel retour de Saad Hariri au Grand Sérail. Il a ensuite ajouté : « Je me contente de cela. Une porte s'est ouverte. Franchissons-en le seuil. Qu'est-ce que nous attendons ? Qui attendons-nous ? »
Le Hezbollah avait déjà fait savoir au courant du Futur qu'il était prêt à soutenir la nomination de Saad Hariri à la tête du gouvernement si ce dernier, et le 14 Mars avec lui, appuyaient l'accession de Michel Aoun à Baabda.
Hassan Nasrallah a ensuite vivement réagi aux propos que le chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, avait tenus la semaine dernière, au terme de la réunion marathon du dialogue national, lorsqu'il avait estimé que le choix du chef du l'État, tout comme celui des présidents du Conseil et du Parlement, n'était pas l'apanage de sa communauté. Il avait estimé qu'au cas où le critère de la représentativité communautaire devait être retenu, « la personne la plus habilitée à accéder à la tête du gouvernement serait Saad Hariri et non pas Tammam Salam, et la plus habilitée à présider la Chambre des députés serait Mohammad Raad et non pas Nabih Berry ».
Sans nommer Fouad Siniora, le chef du Hezbollah a considéré que ce discours était « voulu » et qu'il s'agit d'« une rengaine qui date de 2005 ». « Nous n'avions pas toléré cette erreur et nous ne la tolérerons pas », a-t-il martelé, avant de souligner l'attachement de sa formation à une réélection de Nabih Berry à la tête de la présidence de la Chambre, « quels que soient les résultats des prochaines législatives ».
Hassan Nasrallah a ensuite mis l'accent sur la « nécessité du dialogue national » qu'il a présenté comme étant un rempart au double plan politique et de la sécurité. Il a également appelé le gouvernement libanais à « assumer ses responsabilités » dans le dossier de l'exploration pétrolière et gazière au large du pays. « Le blocage dans ce dossier est une décision politique, a-t-il ajouté. (...) Le Liban est capable de protéger ses ressources face aux Israéliens, il ne manque plus que la volonté politique pour commencer l'exploitation. » « La protection du Liban dans ces conditions difficiles est aussi du devoir de la résistance, a conclu Hassan Nasrallah. L'avenir du Liban, de la Palestine, de la Syrie et de la région représente l'avenir de la résistance. »
« Un tournant historique »
Pour ce qui est de la guerre de 2006, il a commencé par remercier la Syrie et l'Iran pour leur soutien « infaillible » durant cette période.
« La guerre de juillet représente pour l'État sioniste un tournant historique qui a eu un impact important sur la région », a affirmé le chef du parti chiite. « Avec notre victoire, nous avons fait échouer les projets israélo-américains contre le Liban », a-t-il assuré. « L'ennemi voulait anéantir la résistance, assassiner le plus grand nombre de combattants, confisquer les armes du Hezbollah au Liban-Sud, vider la région du sud du Litani de ses habitants, évincer la résistance de la frontière, envoyer des forces militaires multinationales à l'image de l'Irak, renforcer la position d'Israël sur la scène internationale. L'objectif le plus important était la création d'un nouveau Moyen-Orient, en commençant par frapper la résistance au Liban pour imposer l'hégémonie américaine sur la région. Ce projet a échoué grâce à la victoire de la résistance », a encore affirmé Hassan Nasrallah.
Selon lui, la « victoire » de son parti a « redistribué les cartes dans la région et montré les capacités militaires du Hezbollah face à l'ennemi sioniste ». « L'institution militaire israélienne a été secouée par la défaite au Liban et les Israéliens ont perdu confiance en leur armée et leurs politiciens à la suite de cette guerre (...). C'est l'intégrité d'Israël qui a été ébranlée pour la première fois depuis le début du conflit israélo-arabe », a encore affirmé le chef du Hezbollah.
« Nous resterons à Alep »
Évoquant les développements sur la scène régionale, le leader chiite a accusé les États-Unis de soutenir le groupe extrémiste État islamique (ou Daech, en arabe) en Syrie et en Irak. « Il existe des aveux de responsables américains affirmant la responsabilité de l'administration américaine dans la création de Daech, a-t-il assuré. Ils ont mis en place l'État islamique pour frapper l'axe de la résistance et plus particulièrement le Hezbollah parce qu'il est à la tête du mouvement sur le terrain dans la région. »
S'adressant aux combattants antirégime en Syrie, Hassan Nasrallah a dit : « Les Américains vous utilisent depuis cinq ans pour détruire l'axe de la résistance et imposer les projets israéliens dans la région. Les combats ne profitent qu'aux États-Unis et à l'ennemi sioniste. » « Cessez le combat, a encore averti Hassan Nasrallah, sinon vous ne nous laisserez pas le choix. Nous resterons sur le champ de bataille à Alep et dans toutes les régions où nous sommes appelés à intervenir. »
Alep est divisée depuis 2012 entre quartiers rebelles à l'est et quartiers prorégime à l'ouest. La deuxième ville de Syrie est devenue un enjeu crucial d'une guerre qui a fait plus de 290 000 morts depuis 2011.
En ouvrant la route via Ramoussa, à la périphérie sud d'Alep, les rebelles ont brisé le 6 août le siège de leurs quartiers imposé pendant trois semaines par le régime, appuyé par les Russes et le Hezbollah.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
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10 h 59, le 17 août 2016