Moyen Orient et Monde

Trump-la-Gaffe

Commentaire
11/08/2016

Témoins horrifiés d'une descente aux tréfonds de l'ignorance, de la vulgarité, de la bêtise que rien ne semble devoir arrêter, les médias sont sortis de leur réserve pour crier d'une même voix au feu. Les conseillers de l'intéressé, hier encore amusés par ses innombrables dérapages, ne savent plus comment colmater les brèches qu'il sème comme autant de cailloux, Petit Poucet de la politique yankee, sur son passage. Et les partisans de Hillary Clinton, qui n'en espéraient pas tant, boivent du petit lait et sont de plus en plus nombreux à juger que l'irruption de ce plantigrade dans la scène électorale constitue pour leur candidate un don du ciel.

Trump-la-Gaffe – eh oui, c'est de lui qu'il s'agit – aurait-il voulu commettre l'impair de trop qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Ce soir du mardi 9 juillet, Wilmington (112 067 habitants), paisible cité portuaire de la Caroline du Nord, sur l'Atlantique, accueillait en ses murs le tonitruant Donald Trump, venu prêcher la bonne parole. L'histoire de cette campagne pour la présidentielle de novembre prochain retiendra que, soudain inspiré par on ne sait quel démon, l'orateur s'en est pris une fois de plus à Hillary Clinton, accusée de vouloir abolir, « oui abolir purement et simplement », le sacro-saint Deuxième Amendement. Traduction en français de la petite phrase qui a allumé l'étoupe : « S'il devait lui être donné de choisir les juges (de la Cour suprême), les gars, vous n'y pourrez rien. Quoique, grâce au Deuxième Amendement, il y aurait moyen... Je ne sais pas... » En clair, ont aussitôt jugé les éditorialistes, il y a là un appel à peine voilé à l'assassinat de l'ancienne First Lady.

 

(Lire aussi : L’attaque de Trump contre les Khan, début de la fin pour Trump?)

 

Or que dit ce texte ? Il dit ceci : « A well regulated militia being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear arms shall not be infringed. » (Une milice régulée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, il ne sera pas porté atteinte au droit des gens à posséder et à porter des armes). L'orateur, on l'aura remarqué, a pris soin de ne pas s'écarter de sa ligne de conduite habituelle : laisser entendre, suggérer, parler à mots couverts, anodins en apparence. De la même manière, « the Trump » se demandait il y a peu pourquoi son pays n'avait plus jamais, « depuis le Japon », utilisé l'arme nucléaire. En mars dernier, il se demandait dans le cadre d'une interview sur la chaîne MSNBC, faussement perplexe : « ISIS (autre nom de Daech) nous attaquerait sans que nous recourions à l'arme suprême ?... » S'attirant du coup un nouveau surnom : celui de nouveau Docteur Folamour, nom du personnage principal du chef-d'oeuvre de Stanley Kubrick. (Titre complet du film qui date de 1964 : Dr Strangelove, or how I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb). Notons, pour l'édification des masses, que le président des États-Unis et lui seul est habilité à juger qu'il existe un réel danger pour le pays et, en conséquence, à appuyer sur le bouton nucléaire, ouvrant ainsi les portes de l'enfer, soit 925 ogives à tête nucléaire d'une puissance égale à 17 000 bombes atomiques comme celle larguée sur Hiroshima.

 

(Lire aussi : Trump : « Je n’ai rien à voir avec la Russie »)

 

Les mises en garde se sont multipliées ces temps derniers, et des voix se sont élevées, citant les véritables appels à la violence émanant du camp du Grand Old Party. Al Baldasaro, ex-marine et conseiller de son idole pour les questions concernant les vétérans, a réclamé pour l'ancienne secrétaire d'État un peloton d'exécution, comparant son apparente modération à « la haute trahison » dont s'était rendue coupable l'actrice Jane Fonda lorsqu'elle avait visité Hanoi en 1972. Plus grave, au fil des meetings d'appui organisés ici et là, ils sont de plus en plus nombreux les partisans à adopter un ton haineux, en inquiétant écho à celui de leur héros. Dans le New York Times, Thomas L. Friedman a bien fait de rappeler à cet égard l'atmosphère de lynchage médiatique qui prévalait à l'époque en Israël contre l'ex-Premier ministre Yitzhak Rabin et son assassinat, le 4 novembre 1995, par Yigal Amir.
De plus en plus nombreuses, des personnalités du parti sentent désormais le vent virer à l'orage. C'est ainsi que cinquante anciens responsables républicains de la sécurité nationale ont publié ce qui représente une véritable mise en garde. Parmi les signataires figurent Michael Hayden, ancien patron de la Central Intelligence Agency, l'ex-directeur de la National Security Agency John Negroponte, Robert Zoellick, qui fut secrétaire d'État adjoint puis président de la Banque mondiale jusqu'en 2012, des responsables de la sécurité aussi bien interne qu'externe. En substance, ils expriment leurs craintes de voir Trump accéder à la charge suprême et les risques que cela ferait courir au pays ainsi qu'à l'autorité morale qu'il incarne dans le monde. Ils mettent en doute sa connaissance de la Constitution et parlent de son ignorance des intérêts vitaux de l'Amérique, de la complexité des défis diplomatiques qui se posent, de l'importance des alliances indispensables à une grande nation, du sens des valeurs inhérentes à la démocratie. On touche là à des enjeux vitaux, pour les USA certes, mais aussi pour le reste du monde.
Or les stratèges des deux camps ont si maladroitement manœuvré que l'on se retrouve prisonniers de deux candidatures dont probablement la majorité des citoyens ne voulait pas, choisis, telle est la conclusion d'une étude qui vient de paraître, par 9 pour cent des Américains. Dans trois mois, les Américains se rendront aux urnes pour élire le nouveau président de l'unique superpuissance, un homme ou une femme désignés par... 9 pour cent des 324 millions de la population. C'est entendu, ce dernier chiffre inclut 103 millions de personnes qui n'ont pas le droit de voter et 88 millions qui ne votent pas. Claudicante, la démocratie dont Churchill disait qu'elle représente « le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres ».

Blog : Merville Post

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POUR GAFFEUR IL BAT MEME LE PREMIER LUNATIQUE QUI AVAIT RECU, DISAIT-IL, EN SONGE L,ORDRE DES CONNERIES COMMISES...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE LUNATIQUE DENUCLEARISERA... S,IL EST ELU... LES AYATOLLAHS NUCLEAIRES...

RE-MARK-ABLE

Il y a des articles écrits par certains journalistes qui ne se manquent pas.

Comme ceux que Merveille écrit par exemple.

Plein de sens et objectifs.
Par contre avoir cité Rabin dans la liste des fatwas médiatiques pour le rapprocher d'une kyllarie est un peu maladroit.

Cette femme est le Mal présent et à venir.
Pas Trump.

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