Liban

« Si l’UL va continuer à être à ce point soumise, il n’y aura aucun espoir de changement pour la jeunesse »

Clientélisme

Le conseil de l'Université libanaise a élu hier cinq candidats parmi quarante, en lice pour le poste de recteur. Des voix s'élèvent pour dénoncer des critères de sélection « dictés par l'extérieur ».

23/07/2016

Il est de coutume ces dernières années que le recteur de l'Université libanaise soit de confession chiite (après avoir été maronite ou grec-catholique à un moment), suivant la répartition des postes de première catégorie entre les différentes confessions du pays. Sauf que les enseignants de l'UL dénoncent le climat politique qui prend le dessus lors de ces élections, faisant oublier que le critère de sélection des candidats devrait avant tout être d'ordre académique.

Le conseil de l'UL a élu hier cinq candidats parmi quarante, en lice pour le poste de recteur de l'unique université publique du pays. Ce sont: Wafa' Berry, Fouad Ayoub, Raja' Makki, Mohammad Smayli et Thérèse Hachem. La particularité des élections de cette année réside dans le fait que plusieurs candidats non chiites ont souhaité se présenter, même s'ils savent qu'ils ont peu de chance d'être élus, leur démarche s'inscrivant, selon un des enseignants, « dans la volonté de montrer que l'UL n'est pas une institution communautariste ».

L'enseignant interrogé par L'Orient-Le Jour confie que les favoris sont Wafa' Berry et Fouad Ayoub, ce dernier étant soutenu, selon lui, par Randa Berry, épouse du président de la Chambre et leader du mouvement Amal, Nabih Berry. Quant à Raja' Makki, bien qu'étant chiite, elle aurait moins de chances d'être nommée au poste que ses collègues parce qu'elle se présente en indépendante, estime le même enseignant. « Certains disent que Fouad Ayoub a fait ses études en Russie et qu'il ne maîtrise pas les langues étrangères. D'ailleurs il n'a été cadré qu'en 2014. Beaucoup lui préfèrent Wafa' Berry qui a déjà été doyenne de la faculté des lettres et des sciences humaines. Mais, même si elle est de la famille Berry, il paraît qu'elle n'est pas la préférée du mouvement Amal », ajoute-t-il.

Mohammad Smayli et Thérèse Hachem sont respectivement de confessions sunnite et maronite, et bénéficient de l'appui du courant du Futur. Les recteurs de l'UL ayant été chrétiens par le passé, leurs candidatures sont-elles le signe d'une volonté de changement au niveau de l'attribution du poste ? Il n'en demeure pas moins que le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Élias Bou Saab, devra sélectionner trois personnes parmi les cinq candidats et faire parvenir son choix au Conseil des ministres qui, lui, aura pour charge de nommer un recteur par décret. Le mandat du recteur actuel, Adnane Sayyed Hussein, arrive à terme le 13 octobre prochain.

Une « performance théâtrale »
Ali Rammal, ancien doyen de la faculté d'information et candidat au poste de recteur, a pour sa part préféré se retirer hier de l'élection qu'il compare à une « performance théâtrale ». « L'UL demande continuellement de recouvrer son indépendance. Elle devrait pratiquer cette indépendance lors de l'élection du recteur. Aujourd'hui, il y a des parties extérieures qui dirigent le conseil de l'Université » , indique-t-il, en allusion à l'hégémonie des partis politiques sur l'UL.
« Les normes relatives à notre travail doivent être établies à l'intérieur de l'UL. Les élections sont dignes d'une performance théâtrale où l'on fait semblant d'élire des candidats alors que tout a été établi d'avance. Si l'UL ne revendique pas son indépendance, c'est comme si elle était en train de dire qu'elle n'est pas qualifiée », ajoute M. Rammal.
« On ne prend ni l'expérience ni l'ancienneté en compte, les critères de sélection sont dictés par l'extérieur. Mais le fait qu'il y ait aujourd'hui des candidats de confessions différentes est positif, puisqu'il casse l'image d'un établissement où règne le confessionnalisme », poursuit-il. Pour M. Rammal, « la confession du recteur n'a pas tellement d'importance ». « Il s'agit avant tout d'un poste académique. Nous ne sommes pas des professeurs de religion après tout! L'université est un lieu d'apprentissage, et l'étiquette confessionnelle du professeur n'a aucune importance, pourvu qu'il soit compétent », indique-t-il. « L'université est le lieu où se forment les générations futures, c'est le lieu d'où partent les révolutions. Si l'UL va continuer à être à ce point soumise, il n'y aura aucun espoir de changement pour la jeunesse à venir », met-il en garde.

Tutelle du Hezbollah et de Amal
Une source proche de l'UL dénonce quant à elle la « tutelle chiite imposée par le Hezbollah et le mouvement Amal ». « L'UL n'a aucune indépendance. Les partis chiites y font ce qu'ils veulent, alors que c'est une université pour tout le monde », souligne la source. Cette dernière évoque par ailleurs un climat délétère qui plane sur l'UL depuis un moment, et ce dans tous les domaines, du recrutement à l'établissement du budget, en passant par les appels d'offres. « Il y a aujourd'hui une personne qui a mis la main sur tous les appels d'offres qui ont lieu à l'UL. Elle y prend part avec deux ou trois sociétés différentes qui lui appartiennent toutes. En autorisant de telles manœuvres, l'UL est en train de contrevenir à la loi. La corruption pèse beaucoup sur l'université », affirme la source. « Pour le poste de recteur, il faut une personne qui possède le savoir, indépendante et capable, quelle que soit sa confession », conclut-elle.

 

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Saleh Issal

Un seule solution laissée par la tutelle confessionnelle de l'UL : chaque région élit son doyen dans la confession qui lui convient.

Remy Martin

Honteux, quand on sait qu'education rime avec moelle epiniere des civilisations ...

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