Simon Abiramia, député du bloc parlementaire aouniste, a adressé hier une question écrite au gouvernement pour l'interroger sur les causes du retard dans l'octroi des permis nécessaires à l'exécution des travaux du barrage de Janné. M. Abiramia a tenu une conférence de presse au siège du Parlement afin d'énumérer ce qu'il considère être les « nombreux bénéfices du projet », en occultant totalement les nombreuses réserves exprimées notamment par des experts sur l'ouvrage envisagé.
Cette initiative procède d'une volonté du bloc du Changement et de la Réforme, un des principaux défenseurs du projet très controversé du barrage de Janné, de modifier sa tactique pour tenter d'obtenir gain de cause dans sa bataille contre les détracteurs du projet, dont plusieurs parlementaires et ministres.
Après avoir rappelé que le projet fait partie du plan décennal adopté en 2003 par le gouvernement pour la construction de barrages et l'aménagement de lacs en montagne, le parlementaire a énuméré les avantages à tirer, selon lui, d'un mégabarrage à Janné, estimant que « le gouvernement libanais est parfaitement conscient de ces innombrables bénéfices écologiques et économiques ». Il a ainsi soutenu que l'ouvrage permettra d'emmagasiner 95 millions de mètres cubes d'eau qui serviront à acheminer l'eau potable au caza de Jbeil et à Beyrouth, « assurant ainsi au Trésor des recettes de près de 54 millions de dollars ». Il est intéressant de rappeler que les détracteurs du projet relèvent que la nature karstique du sol pourrait ne pas supporter le poids du barrage et favoriser des fuites dans le sol, donc affecter la capacité de stockage du barrage.
M. Abiramia a ensuite indiqué que sa construction assurera les fonds nécessaires à l'importation de fuel pour la production de 100 mégawatts supplémentaires d'électricité et à la construction d'une nouvelle centrale hydro-électrique, réduira la facture hydraulique et même hospitalière des bénéficiaires du projet ainsi que la pollution provoquée par les citernes d'eau. Le député a en outre souligné que le barrage permettra de limiter d'éventuelles inondations du fait d'une crue du fleuve, facilitera l'extinction d'incendies dans la région, mettra fin à l'aménagement anarchique de puits artésiens et dynamisera les secteurs de l'industrie, de l'agriculture, du tourisme et du commerce dans la région.
« La construction du barrage favorisera des économies de près de 180 millions de dollars par an », a poursuivi M. Abiramia, en estimant que 60 % des travaux de construction auraient dû être achevés aujourd'hui. « Nous n'en sommes cependant qu'à 25 % à cause du retard pris pour l'octroi de permis pour l'abattage d'arbres et l'usage d'explosifs et de la suspension de ceux qui ont été délivrés », a-t-il déploré, avant d'indiquer que les indemnités à verser à cause de ce retard s'élèvent à près de 27 millions de dollars dont deux millions seulement ont été payés.
« Le barrage de Janné a déjà coûté à l'État près de 100 millions de dollars à cause des expropriations et d'autres travaux », a-t-il encore dit en interrogeant le gouvernement au sujet « des raisons – pourtant bien connues – pour lesquelles les ministres de l'Environnement, de l'Intérieur et de l'Agriculture s'abstiennent de mettre en application les décisions du Conseil des ministres et pour lesquelles le mohafez du Mont-Liban refuse d'exécuter la décision du juge de délivrer les permis d'utilisation d'explosifs pour la construction du barrage ».
Il y a lieu de préciser que si jamais le gouvernement ne répond pas ou si la réponse n'est pas jugée satisfaisante par le député, ce dernier peut transformer sa question écrite en interpellation sur base de laquelle il peut demander au gouvernement ou aux ministres concernés de poser la question de confiance.
Liban - Barrage De Janné
Forcing d’Abiramia pour faire plier le gouvernement
Le député de Jbeil a adressé une question écrite au cabinet.
OLJ / le 20 juillet 2016 à 01h36

