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Liban - Guerre de juillet 2006 : dix ans déjà

Israël a épargné les grandes infrastructures libanaises sous la pression américaine

À Nabatiyé comme ailleurs, les avions israéliens ont tout détruit. Photo Edmond Chedid

Que s'est-il réellement passé en juillet 2006 au Liban ? Israël avait-il planifié la guerre à l'avance ? Le Hezbollah s'attendait-il à une attaque d'une telle envergure ? Dix ans après cette guerre qui a mis le pays à feu et à sang pendant 33 jours, L'Orient-Le Jour revient sur les stratégies militaires des deux protagonistes de ce conflit sanglant.

« Peu avant la guerre de 2006, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait assuré lors de la conférence sur le dialogue national qu'il ne voulait pas de guerre avec Israël. Lorsque la guerre s'est achevée, il a déclaré dans l'un de ses discours que s'il avait su que la riposte israélienne serait d'une telle ampleur, il ne se serait pas lancé dans cet affrontement », indique le général à la retraite Khalil Hélou qui tente de replacer ce conflit dans le contexte géopolitique qui prévalait à ce moment-là.

Samir Kantar a-t-il déclenché la guerre ?
En juin 2006, Israël avait lancé une offensive à Gaza qui ne devait se terminer qu'en novembre de la même année, et ce en réaction à la capture par le Hamas du soldat Gelaad Chalit. « L'Iran aurait-il demandé à ce moment-là au Hezbollah d'ouvrir un front nord avec Israël afin d'alléger la pression sur Gaza ? » se demande M. Hélou.
Le Hezbollah, qui avait lui-même capturé trois soldats israéliens en 2000, avait essayé de négocier leur échange en 2004. « Le Hezb voulait que Samir Kantar fasse partie des prisonniers échangés. Sauf qu'Israël le considérait comme un prisonnier de droit commun et non comme un prisonnier de guerre, révèle M. Hélou. En 2006, le parti de Dieu a décidé de capturer des soldats israéliens pour tenter un nouvel échange contre Kantar. » Emprisonné en Israël en 1979 après une opération menée dans la ville de Nahariya pour le compte du Front de libération de la Palestine, Samir Kantar finira par être libéré en 2008 avant d'être tué en Syrie en décembre 2015 alors qu'il combattait dans les rangs du Hezbollah.

En juillet 2006, le Hezbollah entreprend donc de tendre une embuscade à une patrouille israélienne à Aïta el-Chaab, tuant deux soldats et blessant deux autres qu'il fait prisonniers. Un char envoyé en représailles à la frontière libanaise saute sur une mine, et c'est alors que les bombardements aériens commencent. « Les Israéliens avaient préparé une liste de 83 positions à bombarder au Liban, indique M. Hélou. La stratégie israélienne était basée sur un non-engagement des forces terrestres, copié sur le modèle américain de la guerre du Golfe en 1990, qui consiste à lancer une campagne aérienne massive avant que les forces terrestres n'entrent en jeu, et ce pour leur éviter des pertes », ajoute le général à la retraite.

Sauf que les Israéliens ont été confrontés au fait que le Hezbollah avait caché ses combattants et ses armes dans des positions souterraines non visibles à l'aviation et sur lesquelles il a commencé à travailler dès 1996 (suite au premier bombardement de Cana par Israël). « Israël a annoncé avoir détruit les deux tiers des missiles de moyenne portée du Hezbollah ainsi que tous ses missiles de longue portée. Ce genre de missile est facilement détectable quand il est activé. Seuls les missiles de petite portée ont été épargnés parce qu'ils sont difficilement détectables », relève M. Hélou. « Les radars syriens renseignaient probablement les combattants du Hezb quand il y avait des éclaircies. Ils sortaient alors pour tirer leurs missiles et retournaient se cacher », souligne-t-il.

L'aviation israélienne aura détruit 75 ponts en tout pour empêcher le Hezbollah d'acheminer des munitions de la Békaa-Nord et de la Syrie vers le sud. Son plan de départ consistait à mettre le pays à sac afin de faire plier le gouvernement libanais et le Hezb. « Si les Israéliens ont fini par épargner les grandes infrastructures, telles que les centrales électriques, l'aéroport ou les grands silos, c'est grâce à la pression américaine. Ils espéraient tout détruire pour mettre l'État libanais à genoux et l'obliger à faire pression sur le Hezbollah. Les États-Unis ont déployé beaucoup d'efforts pour empêcher ces destructions. Même le ministère de la Défense a été menacé à un certain moment. Les Américains sont intervenus parce qu'ils considèrent que l'armée libanaise est une armée alliée », révèle M. Hélou.
« Les Israéliens ont détruit les missiles du Hezbollah pour l'obliger à plier et lâcher les soldats kidnappés, chose qu'il n'a pas faite. Ils espéraient limiter leurs pertes en vies humaines et obtenir leurs objectifs politiques par la pression », ajoute-t-il.

Pour le général Hélou, c'est l'incident de Cana (Israël avait bombardé un immeuble résidentiel et tué une trentaine de civils dont la moitié étaient des enfants) qui a constitué un tournant et qui a marqué le début de la fin de la guerre. « Lorsque les photos de Cana ont commencé à circuler, l'aviation israélienne a arrêté les bombardements, a indiqué le général Hélou. Israël a alors lancé 30 000 soldats dans le sud du Liban pendant les dix derniers jours du conflit. Il est clair que le Hezbollah n'avait plus l'avantage à ce moment-là. Le but des Israéliens était de déployer l'armée libanaise et la Finul au Liban-Sud, et c'est ce qu'ils ont fini par obtenir avec la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies », précise-t-il.

La version du Hezbollah
Pour Amine Hoteit, général à la retraite (dans la mouvance du Hezbollah), le but d'Israël était de neutraliser le Hezbollah afin de « mettre fin à la résistance contre le projet américain du Nouveau Moyen-Orient ». « Israël pensait qu'il n'y aurait plus de Hezbollah après la guerre, affirme-t-il. Une fois le Hezbollah détruit, les États-Unis voulaient se lancer dans la construction du Nouveau Moyen-Orient, qui consiste à partager les pays de la région selon les communautés religieuses. »

Selon M. Hoteit, Israël avait déjà prévu de faire la guerre avec le Hezbollah. « La guerre devait avoir lieu en septembre, mais elle a été avancée de deux mois parce que les Israéliens avaient trouvé un prétexte pour la déclencher plus tôt », déclare-t-il.
« Israël avait prévu que la guerre durerait deux semaines. La première semaine devait constituer une phase de destruction par voies aérienne, terrestre et maritime. L'armée de terre devait entrer au Liban lors de la seconde semaine de combat », indique le général Hoteit. « Le Hezbollah, lui, voulait limiter les dégâts dans ses rangs. Sa stratégie consistait d'abord à tergiverser pour occasionner le plus de dégâts possibles à Israël, et ensuite à faire pression avec les missiles pour qu'Israël arrête ses bombardements », révèle-t-il.

Il estime par ailleurs qu'« une partie des Libanais étaient proches d'Israël et ont coordonné avec lui ». « Fouad Siniora (qui était Premier ministre à l'époque) était à leur tête», croit savoir le général pro-Hezbollah. « Le gouvernement de Siniora et Israël travaillaient en accord. C'est M. Siniora qui a présenté au gouvernement les demandes d'Israël pour arrêter la guerre. Et c'est Émile Lahoud (qui était président de la République au moment des faits) qui lui a demandé d'arrêter de pleurer parce qu'on était victorieux, affirme M. Hoteit. Les États-Unis ont obligé Israël à continuer la guerre malgré ses pertes et les Arabes ont financé. »
Pour le général Hoteit, il y a « la victoire et le prix de la victoire ». Selon lui, « le Hezbollah a clairement été victorieux, malgré les destructions infligées au Liban qui, elles, font partie du prix de la victoire ». « Les Israéliens n'ont pas pu récupérer les soldats kidnappés au moment où ils le voulaient ni mettre le Hezbollah à genoux. Même la résolution 1701 est un renoncement à la 1559 qui demandait le désarmement du Hezbollah », a-t-il estimé en conclusion.

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La guerre de juillet 2006 en chiffres
• 7 000 tonnes de bombes ont été déversées par Israël sur le Liban contre un maximum de 440 tonnes pour le Hezbollah.
• 2 500 obus maritimes ont été lancés par Israël.
• 12 000 missions aériennes ont été effectuées au-dessus du Liban en 33 jours.
• Entre 189 et 1 000 victimes du Hezbollah, selon les sources. Non moins de 700, selon l'agence américaine StratFor.
• 1 300 civils tués au Liban.
• 160 morts civils et militaires israéliens.

 

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« Peu avant la guerre de 2006, le...

commentaires (5)

ILS VIVENT EN -TAUPES- AVEC LEUR CRAINTE DU CHASSEUR...

L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION.

17 h 40, le 12 juillet 2016

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Commentaires (5)

  • ILS VIVENT EN -TAUPES- AVEC LEUR CRAINTE DU CHASSEUR...

    L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION.

    17 h 40, le 12 juillet 2016

  • LES DIVAGATIONS SONT ENORMES ET GROTESQUES...

    L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION.

    16 h 56, le 12 juillet 2016

  • SI CELA EST VRAI ... pq le hezb a tout de suite mis en cause israel .. de plus si l'iran l'a liquider en syrie ... n'est ce pas avec l'accord de celle ci !?!? pour finir alors QUE FAIT LE HEZB EN SYRIE A LA DEMANDE DE L'IRAN !?!?!?!?!

    Bery tus

    14 h 34, le 12 juillet 2016

  • Si israël a échappé à une libération du Nord de la Palestine usurpée, les forces du hezb résistant pouvaient envahir ce qu'ils ont debaptisés par la galilee , cest grâce à l'Iran qui les a empêché de le faire . Les voleurs de terre étaient sur les rotules et Imad Moughniyeh s'était rendu à l'intérieur de ce territoire et à vu les poltrons de tsahal pleurer comme des mauviettes . L'Iran n'a pas permis la Re occupation de cette portion du territoire usurpé , voilà pourquoi les durs de l'aile du hezb soupçonne l'Iran de l'avoir liquidé en Syrie . Vous voulez des verités, la moindre des choses , écoutez les combattants qui l'ont vécu .

    FRIK-A-FRAK

    11 h 07, le 12 juillet 2016

  • "HN a déclaré dans l'un de ses discours que s'il avait su que la riposte israélienne serait d'une telle ampleur, il ne se serait pas lancé dans cet affrontement ". Exact, mais huit jours avant, il avait dit exactement le contraire, qu'il connaissait tous les plans d'Israël et qu'il avait voulu déclencher la guerre au moment choisi par lui.

    Yves Prevost

    07 h 19, le 12 juillet 2016

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