Le Royaume-Uni reste maître du calendrier du Brexit puisqu’il ne peut être contraint de quitter le bloc européen, à la suite du référendum, et qu’il lui appartient de faire une demande de départ. Jon Nazca/Reuters
L'Allemagne, la France et l'Italie ont proposé hier une « nouvelle impulsion » du projet européen après le vote en faveur du Brexit et exclu toute négociation avec le Royaume-Uni tant que la demande de sortie de l'UE n'aurait pas été formalisée. Pour éviter que les « forces centrifuges » ne gagnent du terrain en Europe et que le vote britannique donne des idées à d'autres pays, « nous allons présenter une proposition à nos collègues », chefs d'État ou de gouvernement des autres pays de l'UE, pour « donner une nouvelle impulsion » au projet européen « au cours des prochains mois », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel au cours d'une conférence de presse à Berlin avec le président français François Hollande et le chef du gouvernement italien Matteo Renzi. Mme Merkel a notamment souligné que des avancées étaient envisagées dans les domaines de « la défense, la croissance, l'emploi et la compétitivité ». Lui faisant écho, M. Hollande a évoqué la « sécurité, la protection des frontières, la lutte contre le terrorisme, la capacité à pouvoir nous défendre ensemble », de même que la croissance et l'emploi « avec le soutien à l'investissement » et l'aide à la jeunesse. M. Renzi a jugé qu'il y avait « un besoin très clair et très fort, qui est celui de remodeler le projet européen des années à venir ».
Sur la position à avoir à l'égard de la Grande-Bretagne à la suite du référendum, les trois dirigeants se sont efforcés d'afficher un front uni malgré les fortes nuances dans leurs positions respectives. Mme Merkel, plus patiente à l'égard de Londres, a néanmoins exclu une négociation avec les Britanniques aussi longtemps qu'ils ne formaliseront pas leur demande de sortie. « Nous sommes d'accord là-dessus, il n'y aura pas de discussions officielles ou informelles sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, tant qu'il n'y aura pas de demande de sortie de l'UE au niveau du Conseil européen », a-t-elle dit, alors que les partisans du Brexit en Grande-Bretagne temporisent, donnant le sentiment de vouloir au préalable arracher le maximum d'avantages pour leur pays. Le Royaume-Uni reste maître du calendrier en la matière puisqu'il ne peut être contraint de quitter le bloc, à la suite du référendum, et qu'il lui appartient de faire une demande de départ.
« Aller vite », disent Hollande et Renzi
Or, le Premier ministre David Cameron prévoit de laisser cette tâche à son successeur qui devra prendre ses fonctions en septembre. « La responsabilité, c'est de ne pas perdre de temps pour traiter la question du départ du Royaume-Uni », a souligné M. Hollande de son côté, manifestement davantage soucieux de presser le pas. « Il faut aller vite et vite ça veut dire que le (futur) gouvernement britannique (...) doit notifier le plus tôt possible sa décision » de sortir de l'UE, a-t-il souligné, estimant que le Brexit pouvait « aller plus vite » que « le calendrier prévu par le traité » européen, qui parle d'un délai de deux ans dès lors que la demande a été déposée aux termes de l'article 50. Pour le président français, le référendum britannique a ouvert « une période de très grande incertitude ». Sur la même longueur d'onde, M. Renzi, qui avait été reçu dès samedi à Paris par le chef de l'État français, considère qu'« il faut que les choses avancent ».
De son côté, le secrétaire d'État américain John Kerry a exhorté hier les dirigeants européens à « ne pas perdre la tête » et à défendre les « valeurs et intérêts qui nous ont rapprochés » lorsqu'ils négocieront la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.
« Il est absolument essentiel qu'on reste concentrés, dans cette période de transition, pour que personne ne perde la tête, n'agisse inconsidérément (...) mais que nous regardions comment on peut maintenir les intérêts et les valeurs qui nous ont réunis depuis le début », a-t-il déclaré lors d'un point de presse à Bruxelles. John Kerry a appelé les dirigeants européens à éviter d'agir « de manière confuse ou revancharde », avant de se rendre à Londres où il a rencontré le Premier ministre britannique David Cameron et son ministre des Affaires étrangères Philip Hammond.
(Source : AFP)

