La Dernière

Chyno, le rap mondialisé

Rencontre

Certains artistes hip-hop déversent, dans leurs diatribes, leur amour pour l'argent, la drogue et les femmes. D'autres choisissent de transmettre un message fort en privilégiant le fond sur la forme...

23/06/2016

Né à Manille d'une mère philippine, Chyno, de son vrai nom Nasser Shorbaji, est un rappeur syro-philippin. Passé par l'Arabie saoudite, par la capitale syrienne puis par Beyrouth pour y faire ses études de finances et avoir un enseignement en anglais, Chyno est retourné à Damas pour y faire ses preuves dans le... secteur bancaire. Après quelques années dans ce domaine, il décide d'arrêter « ce travail qui le rend malheureux malgré les bonnes payes ». En 2008, il rejoint pour un certain temps le groupe de rap libanais Fareeq el-Atrash, avant de s'envoler pour Barcelone où il réside pendant deux ans. C'est là-bas qu'il commence à écrire son premier album solo, intitulé Making Music to Feel at Home (Faire de la musique pour se sentir chez soi), qui sort en juin 2015. Cet opus, pratiquement autoproduit, le présente aux yeux du grand public. Jeux de mots, rimes percutantes, ironie, satire, ponctués d'allusions à son quotidien d'expatrié « Why these embassies don't give me no visa look, I'm educated and my mother's Filipina, but your passport says Syria, so you don't fit our criteria » (pourquoi ces ambassades ne donnent pas de visa, je suis instruit et ma mère est philippine, mais ton passeport dit « Syrie, donc tu ne corresponds pas à nos critères »), Chyno pointe du doigt mais ne prend pas parti. Il n'est pas là pour juger, affirme-t-il. Néanmoins, il veut montrer la réalité au plus grand nombre, d'où le choix de rapper en anglais. Certains artistes lui reprochent de choisir la facilité et de profiter de la situation. Il leur répond que l'anglais est sa langue natale, celle où il se sent le plus à l'aise.

Bercé au rap des 90's
Le hip-hop, Chyno l'a découvert très jeune, lorsqu'il avait près de 10 ans, en Arabie saoudite. En regardant le clip Hip Hop Hooray, de Naughty By Nature (groupe américain des années 90 du New Jersey), sa passion pour le rap s'éveille. Et pour cette nouvelle culture qui lui a permis de s'identifier à une communauté où des Américains côtoyaient les locaux. Aujourd'hui, la scène hip-hop libanaise, et plus largement celle du Moyen-Orient, lui rappelle le début du hip-hop dans les années 80 aux États-Unis où le fond prenait le dessus sur la forme. Pour lui, il reste beaucoup à faire. En commençant par l'industrie qui ne soutient pas les rappeurs. « Cette industrie préfère soutenir la musique qui fait oublier plutôt que celle qui incite à réfléchir. Nous ne passons pas à la radio ni dans les festivals. Elle ne respecte pas le hip-hop », explique-t-il. Fan de Nas et Jay-Z, le rappeur utilise son microphone pour dénoncer. Dans son morceau O.P.P. (Other People's Property), il raconte l'histoire d'un kamikaze prêt à mourir en martyr. Ce contraste déroutant entre la noirceur des premières productions de l'album et la légèreté des dernières, même si les sujets restent toujours sérieux, rend l'album particulièrement propice à l'évasion.

 

 

 

Collaborations triées
N'ayant pas de modèle d'artiste de sa catégorie au Moyen-Orient, Chyno n'éprouve pas le besoin de travailler avec un manager. «Personne ne peut me dire où je dois aller, puisque aucun rappeur n'a encore réussi ici. » Une vision claire qui semble fonctionner. Cette année, l'artiste a partagé la scène de l'un des plus grands festivals français, le Printemps de Bourges, avec des rappeurs reconnus : Alpha Wann de 1995, MHD... Les dates s'enchaînent. La dernière, le Beirut Jam Sessions, le 9 juin courant avec son nouveau collaborateur al-Rajul al-Hadidi, producteur libanais qui l'accompagne sur scène. Les deux travaillent déjà sur de nouvelles productions. « Il y a plusieurs rappeurs ici, mais Chyno est le seul avec lequel je peux m'exprimer pleinement », confie al-Rajul al-Hadidi. Un intérêt pour l'autre que lui reconnaissent tous ceux qui collaborent avec lui. Lorsqu'il a du temps libre, Chyno passe voir ses « boys », des jeunes de multiples origines qui habitent un quartier pauvre de Beyrouth. Il les a rencontrés il y à 6 ou 7 ans, lorsqu'une école l'avait invité à animer un atelier dans le but de motiver les jeunes victimes de racisme. Il y a un mois, il a fait la première partie du concert d'un rappeur syrien venant des États-Unis, qui s'est tenu à Radio Beirut. Certains jeunes y étaient et l'ont reconnu. Depuis, il fait du volontariat et les rencontre au moins une fois par semaine afin de les sortir de leur quotidien souvent compliqué. Une façon pour lui de transmettre son amour pour la musique et d'aller au bout de ses textes.

*Chyno partage la scène du Métro Madina avec el-Rass, ce samedi 25 juin.

 

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