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Nos lecteurs ont la parole - Youssef Mouawad

Saad Hariri, ou comment sauver les meubles ?

Seuls les généraux étoilés peuvent déclencher des tsunamis ! On peut l'affirmer au vu des résultats des municipales de notre bonne ville de Tripoli. Et Wi'am Wahab peut désormais claironner que cheikh Saad n'est plus représentatif de la communauté sunnite. Est-ce vraiment la chute de la maison Hariri ?
Pour survivre et prospérer, le legs Hariri doit nécessairement occuper toute la place de la scène politique, sinon il s'étiole. Il ne peut se contenter d'un ex aequo avec les mouvances Safadi ou Mikati. Si le courant du Futur est par essence exclusif de toute autre formation sunnite, quelle qu'elle soit, c'est que, depuis sa création, il avait pris de mauvaises habitudes. Il avait mis la barre trop haut dans l'idée de transcender tous les clivages politiques antérieurs. Or voilà que pour subsister sur le terrain des dernières élections municipales, il a dû composer avec ses contradicteurs. Et de ce fait, il s'est condamné à être un courant lambda.
En somme, l'héritier Saad Hariri est toujours présomptif, n'ayant pas assumé le legs avec la fermeté qui s'impose. Il est, dit-on, handicapé par sa camarilla, cette nuée de vautours qui attendent leur heure, celle de la curée, pour s'attribuer dépouilles, butin et trophées. Or la fermeté est la vertu des chefs qui remettent de l'ordre dans les rangs et font taire les dissensions ! Et notre mentalité d'Orientaux réclame des héros dont le passage à la télé évoque l'épopée des combats passés ou à venir. Citons Michel Aoun, Hassan Nasrallah, Samir Geagea, Walid Joumblatt ; ils sentent la poudre et... le soufre. À leur opposé se dressait Rafic Hariri, homme d'affaires, préoccupé de reconstruction. Sur son C.V. nulle mention d'un parcours de combattant, encore moins d'un stage chez les commandos. Souriant et affable, il préférait gérer ses intérêts au plus près et jongler avec les agios bancaires. Fin manœuvrier, il évitait généralement la confrontation avec le suzerain de Damas, sachant le prix qu'il aurait à payer...
Tentons là une comparaison avec le climat politique en Europe : dans les années soixante et soixante dix, l'uniforme provoquait l'urticaire dans la gauche et chez les étudiants, qui n'avaient pas oublié les charges des CRS. Et depuis, dans ces sociétés apaisées, on ne vote plus pour des baroudeurs ; on court plutôt se faire représenter par des gens normaux, croulant sous leur normalité. Les personnages cornéliens seraient sifflés et hués dans la sphère publique. Charles de Gaulle avait été remercié en 1969 et une page avait été tournée. Aujourd'hui le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel sont tout sauf des foudres de guerre ; ils sont l'exemple même de dirigeants issus d'une population assistée qui a renoncé aux épopées et aux rêves de grandeur. Des bourgeois qui, leur journée de travail achevée, rentrent chez eux dans la chaleur du foyer, pour se livrer chacun de son côté à son hobby particulier(1). Il ne viendrait donc plus à l'idée des pays occidentaux de faire désormais appel à un Churchill ou à un Franco. Et pour faire quoi, me diriez-vous ?
Revenons au legs de Rafic Hariri dont l'assassinat enclencha un processus irréversible, où la fureur le disputait à la crainte de provoquer le Syrien. Et comme nous vivons toujours les « années de plomb », alors ledit legs n'a, pour se perpétuer, d'autre choix que la voie héroïque ? Mais elle est à haut risque, cette voie royale des boutefeux et des martyrs en puissance, celle que l'héritier n'a pas voulu emprunter. Eh oui, Saad Hariri peut susciter l'envie mais il ne fait pas rêver les favelas de Bab al-Tebbaneh, de Bab al-Ramel ou de Souwayka.(2)
La légitimité haririenne est en déshérence. Bayt al-Wasat ne peut bâtir une assise populaire, en distribuant des rations alimentaires, ou en inscrivant ses affidés sur un payroll mensuel. Les fonds, comme par hasard, peuvent venir à manquer !
Le 14 Mars a vu son élan se ralentir en une décennie de parcours cahotant, alors comment un jeune chef peut-il enrayer le déclin de son parti et rameuter ses troupes démobilisées ? N'ayant pas un passé de casse-cou ni de va-t-en-guerre, il doit se résoudre à prendre des risques(3) et ce n'est pas au bord de la Seine qu'on fait de la résistance.
La composante confessionnelle sunnite, comme toutes les autres composantes d'ailleurs, réclame des héros, des tribuns, et jusqu'à des histrions. Voyez combien le populisme du général Rifi s'est révélé payant. Il a forcé le respect du collège électoral en rejetant les alliances et en refusant les concessions. En cela, il a répondu à une exigence des couches populaires qui réclamaient un geste viril. C'est le verbe haut et tranchant qui fait le leader aux yeux des électeurs frustrés par les incuries et les lâchetés des responsables sortants.
Nos sociétés ont la nostalgie du guide, du chef qui nous soulage du doute, des choix à faire et des responsabilités de l'existence ; alors individus ou foules en délire n'auront plus qu'à suivre. Cette identification archaïque à l'homme fort reflète notre vulnérabilité individuelle et sociale.
Hâtons-nous, cependant, d'ajouter que si l'on a tant besoin de s'identifier à un zaïm, c'est que nos sociétés ne sont pas mûres pour la démocratie.

Youssef MOUAWAD

1- Ce n'est pas le cas du président Erdogan, qui a gravi les marches du pouvoir comme un kabadayi. Les damoiseaux n'ont qu'à se prélasser chez eux, les victoires politiques sont emportées de haute lutte...
2- Quartiers de la vielle ville de Tripoli, viviers du lumpenprolétariat
3- Que la presse doit relayer, pour la bonne règle.

Seuls les généraux étoilés peuvent déclencher des tsunamis ! On peut l'affirmer au vu des résultats des municipales de notre bonne ville de Tripoli. Et Wi'am Wahab peut désormais claironner que cheikh Saad n'est plus représentatif de la communauté sunnite. Est-ce vraiment la chute de la maison Hariri ?Pour survivre et prospérer, le legs Hariri doit nécessairement occuper toute la place de la scène politique, sinon il s'étiole. Il ne peut se contenter d'un ex aequo avec les mouvances Safadi ou Mikati. Si le courant du Futur est par essence exclusif de toute autre formation sunnite, quelle qu'elle soit, c'est que, depuis sa création, il avait pris de mauvaises habitudes. Il avait mis la barre trop haut dans l'idée de transcender tous les clivages politiques antérieurs. Or voilà que pour subsister sur le terrain des...
commentaires (10)

BIL MAZED IL 3ALANI...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

19 h 46, le 08 juin 2016

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Commentaires (10)

  • BIL MAZED IL 3ALANI...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    19 h 46, le 08 juin 2016

  • L’affaiblissement de Saad Hariri. Dans ce cas de figure, ou bien il faut se plier aux souhaits des Chiites du Parti de Dieu, saisissant une occasion en or, qui n’ont qu’un seul obstacle pour l’élection d’un nouveau président, c’est le nom du Premier ministre, et la formation d’un gouvernement. Ce parti a déjà fait savoir que Aoun est son seul candidat, mais dans les coulisses, on parle de son désaccord sur le nom de Saad Hariri. Ou bien, l’appui de ce parti au gouverneur de Damas selon le chef druze, pour la reconquête du reste du territoire syrien, et là encore une défaite et un affaiblissement et tout le monde sera à égalité, et on mélange les cartes, et l’élection est assurée selon le souhait de toutes les parties. Ou bien, Saad se rallie à la candidature de Aoun, et de ce point de vue, il rejoint les autres formations du 14 mars. Certes, je me perds avec toutes ces martingales, en oubliant que l’élection d’un nouveau président est le dernier souci du Hezbollah.

    Charles Fayad

    14 h 30, le 08 juin 2016

  • "Hâtons-nous, cependant, d'ajouter que si l'on a tant besoin de s'identifier à un zaïm, c'est que nos sociétés ne sont pas mûres pour la démocratie." Démocratie ? Autrement dit, malgré "l’immaturité des conditions historiques" du changement ou de la révolution.

    Charles Fayad

    12 h 49, le 08 juin 2016

  • "...il doit se résoudre à prendre des risques(3) et ce n'est pas au bord de la Seine qu'on fait de la résistance." Vous avez oublié Raymond Eddé, et le général Aoun, l’autre maronite encore en vie, qui faisait de leur exil parisien, un tremplin pour le pouvoir… et surtout de "résistance". Le prestige de cette ville où le communisme prend son nom à la Commune. Sans aucune once de mépris, Où croyez-vous que les révolutions se produisent, chez les aristocrates de Mar Nqoula, ou bien à la rue Schéhadé… ?

    Charles Fayad

    12 h 47, le 08 juin 2016

  • "...Si le courant du Futur est par essence exclusif de toute autre formation sunnite, quelle qu'elle soit, c'est que, depuis sa création, il avait pris de mauvaises habitudes. Il avait mis la barre trop haut dans l'idée de transcender tous les clivages politiques antérieurs." La barre trop "haute", oui, par un ralliement spontané de toutes les forces sunnites, sans doute à coup de pétrodollar. La mauvaise habitude est plutôt chez les formations maronites, au prix très élevé de sang, de larmes, et de sueur…

    Charles Fayad

    12 h 45, le 08 juin 2016

  • On a 2 dictons , desquels il faut choisir . - Tel père tel fils - A père avare , fils prodigue . Concernant saad j'opterai pour le 2eme . Mais à l'envers des vices et des vertus . On hérite de la fortune de son père , mais pas forcément de son cerveau .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 21, le 08 juin 2016

  • "Hâtons-nous d'ajouter que si l'on a tant besoin de s'identifier à un zaïîm, c'est que nos sociétés ne sont pas mûres pour la démocratie." ! Huhuuum ! Ce qui veut dire qu'elles ne méritent que la dictature, les pôôôvres ! C'est bien....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 36, le 08 juin 2016

  • "Et ce n'est pas au bord de la Seine qu'on fait de la résistance." ! Ah bon ? Pourquoi donc ? La Révolution Française s'était faite au bord du Nahréddâmoûûûr, ou bien au bord de la Seine ; äâïynéééh ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 27, le 08 juin 2016

  • "Des bourgeois qui, leur journée de travail achevée, rentrent chez eux pour se livrer chacun de son côté à son hobby particulier." ! Et si ce "hobby" était, e. g., une œuvre sociale pour le bien de la communauté ; äâïynéééh ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 14, le 08 juin 2016

  • "Hollande et Merkel sont l'exemple même de dirigeants issus d'une population assistée qui a renoncé aux épopées et aux rêves de grandeur." ! Ainsi une "populace" qui refuserait les "rêves de grandeur" ne serait qu'une population "d'assistés" ! Tss, tss !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 10, le 08 juin 2016

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