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Culture - Théâtre

Ce puissant comédien qui a envoûté Beyrouth hier soir...

Alexis Moncorgé, Molière de la Révélation masculine 2016 et éblouissant interprète d' « Amok » de Stefan Zweig, a magnifiquement ouvert les festivités de la 8e édition du printemps de Beyrouth.

Alexis Moncorgé débute son récit en douceur. Très vite, le rythme s’accélère, les mots se bousculent, le ton monte, la gestuelle devient fébrile...

Seul sur scène, dans la pénombre, un homme se livre à des aveux désespérés. Il (se) raconte, (se) confesse, dépeint ce mal qui le ronge. Cet « Amok » qu'il a contracté lors de son séjour en Asie. Une ivresse meurtrière. Un état de transe jusqu'à la folie, qui saisit parfois le fumeur d'opium. Parfois aussi, l'amoureux éconduit, envoûté par une femme qui le méprise.
Seul au milieu de quelques caissons en bois, évocateurs de voyages aux longs cours, il confie au public son histoire. Jeune médecin en poste en Malaisie, dans les premières décennies du siècle dernier, il a éprouvé une passion folle pour une froide et hautaine beauté de la bourgeoisie coloniale. Venue lui demander un service, elle l'éblouit du premier regard. Dès la première seconde, un rapport de force s'établit entre cette femme impérieuse et arrogante et lui, irrésistiblement attiré par le mystère de son impénétrable figure. Ne pouvant la séduire, il voudra la dominer, la faire plier et supplier, dans un orgueilleux affrontement entre désir et défi... à l'issue inexorablement dramatique.


(Lire aussi : Le petit-fils de Gabin ramène son Molière à Beyrouth)

 

Mélancolie et désespoir
Alexis Moncorgé, qui incarne cet antihéros, débute son récit en douceur. Mais très vite le rythme s'accélère, les mots se bousculent, le ton monte, la gestuelle devient fébrile, la tension habite l'air. Soutenu par une bande-son hypnotique, une belle scénographie et un délicat jeu d'ombre et de lumière qui contribue à rendre l'atmosphère de ce monologue encore plus envoûtant, l'acteur-narrateur emporte la salle dans l'obsession, la mélancolie, le désespoir de son personnage. Et surtout dans son voyage intérieur aux confins de sa part d'ombre...
Le désir, le dégoût, la haine, le mépris, le remords, la rage, la culpabilité... toute une tumultueuse palette de sentiments est rendue avec une fascinante subtilité par ce jeune comédien qui vient d'ailleurs d'être récompensé du Molière de la Révélation théâtrale pour ce même rôle. Un talentueux interprète qui a aussi signé lui-même « l'adaptation sous-tension » de cette petite nouvelle de Stefan Zweig. Un court récit qui concentre toutefois tous les thèmes de prédilection de l'auteur autrichien : le destin tragique d'un homme qui ne peut pas miser sur une seconde chance, une femme coupable d'être mal aimée et toutes ces failles, ces fêlures, ces doutes et angoisses qui font les méandres de l'âme humaine.

De toutes les fibres de son corps
Tout cela est exprimé par un comédien habité, qui joue de toutes les fibres de son corps, de toutes les nuances de ses expressions ainsi que d'une gestuelle de danseur par moments – il faut saluer ici la mise en scène tout en finesse de Caroline Darney – pour composer cette confession d'une passion démente. Trouble et moite, comme ces jungles et ces marécages des tropiques qui vous enlisent jusqu'à l'étouffement...
Une performance longuement ovationnée hier soir, à l'auditorium Georges Audi de l'Esa, où s'étaient rués tous les amateurs du théâtre francophone de la ville. Mais il faudrait applaudir aussi les organisateurs de ce festival du printemps de Beyrouth, à savoir la Fondation Samir Kassir, qui, fidèle à l'esprit du journaliste assassiné, ne transige pas sur la qualité de sa programmation.

 

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