Des manifestants turcs ont protesté hier à Ankara contre la résolution de l’Allemagne reconnaissant le génocide arménien. Umit Bektas/Reuters
La Turquie et l'Allemagne ont assuré hier que leur relation historique ne serait pas détruite après la reconnaissance jeudi par le Bundestag du génocide arménien sous l'Empire ottoman, déclenchant la fureur de la Turquie, qui a rappelé son ambassadeur à Berlin pour protester contre cette « erreur historique » et menacé de prendre des mesures de rétorsion.
Dans un effort apparent de maintenir les tensions sous contrôle, le Premier ministre turc Binali Yildirim a insisté sur l'importance des relations avec l'Allemagne, où le porte-parole de la chancelière Angela Merkel a estimé que les liens avec la Turquie étaient suffisamment solides pour encaisser de tels désaccords. « L'Allemagne et la Turquie sont deux alliés très importants. Personne ne doit s'attendre à ce que les relations se détériorent totalement d'un seul coup à cause de cette décision ou de décisions semblables », a déclaré hier M. Yildirim. « Quelles que soient les conditions, nous poursuivrons les relations avec nos amis, avec nos alliés », a-t-il souligné, prévenant toutefois que les « réponses appropriées » seraient données après des consultations avec l'émissaire turc rappelé de Berlin.
Le chaud et le froid
« Cette résolution va sérieusement affecter les liens turco-allemands », avait averti après le vote le président turc Recep Tayyip Erdogan, actuellement en déplacement en Afrique. Estimant lui aussi que la résolution avait « sérieusement endommagé les relations entre l'Allemagne et la Turquie », M. Yildirim a souligné que moins de la moitié des députés allemands avaient pris part au vote.
En déplacement hier en Azerbaïdjan, pays qui traverse une grave crise avec l'Arménie au sujet du Nagorny-Karabakh, M. Yildirim a réitéré que la Turquie considérait la résolution allemande comme « nulle et non avenue » et espéré que les « profondes relations turco-allemandes » seraient « impactées le moins possible ».
La relation germano-turque est suffisamment forte pour « résister aux différences d'opinion », a également déclaré hier à Berlin Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière allemande, laquelle n'avait pas assisté au vote jeudi.
Signe que la reconnaissance du génocide arménien reste un siècle plus tard une ligne rouge en Turquie, les journaux turcs, d'habitude divisés, ont unanimement condamné la décision du Bundestag.
À Ankara, quelques dizaines de manifestants réunis hier devant l'ambassade d'Allemagne ont lancé des œufs vers le bâtiment, scandant « L'Allemagne nazie génocidaire » sous l'œil vigilant de la police. Si la flambée de tensions est scrutée de près en Europe, les observateurs estiment que, passé l'indignation, les liens pourraient s'en sortir sans trop d'entailles. « Ankara a l'habitude depuis des années de souffler le chaud et le froid face à des États qui reconnaissent le génocide, mais les relations reviennent toujours tôt ou tard à leur point de départ », a indiqué l'historien et politologue turc Samim Akgönül, de l'Université de Strasbourg. De fait, Ankara et Berlin sont liés par des intérêts économiques majeurs : leurs échanges se sont élevés en 2015 à 35 milliards de dollars et le secteur touristique turc, en pleine crise, a plus que jamais besoin des millions de visiteurs allemands. Si la résolution du Bundestag constitue un pas supplémentaire vers une reconnaissance officielle en Allemagne du génocide des Arméniens, le texte n'engage pas le gouvernement de Mme Merkel.
(Source : AFP)

