« Le monde est piégé dans une croissance molle », a alerté le secrétaire général de l’OCDE Angel Gurria. Éric Piermont/AFP
L'OCDE a tiré hier la sonnette d'alarme en appelant les États à activer d'urgence le levier de la politique budgétaire pour éviter le piège d'une « croissance molle » qui menace une économie mondiale atone.
« Le monde est piégé dans une croissance molle », a alerté le secrétaire général Angel Gurria, à l'occasion de l'ouverture de la réunion ministérielle de l'OCDE à Paris, soulignant qu'elle est de surcroît menacée par un éventuel Brexit ou encore « les perturbations financières » sur les marchés émergents.
L'OCDE a maintenu à un « faible » 3 % ses prévisions de croissance pour l'économie mondiale cette année, qu'elle avait amputées de 0,3 point en début d'année. Et, pour 2017, elle se risque à peine à prédire plus qu'un très léger rebond à 3,3 %.
« Il y a urgence », a assuré la chef économiste, Catherine Mann, qui constate que l'économie mondiale n'est toujours pas sortie de la crise, huit ans après. D'autant plus que la croissance « s'est essoufflée » dans la plupart des économies émergentes, le moteur de l'économie mondiale ces dernières années, et que les pays avancés n'ont pas pris le relais.
« Plus l'économie restera piégée dans une croissance molle, plus il sera difficile de briser les effets de rétroaction négatifs, de revivifier les forces du marché et de stimuler les économies pour les inscrire dans une dynamique de croissance forte », a assuré Mme Mann.
Le ralentissement chinois contribue largement à cette croissance « molle » de l'économie mondiale. L'OCDE table pour cette année sur 6,5 % de croissance pour le géant asiatique, nettement moins que l'an dernier (6,9 %), et table sur un nouveau recul l'an prochain à 6,2 %.
Le risque « d'un brusque repli à court terme de la croissance a quelque peu diminué » en Chine, a admis l'organisation. Mais elle s'est empressée de souligner que les récents choix des autorités chinoises pour soutenir l'économie « vont probablement ralentir le processus de rééquilibrage et exacerber les risques financiers, ajoutant aux difficultés à plus long terme ».
L'Inde poursuit sa croissance
Parmi les pays émergents, le Brésil plonge encore plus dans la récession, avec un PIB qui devrait dégringoler de 4,3 %, alors que l'organisation tablait déjà sur une chute de 4 % en février. L'an prochain, le géant sud-américain restera en récession, à -1,7 %, selon l'OCDE qui ajoute que les « profondes divisions politiques limitent les possibilités de réformes à court terme ». Le pays a toutefois fait mieux que prévu au 1er trimestre, avec un PIB en recul de 0,3 % par rapport au dernier trimestre de 2015, a indiqué hier l'Institut brésilien de géographie et de statistiques.
Il n'y a que l'Inde qui poursuit sa croissance à un rythme élevé parmi les grands pays émergents, à 7,5 %.
Le Japon est peut-être le pays qui illustre le mieux la croissance « molle » redoutée par l'OCDE, avec une hausse du PIB attendue cette année de 0,7 % seulement et de seulement 0,4 % l'an prochain. Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a d'ailleurs reporté hier une hausse de TVA, une décision qui souligne, selon les analystes, l'état de faiblesse de la troisième économie mondiale.
Pour les États-Unis, l'OCDE fait passer la prévision de croissance sous la barre des 2 % cette année, à 1,8 % contre 2 % en février, mais elle s'attend à un rebond en 2017 à 2,2 %.
En Europe, elle révise toutefois à la hausse les prévisions pour la France de 1,2 % à 1,4 %. Pour l'an prochain, l'organisation internationale s'attend toutefois à une croissance en France quasi stable (1,5 %). Idem pour l'Allemagne qui devrait passer de 1,6 % cette année à 1,7 % en 2017.
Face à la menace de la stagnation, l'OCDE incite les États à prendre des initiatives pour doper la croissance et ne plus attendre uniquement la solution de la part des banques centrales. « En l'absence de mesures étoffées, cohérentes et collectives, la croissance restera décevante et atone », a prévenu Mme Mann. Cette dernière a ainsi appelé les États à mettre « plus largement à contribution » la politique budgétaire en procédant à des « dépenses de qualité » susceptibles de dynamiser la croissance, d'autant plus qu'ils peuvent se financer à des taux d'intérêt très bas sur les marchés. Elle a toutefois affirmé qu'il « est impossible de s'engager sur une telle trajectoire sans adopter des politiques structurelles propres à stimuler la concurrence, l'innovation et le dynamisme des marchés, développer les compétences et la mobilité sur le marché du travail, et conforter la stabilité et le fonctionnement des marchés financiers ».
(Source : AFP)


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