Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dirigé mercredi le premier conseil des ministres du nouveau gouvernement, une initiative qui illustre sa volonté de contrôler totalement l'exécutif, alors que l'opposition met en garde contre un chaos en cas d'une présidentialisation du régime qu'il désire.
Dans un geste hautement symbolique, le gouvernement de M. Yildirim, dévoilé mardi et d'une grande continuité par rapport à la précédente équipe dirigé par Ahmet Davutoglu, contraint au départ après des divergences avec le chef de l'Etat, s'est réuni dans le gigantesque palais présidentiel situé dans la banlieue d'Ankara sous l'oeil vigilant de M. Erdogan.
Dès son arrivée à la tête de l'exécutif, le nouveau Premier ministre s'est engagé à faire "tout le nécessaire" pour introduire rapidement un système présidentiel semblable aux modèles américain et français. Dans le passé, M. Erdogan a présidé des réunions de cabinet, mais cette mesure, autrefois exceptionnelle, pourrait se transformer en rendez-vous mensuel, selon la presse turque.
Mardi, au Parlement, M. Yildirim avait annoncé qu'il ne laisserait pas passer l'"occasion historique" de modifier la Constitution actuelle issue du coup d'Etat militaire de 1980. "Nous devons modifier la Constitution pour qu'elle corresponde à la situation de facto. C'est la tâche la plus importante de l'AKP (Parti de la justice et du développement, au pouvoir)", a-t-il soutenu.
Longtemps Premier ministre avant de devenir, en 2014, le premier président élu au suffrage universel, M. Erdogan appelle de ses voeux un élargissement des prérogatives présidentielles, actuellement largement protocolaires. Mais l'opposition et la majorité des électeurs, selon les sondages, sont hostiles au projet, source de tensions dans le pays et à l'étranger, y voyant une nouvelle manifestation de sa "dérive autoritaire".
Le chef du principal parti d'opposition au Parlement a vivement dénoncé mercredi les ambitions "totalitaires" de M. Erdogan et affirmé que le leader turc ne pourrait obtenir le régime présidentiel qu'il souhaite "sans nous anéantir en masse".
"J'ai dit que cette transition ne se fera pas sans que coule le sang et je le répète : nous descendrons dans la rue pour nous opposer à une telle éventualité qui détruira la démocratie en Turquie", a prévenu Kemal Kiliçdaroglu, chef du Parti républicain du peuple (CHP, social démocrate), lors d'un entretien à la chaîne NTV.
Majoritaire au Parlement avec 317 sièges, l'AKP ne dispose toutefois pas des deux tiers (330) nécessaires pour organiser un référendum sur une réforme constitutionnelle. Mais il pourrait être renforcé par la levée vendredi de l'immunité de dizaines de députés prokurdes, exposés à des poursuites judiciaires.
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Turquie : Erdogan préside la première réunion du gouvernement
AFP / le 25 mai 2016 à 16h24


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