Au lendemain du Conseil des ministres, qui avait demandé jeudi dernier au chef de la diplomatie, Gebran Bassil, de relancer le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, au sujet de son rapport sur la gestion des déplacements massifs de réfugiés et de migrants dans le monde, le palais Bustros a adressé au responsable onusien une lettre dans laquelle il lui explique en détail les appréhensions libanaises.
Les recommandations de Ban Ki-moon, dans son rapport daté du 21 avril dernier, avaient suscité un émoi dans les milieux politiques libanais, hostiles dans leur ensemble au maintien des réfugiés syriens au Liban. Le secrétaire général de l'Onu avait, rappelle-t-on, recommandé d'assurer leur intégration sociale et plaidé pour leur naturalisation dans les pays hôtes, s'il leur est impossible de retourner chez eux.
Dans sa missive, le ministère des Affaires étrangères souligne, sans ambages, que le rapport d'avril contient des éléments « qui confirment nos craintes de politiques internationales et d'orientations onusiennes qui tendent à prolonger le séjour des migrants et des réfugiés dans les pays qui les accueillent », dont le Liban. « Celles-ci accentuent nos inquiétudes concernant des plans destinés à pousser ces États à s'adapter à la présence massive de réfugiés sur leur sol et à leur faciliter l'accès au marché du travail en prélude à leur naturalisation », souligne le texte qui réitère « le rejet par le Liban de l'implantation, de la naturalisation et même de la présence prolongée d'étrangers sur son sol ». « Cette position se fonde sur la Constitution que vous êtes tenus, du fait de votre poste, à faire respecter à l'échelle internationale, ainsi que sur l'unanimité nationale autour du rejet de la naturalisation de réfugiés », poursuit le texte qui fait remarquer qu' « aucune loi au monde et même pas la Convention de Genève de 1951 (relative au statut des réfugiés) à laquelle le Liban n'a pas adhéré, ne requiert l'intégration des flux migratoires qui menacent l'existence même des pays hôtes ».
Le Liban, précise le texte, exprime de « fortes réserves sur les points du rapport relatifs à l'intégration, présentée comme étant le meilleur procédé, la fusion prématurée dans les sociétés d'accueil, associée à des appels à la mise en place de politiques nationales qui requièrent l'implication des réfugiés dans les stratégies de développement national, l'appel à une réduction progressive de l'aide humanitaire dans la perspective d'un règlement durable, l'insistance sur le retour volontaire au pays d'origine ainsi qu'à l'octroi d'un statut légal aux réfugiés en prélude à leur naturalisation ».
Rappelant le problème des réfugiés palestiniens, le ministère des Affaires étrangères préconise « un retour sécurisé des réfugiés syriens chez eux », qu'il présente comme étant « la seule solution possible à ce problème », mais qui doit être assortie, selon le palais Bustros, d'une solution politique. Il rappelle l'impact du flux massif de Syriens sur l'ensemble du pays et juge que la communauté internationale doit être plus solidaire avec le Liban, « notamment pour préserver sa stabilité, sa souveraineté ainsi que la sécurité de son peuple ».
Liban - Dans Les Coulisses De La Diplomatie
Intégration des réfugiés : Le palais Bustros transmet à l’Onu les réserves officielles du Liban
OLJ / Par Khalil FLEYHANE, le 25 mai 2016 à 00h00

