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Exposition

« Et si l’on faisait de l’art abstrait avec du taboulé ? »

Cela fait 40 ans que Nabil Abu Hamad n'a pas exposé ses œuvres au Liban. Il y marque son retour avec la série « Rubble » à la galerie Remomero*.

Nabil Abu Hamad : peintre, poète et caricaturiste à la plume acerbe.

Un appel à l'optimisme. Tel est le message que Nabil Abu Hamad lance à travers sa nouvelle série d'huiles sur toiles intitulée «Rubble». Œuvres aux couleurs vives, symboles forts et reliefs de peinture qui, par un jeu de superpositions, renvoient à l'idée de décombres qui s'empilent et s'amassent.
Les décombres d'une vie? «Dans cette série, même les styles artistiques font l'objet d'entassements: du figuratif au symbolisme, de l'abstrait au réalisme, tout y passe», affirme l'artiste. Certes, son inspiration est née «de la terreur et de la destruction qui anéantissent cette région», mais Abu Hamad veut aller et emmener (le spectateur) plus loin. «Au Liban, nous sommes tous témoins de couches qui se superposent, de civilisations, de mémoires et d'héritages, c'est notre psychologie, ce sont nos gènes», martèle-t-il. Et de préciser: «Mon œuvre est un vœu pour que les Libanais se rattachent à cet héritage et (re)valorisent son authenticité.»
Un pinceau qui se veut narrateur d'époques, Abu Hamad a développé sa passion artistique pendant ses études universitaires damascènes où il s'est initié aux caricatures. «C'est leur malléabilité qui me fascine, admet-il, chaque sujet peut être exagéré, manipulé, tout devient pâte à modeler.» Vignettiste free-lance, il rentre au Liban collaborer avec le magazine Dastour. C'est avec son embauche successive à l'hebdomadaire al-Hawadeth qu'il a dû quitter le Liban en 1976 lorsque l'équipe rédactionnelle a été mutée à Londres, «craignant la censure sous tutelle syrienne». Le magazine a été effectivement censuré dès 1977. Directeur artistique de la publication, Abu Hamad va en révolutionner la première de couverture, avec des unes emblématiques de caricatures d'époque – tous les hommes et les femmes politiques y sont passés. «Les vignettes m'ont appris le souci du détail; je vivais grâce à mes dessins et ne pouvais me permettre d'en ignorer l'artisanat.»
Nabil Abu Hamad s'inscrit dans la tradition des artistes libanais qui ont voulu marquer un tournant dans l'histoire de l'art moderne de leur pays. Ami de longue date avec Paul Guiragossian, il considère que leurs œuvres sont «les symboles d'un art qui se détache de la tradition arabe de la répétition et qui brise les frontières artistiques au Moyen-Orient». Pour Abu Hamad, en particulier, le rattachement à ses racines palestiniennes maternelles est inéluctable... Il est optimiste. « C'est de la révolution et de la destruction que naissent les plus belles fleurs. De là notre redémarrage. Il faut que l'on accepte cela pour retourner à créer.»
C'est avec le départ des troupes syriennes, en 2005, que Nabil Abu Hamad a pu retourner plus fréquemment au Liban. «Ce pays me manque toujours. Même à distance, je perçois encore le ressenti libanais, le vide et la souffrance», note-t-il. En se promenant dans les galeries beyrouthines, Abu Hamad est déçu. «Les artistes libanais sont-ils satisfaits de leurs œuvres?» questionne-t-il. «Ailleurs, en Irlande ou en Italie, par exemple, les œuvres possèdent une certaine humanité artistique. Où sont l'humanité et la vérité libanaises? Où est mon Liban aux couleurs vives et aux touches fortes?»
Appréhendant l'art «qui ne peint que pour peindre ou pour vendre à l'Occident», Abu Hamad encourage les artistes libanais à revenir à leur héritage, à leur mémoire, à rompre avec l'imitation. « Qui a dit que l'on ne peut pas faire de l'abstrait avec du taboulé?»

*Ce week-end encore, à la galerie Remomero, Mar Mikhaël.


Un appel à l'optimisme. Tel est le message que Nabil Abu Hamad lance à travers sa nouvelle série d'huiles sur toiles intitulée «Rubble». Œuvres aux couleurs vives, symboles forts et reliefs de peinture qui, par un jeu de superpositions, renvoient à l'idée de décombres qui s'empilent et s'amassent.
Les décombres d'une vie? «Dans cette série, même les styles artistiques font...

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