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Lifestyle - Un Peu Plus

Seconde chance

Seconde et pas deuxième, parce qu'il n'en y aura pas une troisième. Mais seconde parce que tout le monde a droit à une seconde chance. Même si... On a quasiment tous droit à une seconde et dernière chance. Pas dans un esprit de miséricorde ou de pardon judéo-chrétien. Mais parce que la vie nous joue de sales tours. Qu'elle nous met dans des situations difficiles, injustes. Parce qu'on fait tous des erreurs, qu'on peut être maladroit, stupide, ridicule. On peut commettre des gestes irréfléchis, impardonnables, irrécupérables. Sous le coup de la colère, de la peur, du désespoir. Sous le coup de la « folie ».

En entrant dans la prison de Roumieh pour assister à Johar, la nouvelle pièce de Zeina Daccache, je me suis dit que la solidarité éprouvée auprès des prisonnières de Baabda se ferait plus petite par rapport aux détenus de Roumieh. Probablement parce que je suis une femme et probablement parce qu'un grand nombre de femmes qui sont derrière les barreaux le sont parce qu'un grand nombre d'entre elles ont assassiné celui qui les violentait. Qu'en serait-il de cette empathie féminine ? Aurait-elle une place auprès de criminels, de violeurs, de petites frappes ou de trafiquants ? Aurait-elle une place où la violence n'a jamais fait défaut ?
Et puis soudain, après avoir longé les murs pour ne pas se prendre des projectiles venus des fenêtres de ceux qui ne seront pas dans la salle « polyvalente », l'odeur nauséabonde des poubelles laisse place à un morceau de Bob Marley. Un morceau live.
Dans le genre « détendons l'ambiance », on ne pouvait pas faire mieux. Parce que oui, on est crispé quand on entre dans l'univers carcéral, aussi sécurisé soit-il. Parce que oui, quelque part, au fond de nous, il y a la peur. Infime, certes, mais elle est là.

Et le spectacle commence. Ils dansent... Les détenus dansent. Les tatoués, les baraqués, les vieux, les jeunes, les freluquets, les assassins, les condamnés à mort. Ils dansent et nous, on ne comprend rien. Ils dansent à l'unisson, dans une chorégraphie à la fois douce et virile. Ils dansent. Et puis le silence. Et là, ils racontent. Cette fois, ils racontent les autres. Ceux du bâtiment bleu. Ces « malades mentaux » qui, comme le dicte la loi, doivent guérir pour pouvoir sortir. Ils les racontent, eux, leurs histoires, leurs souffrances. Eux et leur regard hagard, la perte du sens des réalités, la prison dans laquelle ils sont enfermés : la leur.

Ces condamnés à perpétuité ou à la pendaison ont absorbé la douleur de ces autres, pour nous sensibiliser à leurs conditions d'incarcération. Celles du bâtiment bleu, et les leurs aussi. Et là, on a fini de ne pas comprendre. On laisse sa gorge se serrer, quelques larmes perler ; on laisse aux portes de la prison notre perplexité.
Et puis, on les regarde jouer admirablement bien. On scrute leurs regards, on pénètre leur âme et ça nous rend triste. Parce qu'ils le sont. Parce que l'État ne leur accorde pas une seconde chance. Parce que ces années derrière les barreaux pour le crime « stupide » d'un jeune homme qui avait insulté une sœur domptent. Elles apprivoisent. Parce que payer sa dette donne le droit à une seconde chance. Une seule et unique seconde chance. Parce que l'erreur est humaine. Pas toutes. Certaines sont abominables, même pas animales. Souvent, elles sont répétitives et, dans ce cas-là, la seconde chance s'est évaporée depuis longtemps.

En quittant les murs décrépis de cette prison sale et bondée, en (re)longeant les murs qui mènent à la liberté, on se retourne vers les voix de ces meurtriers, de ces condamnés, et on se retrouve à leur souhaiter d'emprunter un jour ce même chemin.

Seconde et pas deuxième, parce qu'il n'en y aura pas une troisième. Mais seconde parce que tout le monde a droit à une seconde chance. Même si... On a quasiment tous droit à une seconde et dernière chance. Pas dans un esprit de miséricorde ou de pardon judéo-chrétien. Mais parce que la vie nous joue de sales tours. Qu'elle nous met dans des situations difficiles, injustes. Parce qu'on fait tous des erreurs, qu'on peut être maladroit, stupide, ridicule. On peut commettre des gestes irréfléchis, impardonnables, irrécupérables. Sous le coup de la colère, de la peur, du désespoir. Sous le coup de la « folie ».
En entrant dans la prison de Roumieh pour assister à Johar, la nouvelle pièce de Zeina Daccache, je me suis dit que la solidarité éprouvée auprès des prisonnières de Baabda se ferait plus petite par rapport...
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Bravo à Médéa !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

08 h 01, le 21 mai 2016

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Commentaires (1)

  • Bravo à Médéa !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 01, le 21 mai 2016

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